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Ayané Mashiba ouvrit de grands yeux surpris. Kusanagi prit note du vacillement de son regard. Il lui avait causé un choc.

— L’ancienne amie de mon mari, dites-vous ?

— Je suis confus de vous avoir posé une question aussi désagréable, répondit-il en baissant la tête.

Ils étaient assis dans le hall de l’hôtel où Ayané séjournait. Kusanagi l’avait appelée pour lui dire qu’il avait une question à lui poser.

— Cela a un rapport avec ce qui s’est passé ?

Kusanagi secoua la tête.

— Nous l’ignorons pour l’instant. Dans la mesure où il est très vraisemblable que votre mari a été assassiné, nous nous intéressons aux personnes qui auraient pu avoir un mobile pour le faire. Nous devons pour cela fouiller dans son passé.

Ayané le regarda avec une expression légèrement plus détendue. Elle lui adressa un sourire triste.

— Vous devez penser qu’il s’est séparé brutalement de cette personne. Comme il l’a fait avec moi.

— Non… répondit-il, incapable d’ajouter qu’il ne le croyait pas. Quelqu’un nous a dit que votre mari cherchait une femme capable de lui donner des enfants. Il aurait pu blesser une femme sensible et elle aurait pu ressentir de la haine pour lui, ajouta-t-il en levant les yeux vers elle.

— Comme moi, vous voulez dire ?

— Non, vous…

— Mais si, reprit-elle. J’imagine que votre collègue, Mlle Utsumi, si je ne me trompe pas, vous a tout raconté, non ? Hiromi a réalisé le vœu le plus cher de mon mari. Et il l’a choisie et décidé de se débarrasser de moi. Je mentirais si je disais que je ne lui en voulais pas.

— Vous n’avez pas pu commettre ce crime.

— Vous en êtes sûr ?

— Nous n’avons pour l’instant rien retrouvé dans la bouteille vide. Le plus vraisemblable est que le poison ait été introduit dans la bouilloire. Or vous n’avez pas pu le faire. Il s’interrompit, et reprit très vite : Quelqu’un a dû venir chez vous dimanche. C’est la seule possibilité. Quelqu’un que votre mari connaissait, à qui il a ouvert sa porte. Nous avons cherché en vain parmi ses connaissances professionnelles. Le nombre de personnes susceptibles d’être invitées à venir chez vous pendant votre absence est nécessairement limité.

— À votre avis, il ne peut s’agir que de sa maîtresse ou de son ex-amie ? demanda-t-elle en repoussant ses cheveux en arrière. Je suis désolée, mais mon mari ne m’a jamais fait de confidences à ce sujet.

— Le moindre indice pourrait nous être utile. Il n’a jamais mentionné quelqu’un, en passant, dans une conversation ?

— Hum… dit-elle en penchant la tête. Il parlait très peu de son passé, peut-être parce qu’il était prudent. Je crois qu’il ne retournait jamais dans un restaurant ou un bar où il aurait été avec une femme dont il s’était séparé.

— Ah bon ! fit Kusanagi, découragé parce qu’il espérait qu’elle lui indiquerait le nom de cafés fréquentés autrefois par son mari.

Yoshitaka Mashiba avait peut-être été particulièrement prudent. La police n’avait rien trouvé dans ses affaires, ni à son domicile, ni à son bureau, qui évoque une autre présence féminine que celle de Hiromi Wakayama. Les numéros enregistrés dans son portable, à l’exception de ceux de ses relations d’affaires, étaient ceux d’hommes. Celui de Hiromi Wakayama n’y figurait pas non plus.

— Désolée de ne vous être d’aucun secours.

— Vous n’avez pas à vous excuser !

Au moment où elle allait ajouter quelque chose, le téléphone qui était dans son sac se mit à sonner. Elle le sortit en toute hâte et demanda à Kusanagi si elle pouvait y répondre. Cela va de soi, dit-il.

Elle commença à parler avec calme mais écarquilla les yeux une seconde plus tard. Son visage prit une expression crispée.

— Non, cela ne me dérange pas, mais… Ah, vraiment ? Très bien. Je vous remercie, dit-elle et elle raccrocha en le regardant, l’air contrit. J’aurais peut-être dû dire que vous étiez ici, ajouta-t-elle.

— De qui venait l’appel ?

— De Mlle Utsumi.

— Ah bon ? Que voulait-elle vous dire ?

— Elle me demandait l’autorisation de se rendre dans la maison pour inspecter à nouveau la cuisine. Elle a précisé qu’elle y allait pour un détail.

— Inspecter la cuisine… Je me demande ce qu’elle compte y faire, fit-il en se caressant le menton, le regard oblique.

— Elle cherche sans doute à comprendre comment le poison a pu être introduit.

— Probablement, répondit Kusanagi qui consulta sa montre et tendit la main vers la note qui se trouvait sur la table. Je vais la rejoindre. Vous n’y voyez pas d’objection ?

— Bien sûr que non, répliqua-t-elle. Elle changea d’expression, comme si elle venait de penser à quelque chose. Puis-je vous demander de me rendre un service ?

— Et lequel ?

— Je suis confuse de vous demander cela.

— Mais de quoi s’agit-il ? Je vous écoute.

— Il faudrait arroser les fleurs. Quand je suis venue ici, je ne pensais rester qu’un ou deux jours mais…

— Ah ! Kusanagi hocha la tête avec conviction. C’est nous qui sommes confus de vous imposer ces difficultés. Mais vous pouvez retourner chez vous si vous le souhaitez. Les techniciens ont fini leur travail. Je vous préviendrai sitôt que nous aurons terminé aujourd’hui.

— Ce n’est pas la peine. Je vais rester encore quelque temps ici. Je n’arrive pas à m’imaginer seule dans cette grande maison.

— C’est compréhensible.

— Je sais que je vais devoir y retourner, et je le ferai une fois que la date des obsèques sera fixée.

— Le corps de votre mari vous sera bientôt remis.

— Ah… Il faut que je m’occupe de tout cela, dit-elle et elle cligna des yeux. J’avais l’intention de passer chercher des affaires à la maison demain et arroser les fleurs à cette occasion. Elles en ont besoin. Je n’arrête pas d’y penser.

Kusanagi comprenait ce qu’elle voulait dire. Il se tapota le torse.

— Très bien. Ne vous en faites pas, je m’en occuperai. Les fleurs du jardin et du balcon, n’est-ce pas ?

— Cela ne vous dérange pas ? J’ai honte de vous demander cela.

— Vous collaborez pleinement avec nous, nous vous le devons bien. Un de mes collègues s’en chargera. Faites-moi confiance.

Kusanagi se leva, et elle en fit autant en scrutant son visage.

— Je ne voudrais pas que ces fleurs fanent, dit-elle avec emphase.

— Elles sont importantes pour vous, répondit Kusanagi qui se souvenait que la première chose qu’elle avait faite à son retour de Sapporo avait été de les arroser.

— Celles du balcon, je les avais déjà avant mon mariage. Elles me rappellent beaucoup de choses. Voilà pourquoi j’y suis attachée.

Elle fixa quelque chose au loin avant de tourner à nouveau les yeux vers lui. Ils brillaient si fort qu’il ne put soutenir leur éclat.

— Vous pouvez compter sur moi. Ne vous faites pas de souci à leur sujet, dit-il avant de se diriger vers la caisse.

Il prit un taxi en sortant de l’hôtel. Il n’arrivait pas à chasser de sa mémoire le visage d’Ayané au moment où ils s’étaient séparés.

Il regardait défiler le paysage lorsque ses yeux se posèrent sur l’enseigne d’un magasin de bricolage. Une idée lui vint à l’esprit.

— Excusez-moi. Je vais descendre ici.

Il y trouva ce qu’il cherchait et ressortit rapidement du magasin pour prendre un autre taxi. Il était tellement content de son achat qu’il en était presque émoustillé.