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— Naturellement. (C’était l’une des fonctions implicites du Seigneur Chambellan.) Et, compte tenu du nombre d’étrangers qui se promènent dans les rues, je ne peux pas dire qu’il fasse de l’excellent travail.

— Détrompez-vous. Il accomplit parfaitement sa mission. Il a ses propres agents dans les hautes sphères de l’île Cachée, jusque dans l’entourage immédiat de messire Acier.

Scribe sentit ses yeux s’écarquiller.

— Vous comprenez ce que cela signifie. Grâce à l’efficacité de Vendacious, le Sculpteur sait avec certitude tout ce que leur grand conseil décide. En implantant habilement de fausses informations, nous menons les Flenséristes par le bout du nez exactement là où nous voulons. En dehors de Johanna, c’est là le plus gros avantage que possède le Sculpteur.

Voilà une chose dont je ne me doutais pas.

— Euh… L’incompétence apparente de la sécurité locale ne serait dont qu’une simple couverture ?

— Pas exactement. Elle est censée avoir l’air efficace et à la hauteur, mais avec juste assez de faiblesses exploitables pour que le Mouvement remette à plus tard une attaque directe en faveur de l’action de ses services secrets. (Il sourit.) Vendacious serait surpris d’entendre votre critique.

Scribe eut un petit rire. Il se sentait à la fois flatté et troublé. Vendacious devait figurer parmi les plus grands maîtres de l’espionnage de leur époque, et lui, Scribe Jaqueramaphan, avait presque percé ses secrets du premier coup d’œil ! Il demeura silencieux durant le retour au château, mais son esprit fonctionnait à toute allure. Pérégrin était plus près de la vérité qu’il ne l’imaginait. Le secret était indispensable. Toute discussion inutile, même entre vieux amis, devait être évitée. Oui ! Il allait offrir ses services à Vendacious. Son nouveau rôle le confinerait peut-être à l’arrière-plan, mais c’était là qu’il pourrait rendre le plus de services. Finalement, même Johanna venait de quoi il était capable.

La longue descente dans le puits de la nuit.

Même lorsque Ravna ne regardait pas par les hublots, c’était l’image présente dans son esprit. Le Relais occupait une position extérieure et excentrique par rapport au disque galactique. Et le HdB descendait vers lui, s’enfonçant de plus en plus dans les zones lentes.

Ils avaient réussi à passer. Le HdB était endommagé, mais ils avaient pu quitter le Relais à près de cinquante années-lumière à l’heure. Chaque minute qui passait, ils s’enfonçaient davantage dans l’En delà, et le temps de calcul pour leurs minisauts augmentait tandis que leur pseudovitesse déclinait. Malgré tout, ils avançaient. Ils étaient maintenant en plein dans l’En delà et n’avaient détecté, Dieu merci, aucun signe de poursuite. Ce qui avait attiré la Gale au Relais n’avait rien à voir avec le HdB.

L’espoir était revenu chez Ravna. Les installations médicales automatiques de bord affirmaient que Pham Nuwen pouvait être sauvé, et qu’il y avait des signes d’activité cérébrale. Les horribles blessures dans son dos marquaient l’emplacement des implants du Vieux et de la machinerie organique qui reliait étroitement Pham aux réseaux locaux du Relais et, par conséquent, à la Puissance qui le dominait. Lorsque cette Puissance était morte, les implants étaient devenus une masse en putréfaction.

Normalement, la personne de Pham devrait toujours exister derrière tout cela. Prie pour qu’elle existe.

Le médic estimait qu’il faudrait encore trois jours pour que son dos guérisse suffisamment et qu’une tentative de rappel à la vie soit mise en œuvre. En attendant, Ravna en profitait pour essayer d’en savoir plus au sujet de l’apocalypse qui s’était abattue sur elle. Toutes les vingt heures, Tige Verte et Coquille Bleue déviaient la course du vaisseau de quelques années-lumière pour se brancher sur une ligne du Réseau Connu afin d’enregistrer quelques infos. C’était une pratique courante, pour les voyageurs et les marchands, lorsque le déplacement durait plus de quelques jours. Ils se tenaient ainsi au courant des événements susceptibles d’affecter leur réussite à la fin du voyage.

D’après les médias (c’est-à-dire d’après la grande majorité des opinions exprimées), la chute du Relais était totale.

Grondr, Egravan, Sarale… Êtes-vous morts ou asservis, à présent ?

Plusieurs secteurs du Réseau Connu étaient provisoirement coupés de tout contact. Certaines liaisons extragalactiques ne seraient peut-être pas remplacées avant des années. Pour la première fois depuis des millénaires, une Puissance avait été notoirement assassinée. Il y avait des dizaines de milliers d’hypothèses en circulation concernant les motifs de l’attaque, et des dizaines de milliers de prédictions sur ce qui allait se passer ensuite. Ravna laissait le vaisseau faire un premier tri dans cette avalanche, pour essayer de distiller l’essence des principales spéculations.

Celle qui venait du Domaine Straumli n’était pas moins plausible que les autres. Les esclaves de la Perversion péroraient à propos de la nouvelle ère qui s’ouvrait grâce au mariage d’un être de la Transcendance avec des races de l’En delà. Si le Relais avait pu être détruit, si une Puissance avait pu être assassinée, alors rien ne pouvait plus empêcher la victoire de se propager.

Certaines sources estimaient que le Relais était l’objectif ancestral de l’entité, quelle qu’elle fût, qui avait perverti le Domaine Straumli. Peut-être l’attaque n’était-elle que la queue de comète de quelque guerre ancienne, l’enfant tragique illégitime des descendants de races oubliées. S’il en était ainsi, les esclaves du Domaine Straumli pouvaient aussi bien se flétrir sur place, et la culture humaine originale réapparaître un jour.

Un certain nombre d’articles suggéraient que l’attaque avait pour but de s’emparer des archives du Relais, mais un ou deux seulement évoquaient la possibilité que la Gale cherche à s’approprier un artefact ou à empêcher les responsables du Relais de le faire. Ces assertions étaient le fait de théoriciens chroniques, appartenant au genre de civilisation qui se sent saturée par l’automatisation des médias. Néanmoins, Ravna examina attentivement le contenu des messages. Aucun n’évoquait la présence d’un artefact dans le Fin Fond. Dans les rares cas où un lieu était cité, la Gale était censée rechercher quelque chose dans l’En delà Supérieur ou dans la Basse Transcendance.

Il y avait une certaine activité de réseau en provenance de la Gale. Les messages en protocole avancé étaient rejetés par tous à l’exception des plus suicidaires, et personne n’était payé pour relayer quoi que ce fût, mais l’horreur et la curiosité contribuèrent à propager très loin un certain nombre de ces informations. Il y avait la « vidéo » galique : près de quatre cents secondes de données pansensuelles sans la moindre compression. Ce message incroyablement coûteux devait être le dinosaure le plus réexpédié de toute l’histoire du Réseau. Coquille Bleue dut maintenir le HdB dans le faisceau de réception durant près de deux jours pour pouvoir le recevoir en totalité.

Les esclaves de la Perversion avaient tous une apparence humaine. La moitié environ des transmissions en provenance du Domaine étaient des vidéos, mais bien moins longues. Toutes montraient des images d’humains en train de parler. Ravna repassa plusieurs fois le dinosaure. Elle reconnaissait même celui qui parlait. C’était Øvn Nilsndot, un ancien champion de trael du Domaine Straumli. Il n’avait aucun titre, à présent, et probablement aucun nom. L’endroit d’où il parlait ressemblait à un jardin intérieur. En se déplaçant vers le bord de l’image, Ravna apercevait, par-dessus son épaule, une perspective qui s’étendait au niveau du sol. La cité devait être le Straumli Central des archives. Des années auparavant, cette cité avait fait rêver Ravna et sa sœur. C’était le cœur de l’aventure humaine dans la Transcendance, avec une place centrale construite sur le modèle du Champ des Princesses de Nyjora. Les réclames pour l’immigration clamaient que, quel que soit le point où les Straumliens arriveraient, la fontaine du Champ coulerait toujours pour leur rappeler leur loyauté envers les débuts de l’humanité.