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— Prêt pour l’épreuve finale ? lui demanda-t-elle.

Finalement, les radios semblaient opérationnelles.

— Dans un instant. Je voulais vous poser une question sur la synchronisation des opérations. D’après mes sources de renseignement, les armées du Sculpteur seraient déjà en route. Si elles progressent normalement, elles devraient être ici dans cinq dijours.

— C’est-à-dire au moins trois dijours avant l’arrivée du vaisseau de Ravna.

— Précisément. Nous aurons disposé de notre vieil ennemi bien avant d’engager la partie pour de plus hauts enjeux. Mais… il y a quelque chose d’étrange dans les derniers messages des deux-pattes. Vous croyez qu’ils soupçonnent quelque chose ? Est-il possible qu’Amdijefri leur en ait dit plus que nous ne le savons ?

Si Acier avait eu ce genre de doute lorsque Tyrathect était le Flenser par intérim, il le lui avait bien caché. Elle prit le temps de s’asseoir avant de lui répondre.

— Vous sauriez peut-être à quoi vous en tenir si vous vous étiez donné la peine d’apprendre un peu mieux la langue des deux-pattes, mon cher Acier, ou si vous m’aviez permis d’en savoir plus.

Tout l’hiver, Tyrathect avait fait des efforts désespérés pour parler aux enfants en privé et pour avertir le vaisseau sauveteur. Mais elle était indécise là-dessus à présent. Amdijefri était si naïf, si transparent. S’il avait connaissance de la duplicité d’Acier, il ne pourrait jamais le cacher. Quant aux sauveteurs, quelle serait leur attitude s’ils découvraient qu’Acier leur tendait un piège ? Tyrathect avait vu un vaisseau stellaire en vol. Rien qu’en se posant, il pouvait occasionner de terribles dégâts. De plus… Si le plan d’Acier réussit, nous n’aurons plus besoin de l’aide des deux-pattes. Elle poursuivit à haute voix :

— Tant que votre magnifique mise en scène fonctionnera, vous n’aurez rien à craindre de l’enfant. Ne voyez-vous pas qu’il vous adore ?

Un instant, Acier parut satisfait de cette réponse. Puis ses soupçons revinrent à la charge.

— Je ne sais pas. Amdi est toujours en train de me taquiner, comme s’il voyait clair dans mon jeu.

Pauvre Acier. Amdiranifani était sa plus grande réussite, mais il ne le comprendrait jamais. C’était le seul cas où il avait vraiment dépassé son Maître, en découvrant et en affinant une technique dont le Sculpteur avait naguère eu l’exclusivité. Le Dépeceur regardait son ex-disciple avec des yeux presque affamés. Si seulement il pouvait le refaire. Il devait bien y avoir un moyen d’associer la peur et le dépeçage à l’amour et à la tendresse. L’outil qui en résulterait mériterait alors vraiment le nom d’Acier… Elle haussa les épaules.

— Croyez-moi sur parole. Si vous continuez d’être gentil avec eux, les enfants vous seront loyaux. Mais pour répondre au reste de votre question, oui, j’ai remarqué des changements dans les messages de Ravna. Elle semble plus sûre de sa date d’arrivée. Pourtant, il a dû se passer quelque chose de grave. Je ne crois pas qu’ils soient plus soupçonneux qu’avant. Ils semblent accepter l’idée que c’est Jefri qui est responsable des modifications apportées par Amdi aux radios. Ce mensonge a été un coup de maître, soit dit en passant. Il les conforte dans leur sentiment de supériorité. Sur un champ de bataille, à armes égales, nous sommes probablement meilleurs qu’eux, et il ne faut pas qu’ils s’en doutent.

— Mais pourquoi sont-ils soudain si tendus ?

Le Fragment haussa les épaules.

— Patience, mon cher Acier. Patience et observation. Peut-être Amdijefri a-t-il remarqué quelque chose lui aussi. Vous pourriez leur suggérer subtilement de s’informer. À mon avis, les deux-pattes ont comme nous leurs soucis politiques.

Elle tourna brusquement toutes ses têtes vers Acier.

— Ne pourriez-vous pas demander à votre « source » chez le Sculpteur d’essayer de s’informer là-dessus de son côté ?

— Je le ferai peut-être. Il est vrai que cette « boîte de données » dont ils disposent représente un gros avantage.

Acier demeura silencieux durant un bon moment, en se mordant nerveusement les lèvres. Brusquement, il se secoua, comme pour chasser les innombrables menaces qui collaient à lui.

— Shreck !

Il y eut un crépitement de pas. La porte s’entrouvrit et Shreck passa une tête à l’intérieur.

— Oui, monsieur ?

— Amenez les radios ici. Et demandez à Amdijefri s’il peut descendre nous parler.

Ces « radios » étaient une merveilleuse invention, dont Ravna affirmait qu’elle pouvait être réalisée par des civilisations à peine un peu plus avancées que celle de Flenser. C’était difficile à croire. Il y avait tant d’étapes à accomplir, tant de détours apparemment sans signification. Mais le résultat était là : huit feuilles carrées d’un mètre de côté, noires comme la nuit. L’étrange matériau était incrusté de paillettes d’or et d’argent dont l’origine n’était en rien mystérieuse. Une partie du trésor de Flenser était passée là-dedans.

Amdijefri arriva. Ses membres se mirent à courir partout dans la salle, tripotant les radios, criant des choses à Acier et au Fragment de Flenser. Il était parfois difficile de croire qu’ils ne formaient pas une seule meute et que le deux-pattes n’était pas un membre comme les autres. Ils s’agglutinaient les uns aux autres comme l’aurait fait n’importe quelle meute. Souvent, Amdi répondait aux questions sur le deux-pattes sans laisser à Jefri le temps d’ouvrir la bouche. Et il utilisait le pronom « je collectif » pour les identifier tous les deux. Aujourd’hui, cependant, il semblait y avoir un désaccord entre eux.

— S’il vous plaît, messire Acier, laissez-moi être le premier à l’utiliser !

Jefri débita quelques paroles en samnorsk. Voyant qu’Amdi ne les traduisait pas, il les répéta plus lentement en s’adressant directement à Acier.

— Non. C’est (bla-bla-bla) dangereux. Amdi est (bla-bla) petit. Et le temps (bla-bla) compté.

Le Dépeceur faisait des efforts désespérés pour essayer de comprendre. Zut. Tôt ou tard, leur méconnaissance du langage des deux-pattes allait leur être préjudiciable.

Acier écouta le jeune humain, puis soupira d’une manière étonnamment patiente.

— Du calme. Amdi et Jefri, dites-moi quel est votre problème.

Il s’était exprimé en samnorsk, bien plus intelligible pour le Fragment de Flenser que ne l’avait été l’enfant humain. Amdi hésita un instant avant de répondre :

— Jefri pense que les radios sont trop lourdes pour moi. Mais regardez, ça me va très bien.

Il bondit tout autour de l’une des feuilles noires et la tira sans ménagement jusqu’à ce qu’elle glisse de son support de velours et tombe par terre. Puis il la drapa sur le dos de son membre le plus costaud.

La radio avait à peu près la taille d’une cape. Les tailleurs d’Acier avaient ajouté des fermetures aux épaules et au ventre. Mais le pauvre Amdi nageait dedans.

— Vous voyez ? Vous voyez ? répéta néanmoins la petite tête qui émergeait de dessous la cape, cherchant à convaincre Acier et Tyrathect.

Jefri prononça quelques mots inintelligibles. La meute le regarda avec colère. Puis un membre déclara :

— Jefri s’inquiète pour rien. Il faut bien que quelqu’un essaie ces radios. Il y a un petit problème de vitesse. La radio est bien plus rapide que le son. Jefri a peur qu’elle ne soit si rapide que la meute qui l’utilisera en sera toute désorientée. Mais c’est ridicule. Elle ne peut pas être plus rapide que la pensée à têtes rapprochées ?