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Elle le pensait d’ailleurs elle-même. Il était impossible qu’Ayané puisse véritablement pardonner sa trahison.

Le regard qu’elle avait eu pour elle tout à l’heure la hantait. Si seulement elle n’avait pas porté ses mains à ses lèvres ! Ayané avait deviné la cause de sa nausée. Voilà pourquoi elle lui avait demandé si froidement si elle allait bien.

Ayané aurait peut-être pu fermer les yeux si son assistante n’avait été que la maîtresse de son mari disparu, mais sa grossesse changeait tout.

Elle devait en avoir pris conscience très tôt, même si elle n’avait aucune certitude, ce qui était très différent.

Quelques jours s’étaient écoulés depuis qu’elle l’avait avoué devant cette inspectrice du nom d’Utsumi. Ayané ne lui en avait pas reparlé depuis et Hiromi, qui n’avait aucune intention de le faire d’elle-même, ignorait ce qu’Ayané en pensait à présent.

Que devait-elle faire ? Y réfléchir lui donnait le vertige.

Elle comprenait qu’elle aurait dû choisir l’avortement. Elle ne se sentait pas certaine de pouvoir assurer le bonheur de cet enfant qui naîtrait sans père. De plus, elle risquait à tout moment de perdre son travail. Pour dire les choses plus clairement, elle était certaine qu’Ayané ne lui en donnerait plus si elle décidait de mener la grossesse à son terme.

Hiromi n’avait pas d’autre choix. De quelque manière qu’elle envisageât la situation, elle ne pouvait garder l’enfant. Elle n’arrivait pourtant pas à s’y résoudre. Elle était incapable de déterminer si c’était à cause de son attachement pour Yoshitaka, afin de ne pas perdre la seule chose qui lui restait de lui, ou parce que son instinct de femme lui donnait le désir de laisser vivre cet enfant.

Une chose était sûre : le temps lui était compté. Il lui faudrait prendre une décision dans les deux semaines à venir.

Une voix masculine appela son nom pendant qu’elle attendait un taxi devant le hall mortuaire.

Son accablement redoubla en voyant qu’il s’agissait de l’inspecteur Kusanagi qui venait vers elle à grands pas.

— Je vous cherchais. Vous partez ?

— Oui, je suis fatiguée.

Il devait être au courant de sa grossesse. Le lui rappeler de cette manière était dans son intérêt.

— Je suis navré de vous importuner à un tel moment, mais accepteriez-vous de répondre à quelques questions ? Je n’en ai pas pour longtemps.

Hiromi ne chercha pas à dissimuler son déplaisir.

— Vous voulez dire maintenant ?

— Oui, si vous voulez bien.

— Va-t-il encore falloir que je vous suive dans vos locaux ?

— Non, allons plutôt dans un endroit tranquille, fit-il.

Il héla un taxi qui passait sans attendre sa réponse et donna au chauffeur une adresse proche de l’appartement de Hiromi. Elle comprit qu’il ne comptait pas rester longtemps avec elle et cela la rassura.

Il fit s’arrêter le taxi devant un grand café presque désert où ils entrèrent. Ils prirent place de part et d’autre d’une table au fond de la salle.

Hiromi commanda un lait chaud, parce que le café et le thé étaient en self-service, Kusanagi un chocolat, sans doute pour la même raison.

— Dans ce genre de café, il est presque toujours interdit de fumer, n’est-ce pas ? C’est une bonne chose pour les personnes dans votre état, dit-il en lui adressant un sourire aimable.

Sans doute voulait-il lui faire comprendre qu’il était au courant de sa grossesse, mais ses paroles parurent indélicates aux oreilles de Hiromi qui n’arrivait pas à se décider à avorter.

— Eh bien… De quoi vouliez-vous me parler ? demanda-t-elle sans relever la tête.

— Je suis confus de vous importuner alors que vous êtes fatiguée, reprit-il en se penchant vers elle. Je souhaite vous poser quelques questions au sujet des relations féminines de M. Mashiba.

Elle releva la tête, surprise.

— Que voulez-vous dire ?

— Rien d’autre que cela. Avait-il d’autres femmes que vous dans sa vie ?

Hiromi se redressa et cligna des yeux. Elle était légèrement troublée. La question la prenait totalement au dépourvu.

— Pourquoi me posez-vous cette question ?

— Que voulez-vous dire ?

— On vous a parlé de quelqu’un ? demanda-t-elle d’un ton plus acerbe qu’elle ne l’aurait souhaité.

Kusanagi grimaça un sourire et fit non de la main.

— Nous n’avons aucune preuve. Mais je vous pose la question parce que cela me paraît possible.

— Je n’en sais rien. Pourquoi le croyez-vous possible ?

Le sourire de Kusanagi disparut et il croisa les mains sur la table.

— Comme vous le savez, M. Mashiba est mort empoisonné dans des circonstances qui nous font penser que quelqu’un s’est introduit chez lui le jour de sa disparition. C’est d’ailleurs pour cela que nos soupçons se sont d’abord tournés vers vous.

— Mais je n’ai rien fait…

— Je sais ce que vous allez me dire. Si vous n’êtes pas coupable, qui est venu chez lui ? Nous n’avons pour l’instant trouvé personne parmi ses connaissances professionnelles ou privées qui ait pu le faire. Nous envisageons donc la possibilité d’une personne avec qui M. Mashiba aurait eu une relation secrète.

Elle saisit enfin le sens de ce que l’inspecteur venait de dire. Elle n’avait cependant aucune envie d’exprimer son accord avec cette supposition. L’idée lui paraissait ridicule.

— Vous vous méprenez sur lui. Je comprends pourquoi, il n’était pas toujours discret, nous avions une liaison, mais vous faites erreur si vous pensez que c’était un homme à femmes. Notre histoire était sérieuse.

Il lui semblait avoir parlé plutôt fermement, mais l’expression du policier ne changea pas.

— Vous n’avez jamais eu le sentiment qu’il y avait une autre femme dans sa vie ?

— Non, jamais.

— Dans ce cas, qu’en est-il des femmes de son passé ? Savez-vous quelque chose à ce sujet ?

— Vous voulez dire des femmes qu’il avait fréquentées autrefois ? Je sais qu’il y en a eu, bien sûr, mais il en parlait très peu.

— Le plus petit détail nous intéresse. Vous ne vous souvenez de rien ? De ce qu’elles faisaient, de leur profession, de l’endroit où ils avaient fait connaissance ?

Hiromi fouilla à contrecœur dans ses souvenirs, comme il le lui demandait. Il était arrivé à Yoshitaka de mentionner des choses à propos de ses anciennes amies. Elle se rappelait à présent un ou deux exemples.

— Il m’avait raconté qu’il avait fréquenté une femme du monde de l’édition.

— Du monde de l’édition ? Une rédactrice ?

— Non, plutôt quelqu’un qui écrivait, je crois.

— Une romancière ?

Hiromi pencha la tête sur le côté.

— Je ne sais pas. Il m’avait dit que lorsque votre amie publie un livre, c’est ennuyeux, parce qu’elle attend de vous un commentaire. Je lui avais demandé de quel genre de livre il s’agissait, mais il ne m’avait pas répondu. Il n’aimait pas que je lui pose des questions à ce sujet, et je n’ai pas insisté.

— Rien d’autre ?

— Je me souviens aussi qu’il disait ne ressentir aucune attirance pour les femmes de la nuit ou du monde du spectacle. Il était allé à plusieurs événements destinés à faciliter les rencontres entre personnes qui souhaitent se marier et il avait découvert par la suite que parmi les participantes se trouvaient des professionnelles, invitées par les organisateurs.

— Pourtant il a rencontré sa femme dans une réception de ce type, non ?

— D’après ce que je sais, oui, dit-elle en baissant les yeux.