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Une voiture de police était garée devant chez les Mashiba. Cela irrita Kusanagi. La maison ne pouvait que continuer à attirer l’attention du voisinage.

Un policier en tenue était debout à côté de l’entrée. Le même que celui qui était là dimanche soir. L’homme dut le reconnaître car il le salua en silence.

Kusanagi vit trois paires de chaussures dans le hall. Une paire de tennis qu’il identifia comme appartenant à Kaoru Utsumi, et deux paires de souliers masculins, l’une ordinaire et usagée, l’autre neuve, avec le logo Armani collé sur la semelle intérieure.

Il se dirigea vers le salon, dont la porte était ouverte. Il entra mais ne vit personne. Une voix d’homme lui parvint de la cuisine.

— Rien n’indique que quelqu’un y ait touché.

— N’est-ce pas ? Les techniciens aussi ont estimé que personne n’y avait posé la main depuis au moins un an.

Il reconnut la voix de sa collègue.

Kusanagi jeta un coup d’œil dans la cuisine. Kaoru Utsumi et un homme étaient accroupis devant l’évier. À cause de la porte ouverte du placard situé en dessous, il ne voyait pas le visage de l’inconnu. Kishitani était debout à côté d’eux.

— Kusanagi ! Bonjour ! fit ce dernier en remarquant sa présence.

Sa collègue se retourna vers lui, déconcertée.

— Que faites-vous ? demanda-t-il.

Elle cligna des yeux.

— Je ne m’attendais pas à te voir ici.

— Réponds à ma question. Qu’êtes-vous en train de faire ?

— Drôle de façon de s’adresser à une jeune collègue pleine de zèle ! s’exclama le deuxième homme, en se tournant vers lui.

Interloqué, Kusanagi reconnut son ami.

— Comment se fait-il que tu sois ici, Yukawa ? lança-t-il avant de regarder sa collègue. Tu es allée le consulter sans m’en informer ?

Elle se mordit la lèvre inférieure sans répondre.

— Tu plaisantes ? Estimes-tu que chaque fois que Mlle Utsumi décide de rencontrer quelqu’un, elle doit d’abord obtenir ton autorisation ? répliqua Yukawa en souriant de toutes ses dents. Ça faisait un bail ! Je suis content de te voir en forme.

— Je croyais que tu avais décidé de ne plus nous aider dans nos enquêtes.

— Je n’ai pas changé d’avis. Mais chaque règle a ses exceptions. Quand il s’agit d’une énigme qui m’intéresse en tant que scientifique, par exemple. Je mentirais en disant que c’est la seule raison de ma présence ici aujourd’hui. Nul besoin de te parler des autres, cependant, expliqua-t-il en lançant un regard lourd de sous-entendus à Kaoru Utsumi.

Kusanagi ne la quittait pas des yeux.

— C’est pour cela que tu parlais d’inspecter la cuisine à nouveau ?

Prise au dépourvu, elle ne répondit pas immédiatement.

— Mme Mashiba t’en a parlé ?

— J’étais avec elle quand tu l’as appelée. Ah, j’ai failli oublier quelque chose d’important. Kishitani, tu m’as l’air oisif.

Son jeune collègue se redressa.

— Le chef m’a ordonné de les accompagner. Il craignait qu’Utsumi n’omette de lui raconter quelque chose.

— Je te remplace. Va arroser les fleurs du jardin.

Kishitani battit des cils plusieurs fois.

— Arroser les fleurs ?

— Mme Mashiba a décidé d’aller habiter ailleurs pour nous faciliter la tâche. Personne ne te reprochera de lui rendre ce service. Ne t’occupe pas des jardinières du balcon, je m’en charge.

Kishitani fronça les sourcils, visiblement mécontent, mais il obéit et quitta la cuisine.

— Très bien. Maintenant, il va falloir que vous m’expliquiez les raisons de cette nouvelle inspection de la cuisine, déclara Kusanagi en croisant les bras sans détacher son regard de Yukawa.

Le physicien, les pouces de ses mains gantées dans les poches de son pantalon – qui était selon toute apparence de la même marque que ses chaussures –, s’appuyait à l’évier.

— Ta jeune collègue m’a soumis le problème suivant : quelqu’un peut-il introduire à distance du poison dans une boisson prise par une personne déterminée ? Et cela, grâce à un dispositif qui ne laisse aucune trace. Même dans le monde de la physique, rares sont les énigmes d’une telle complexité, commenta-t-il avec un haussement d’épaules.

— À distance… répéta Kusanagi en décochant un regard courroucé à sa collègue. Tu continues à soupçonner l’épouse de la victime. Tu es allée voir Yukawa pour découvrir par quelle astuce elle aurait pu commettre le crime, hein !

— Je ne soupçonne pas qu’elle. Je cherche simplement à m’assurer que les personnes ayant un alibi pour le week-end ne peuvent pas avoir commis le crime.

— Ce qui revient au même, non ? Tu vises l’épouse, répliqua Kusanagi avant de se retourner vers Yukawa. Pourquoi as-tu regardé sous l’évier ?

— Utsumi m’a dit que des traces de poison ont été trouvées à trois endroits, répondit Yukawa en levant trois doigts gantés. Dans le café bu par la victime, dans le papier-filtre et le marc de café, et enfin dans la bouilloire. C’est tout ce que l’on sait. Par conséquent, soit le poison a été directement introduit dans la bouilloire, soit il a été mélangé à l’eau. Mais à quelle eau ? À nouveau, il existe deux possibilités : l’eau en bouteille, ou l’eau de l’un des deux robinets.

— L’eau d’un des deux robinets ? Tu veux dire, grâce à un dispositif sur le tuyau ? demanda Kusanagi en respirant bruyamment.

— Quand il y a plusieurs possibilités, le plus rationnel est de procéder par élimination, reprit Yukawa, impassible. Vos techniciens ont établi que ni le robinet ni l’appareil de filtration dont dépend le second robinet de l’évier ne présentaient d’anomalie. Tu me connais, tu sais que je veux toujours tout vérifier de mes propres yeux. Voilà pourquoi je tenais à inspecter le dessous de l’évier, qui est le seul endroit où installer un tel dispositif.

— Et alors ?

Yukawa secoua lentement la tête.

— Ni le tuyau auquel est fixé le filtre ni le filtre lui-même ne portent la trace d’un quelconque dispositif. Peut-être vaudrait-il mieux tout démonter, mais je doute que cela produise un autre résultat. Par conséquent, il est raisonnable d’en déduire que si le poison a été mélangé à l’eau, ce devait être à l’eau de la bouteille.

— On n’en a pas retrouvé de trace.

— Nous n’avons pas encore reçu les résultats de l’institut de police scientifique, dit Kaoru Utsumi.

— Ils ne vont rien trouver. Nos techniciens connaissent leur métier, rétorqua son collègue en décroisant les bras en continuant à fixer des yeux Yukawa qui avait les mains posées sur ses hanches. Ce sont tes conclusions ? Tu aurais pu t’épargner cette visite !

— Pour l’instant, je ne me suis occupé que de l’eau. Il me reste à vérifier la bouilloire. Il n’est pas impossible que le poison y ait été placé.

— C’est ma thèse. Permets-moi cependant de te dire que, dimanche matin, elle ne présentait aucune anomalie. Du moins d’après Hiromi Wakayama.

Yukawa ne réagit pas, mais saisit une bouilloire posée à côté de l’évier.

— C’est quoi, ça ? demanda Kusanagi.

— Une bouilloire identique à celle utilisée pour le café bu par la victime. Ta collègue me l’a procurée.

Il en retira le couvercle, la remplit d’eau, puis la vida.

— Une bouilloire ordinaire, qui n’est pas truquée.

Il la remplit à nouveau d’eau, et alluma un des feux de la cuisinière.

— Que vas-tu faire ?

— Regarde, et tu comprendras, répondit Yukawa en s’appuyant à nouveau contre l’évier. Tu penses que le meurtrier est venu ici dimanche et a placé le poison dans la bouilloire à cette occasion, n’est-ce pas ?