Выбрать главу

 

Vous êtes les victimes !

Vous avez aimé le peuple,

Et tout sacrifié

Pour son honneur et pour sa liberté…

La fille s’était levée, en chemise. Ses pieds nus claquèrent sur le parquet. Elle s’appuya contre l’épaule de Kisiakoff.

— Ça leur sert à quoi, dit-elle, de réveiller les gens avant qu’il fasse jour ?

Elle grelottait.

— Mets un châle, dit Kisiakoff, tu vas prendre froid.

Le groupe noir s’écoulait, avec ses voix funèbres, ses fragments de visages et ses cercueils écarlates. On eût dit un monstre aux têtes innombrables, aux écailles sanglantes, rampant à travers la cité frappée de consternation. Dans le ciel flambaient des pâleurs apocalyptiques. Kisiakoff, suffoqué, fasciné, ne pouvait détacher les yeux de ce cortège menaçant. La fille respirait doucement contre sa joue.

— Tes frères, dit Kisiakoff.

Les hommes passèrent, laissant la neige blanche derrière eux. La rue redevint tranquille. Le chant bourdonnait encore, quelque part, dans l’aube. Le soleil parut.

— Moi, je me recouche, dit la fille. Tu viens ?

Kisiakoff la rejoignit, les oreilles lourdes, les mains tremblantes, comme un homme ivre.

1  Mesure de longueur russe : 0.71 m.