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— Vous voulez dire qu’il aurait agi après mon départ, n’est-ce pas ? Sauf si le coupable, c’est moi.

— Exactement, acquiesça le physicien.

— Pour le moment, nous ignorons si le poison a été introduit dans l’appareil de filtration de l’eau. Je ne pense pas que vous ayez besoin de penser à tout cela, intervint Kusanagi avant de se lever en demandant à son ami de le suivre.

Les deux hommes se retrouvèrent dans le hall d’entrée.

— Où veux-tu en venir ? demanda l’inspecteur sans cacher son irritation.

— Comment ça ?

— Ne fais pas l’idiot. Tu lui parles comme si tu la soupçonnais. Je sais bien qu’Utsumi t’a demandé de l’aide, mais tu n’as pas à te ranger de son côté !

Yukawa fronça les sourcils comme s’il était désagréablement surpris.

— Tu exagères ! Quand ai-je pris parti pour elle ? Je fais seulement preuve de logique. Calme-toi ! Mme Mashiba a bien plus de sang-froid que toi.

Kusanagi se mordit les lèvres. Au moment où il allait répondre, ils entendirent la porte s’ouvrir. L’ouvrier qui venait d’installer le nouveau filtre sortit, suivi par Ayané.

— Le nouveau filtre est en place, annonça-t-elle.

— Merci monsieur, dit Kusanagi à l’ouvrier. Pour la facture…

— Je l’ai réglée, ne vous en préoccupez pas, l’interrompit Ayané.

— Ah bon ! souffla-t-il.

Yukawa enfila ses chaussures sitôt l’ouvrier parti.

— Je m’en vais. Et toi ?

— Je reste encore un peu. J’ai quelque chose à demander à Mme Mashiba.

— Bon. Eh bien, au revoir, dit-il en s’inclinant devant elle.

Il partit sans lui laisser le temps de répondre. Kusanagi soupira.

— Je vous prie d’excuser ses paroles désagréables. Il n’est pas méchant, mais il manque de manières. C’est un excentrique.

— Vous n’avez pas à vous excuser ! Je ne l’ai pas trouvé désagréable, s’écria Ayané d’une voix surprise.

— Tant mieux.

— Il enseigne à l’université Teito, c’est bien cela ? Moi qui imaginais les universitaires comme des gens discrets, voire timides ! Il ne correspond pas du tout à cette image.

— Des universitaires, il y en a de toutes sortes, vous savez ! Lui, c’est un cas à part.

— Vous semblez bien le connaître.

— Oui. Je ne vous l’ai pas dit, mais nous avons fait nos études ensemble. Mais pas dans la même faculté.

Ils retournèrent dans le salon où il lui expliqua qu’il était ami avec Yukawa depuis l’université quand ils appartenaient tous les deux au club de badminton, et que le physicien l’avait aidé à plusieurs reprises dans son travail.

— Je vois. C’est merveilleux. Quelle chance de pouvoir travailler avec un camarade d’études !

— Je parlerais plutôt de fatalité.

— Que dites-vous là ! Je vous envie.

— Quand vous retournez à Sapporo, vous passez la nuit dans une source thermale avec une amie d’enfance !

— Oui, admit-elle avec un sourire. Vous avez rendu visite à mes parents, monsieur Kusanagi, n’est-ce pas ? Ma mère m’en a parlé.

— Oui, j’y suis allé. Nous, les policiers, nous avons l’obligation de tout vérifier, n’y voyez aucune mauvaise intention.

Elle sourit, consciente de l’embarras qu’elle lui avait causé.

— Je l’avais compris. Savoir si j’étais vraiment allée chez mes parents était nécessaire, et que vous leur ayez rendu visite est naturel. Ne vous en faites pas pour cela.

— Je vous remercie.

— Ma mère vous a trouvé très aimable. Je lui ai répondu que j’étais d’accord et que vous me rassuriez.

— Mais… fit Kusanagi en portant une main à son oreille, avec l’impression que son visage était en feu.

— Vous avez aussi rencontré Sakiko Motooka, n’est-ce pas ?

C’était le nom de l’amie qui l’avait accompagnée à la source thermale.

— Ma collègue s’en est chargée. Mme Motooka lui a dit qu’elle vous avait trouvée soucieuse. Et que vous lui aviez paru moins en forme qu’avant votre mariage.

Un sourire triste apparut sur son visage, comme si elle s’en souvenait, et elle laissa échapper un soupir.

— Elle a dit ça ? Moi qui croyais avoir donné le change… Elle me connaît si bien qu’elle s’en est tout de même aperçue.

— Vous n’avez pas envisagé de lui parler de ce que votre mari venait de vous annoncer ?

Elle secoua la tête.

— Non, pas du tout. Je voulais passer à autre chose… Et puis il me semblait que je ne pouvais rien faire. Avant de nous marier, mon mari et moi nous étions promis que nous divorcerions si nous n’arrivions pas à avoir un enfant. Je n’ai bien sûr pas mis mes parents au courant.

— M. Ikai m’a expliqué que votre mari voulait absolument avoir des enfants, et qu’à ses yeux le mariage n’était qu’un moyen d’y arriver. Je dois avouer que j’ai un peu de mal à comprendre que l’on puisse voir les choses ainsi.

— Moi aussi, je voulais des enfants et je croyais que cela serait facile. Je n’ai pas réfléchi plus que cela à cette promesse. À aucun moment je n’ai pensé que parce que cela faisait presque un an que nous étions mariés que… Le sort est parfois cruel, glissa-t-elle en baissant les yeux, avant de relever la tête vers son interlocuteur. Vous avez des enfants, monsieur Kusanagi ?

Il esquissa un sourire et lui rendit son regard.

— Je suis célibataire.

— Oh ! s’exclama-t-elle doucement. Pardonnez mon indiscrétion.

— Mais non, il n’y a pas de mal. Tout le monde autour de moi me dit que je ferais mieux de ne pas traîner, mais je n’ai pas encore trouvé la bonne personne. Yukawa aussi est célibataire.

— Je m’en étais doutée. Cela se sent chez lui.

— Il n’aime pas les enfants. Pour une raison bizarre : leur manque de logique, qui le fatigue.

— C’est quelqu’un d’intéressant.

— Je le lui dirai. Ah oui, je voulais vous poser une question à propos de votre mari.

— Laquelle ?

— Connaîtriez-vous parmi les amis ou les connaissances de votre mari quelqu’un qui serait dessinateur ou illustrateur ?

— Vous voulez dire un artiste ?

— Exactement. Il peut s’agir d’une personne que votre mari ne voyait plus. Il ne vous en a jamais parlé ?

Ayané inclina la tête sur le côté comme si elle réfléchissait, puis elle leva un regard interrogateur vers Kusanagi.

— Vous pensez que cette personne pourrait être liée à sa disparition ?

— Je n’irais pas jusque-là. Comme je vous l’ai expliqué l’autre jour, nous enquêtons à propos des anciennes fréquentations de votre mari. Et nous avons découvert qu’il avait autrefois dans sa vie une femme qui dessinait.

— Ah bon ! Je suis vraiment désolée, mais cela n’évoque rien pour moi. Cela remonte à quand exactement ?

— Nous n’en sommes pas certains, mais je dirais deux ou trois ans.

Elle hocha la tête, et pencha à nouveau la tête sur le côté.

— Je suis désolée mais je n’ai aucun souvenir que mon mari m’en ait parlé.

— Je comprends. Vous n’y pouvez rien. Il regarda sa montre et se leva. Toutes mes excuses pour vous avoir importunée si longtemps.

— Je ne vais pas rester non plus. Je retourne à l’hôtel, dit-elle en se levant, serrant le sac de voyage dans ses bras.

Ils quittèrent la maison ensemble. Elle se chargea de fermer la porte.

— Laissez-moi porter votre sac. Je vais vous accompagner jusqu’à ce que vous trouviez un taxi.

Elle le remercia et lui tendit son sac. Puis elle se retourna vers la maison en se demandant tout haut si elle reviendrait y vivre un jour.