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Perrin releva lui aussi la capuche de sa cape. Avec le temps qu’il faisait, ça risquait de faire jaser, mais beaucoup moins que sa barbe, par exemple, qui aurait prouvé sans doute possible qu’il n’était pas un enfant.

Par bonheur, la chaleur était tout à fait supportable. Après un séjour à Tear, tous les climats semblaient tempérés.

Perrin n’eut aucun mal à trouver le chêne fendu. De loin, on eût dit une fourche noire à la surface dure comme du fer – plus grand-chose à voir avec un végétal, pour tout dire.

Traverser le village étant plus rapide que le contourner, maîtresse al’Vere était déjà là, tirant sur son châle avec une évidente impatience.

Les trois Aiels avaient également honoré le rendez-vous. Assis sur les talons sur un tapis de feuilles de chêne et de coquilles de noisettes mâchées par des écureuils, Gaul se tenait un peu à l’écart des deux femmes. Comme d’habitude, les Promises et le guerrier se surveillaient mutuellement tout en sondant les environs. Perrin ne douta pas qu’ils étaient arrivés jusque-là sans se faire repérer. Un tel don lui aurait été bien utile. En forêt, il n’était pas trop mauvais, mais les Aiels, en matière de discrétion, se révélaient aussi efficaces à la campagne, dans des bois ou au cœur d’une ville. Quand ils n’entendaient pas qu’on les voie, on ne les voyait pas, et voilà tout !

Marin insista pour que tout le monde continue à pied. Selon elle, le terrain était trop accidenté pour chevaucher. Perrin ne partageait pas cette opinion, mais il mit quand même pied à terre. À l’évidence, Marin préférait guider des piétons plutôt que des cavaliers, et il pouvait la comprendre.

En marchant, le jeune homme repassa ses plans en revue. Avant de décider comment libérer les prisonniers, il devrait jeter un coup d’œil au camp des Capes Blanches. Il lui faudrait aussi localiser Tam et Abell, et le bois de l’Ouest regorgeait de cachettes…

Si les deux hommes n’avaient pas déjà secouru Alsbet et les autres, ça signifiait qu’il ne s’agissait pas d’une tâche facile. Quoi qu’il en soit, Perrin devait trouver un moyen de sauver ses amis. Ensuite, il s’occuperait des Trollocs.

Aucun villageois n’étant venu dans le coin depuis des années, le sentier avait quasiment disparu. Par bonheur, de grands arbres faisaient obstacle à une végétation qui aurait été facilement envahissante.

Les Aiels suivaient le mouvement en silence. Obéissant à Marin, qui refusait que le groupe se sépare, ils restaient ensemble sans protester.

En passant devant les plus grands chênes – ou en découvrant des pins majestueux –, Loial ne put s’empêcher d’émettre quelques murmures admiratifs. De temps en temps, un merle ou un rouge-gorge lançaient leurs trilles dans les hautes branches. Perrin capta le musc d’un renard qui les regardait passer, interloqué…

Soudain, il sentit une odeur humaine qui n’appartenait pas à ses compagnons et entendit un bruissement d’herbe. Les Aiels se ramassèrent sur eux-mêmes, lances brandies, et il porta une main à son carquois pour y prendre une flèche.

— Du calme, souffla Marin. (Elle fit signe de baisser toutes les armes.) Je vous en prie, du calme…

Deux hommes apparurent devant le petit groupe. Un grand brun très mince, sur la gauche, et un petit type costaud aux cheveux gris sur la droite. Chacun tenait un arc armé, prêt à tirer, et un carquois faisait le pendant à l’épée qu’ils portaient tous deux sur la hanche gauche.

Les capes de ces inconnus semblaient se fondre dans le paysage.

— Des Champions ! s’écria Perrin. Maîtresse al’Vere, pourquoi ne pas nous avoir dit qu’il y a des Aes Sedai à Champ d’Emond ? Votre mari ne nous en a pas parlé non plus. Pourquoi ?

— Parce qu’il ne le sait pas ! Cette affaire concerne le Cercle des Femmes, je n’ai pas menti à Cenn Buie. (Marin se tourna vers les deux Champions, toujours sur leurs gardes.) Tomas, Ihvon, vous me connaissez… Baissez vos arcs. Vous savez très bien que je ne vous amènerais jamais des ennemis…

— Un Ogier, dit le petit Champion costaud, des Aiels, un type aux yeux jaunes – celui que les Fils recherchent – et une jeune furie armée d’un couteau…

Perrin jeta un coup d’œil à Faile, effectivement prête à lancer une de ses lames. Cette fois, il ne trouva pas qu’elle exagérait. Champions ou pas, ces hommes ne faisaient pas mine de baisser leur arc et leur visage aurait tout aussi bien pu être sculpté dans une enclume. Face à de tels « alliés », les Aiels semblaient prêts à en découdre sans même prendre le temps de se voiler.

— Un bien étrange groupe, maîtresse al’Vere, continua l’aîné des Champions. Nous verrons bien… Ihvon ?

Le jeune Champion hocha la tête et s’enfonça dans les broussailles, ses pas presque inaudibles, même pour Perrin. Quand ils le voulaient, les Champions pouvaient être aussi silencieux que la mort.

— Comment ça, cette affaire concerne le Cercle des Femmes ? demanda Perrin. S’ils savaient au sujet des Aes Sedai, les Fils feraient du grabuge. Donc, il est logique de ne pas mettre Hari Coplin dans la confidence. Mais pourquoi mentir au bourgmestre ? et à nous ?

— Parce que nous avons promis de garder le secret, fit Marin avec une pointe d’agacement.

Une irritation qui visait Perrin, le Champion qui continuait à surveiller le petit groupe – il n’y avait pas d’autre verbe – et même les Aes Sedai, dans une moindre mesure.

— Quand les Capes Blanches sont arrivés, les Aes Sedai étaient à Colline de la Garde. Là-bas, personne ne connaissait leur identité, à part le Cercle local, qui nous les a confiées avec mission de les cacher. Les cacher aux yeux de tout le monde, Perrin ! C’est le seul moyen de garder un secret : limiter au maximum le nombre de gens qui le connaissent. Que la Lumière m’en préserve, mais je connais deux femmes qui ne dorment plus dans le lit conjugal parce qu’elles ont peur de parler pendant leur sommeil. Nous avons promis de garder le secret…

— Et pourquoi avoir changé d’avis ? demanda le Champion.

— Pour des raisons que j’estime justifiées, Tomas…

À la façon dont Marin tira sur son châle, Perrin devina qu’elle espérait que le Cercle et les Aes Sedai partageraient son opinion. Selon certaines rumeurs, les femmes du Cercle pouvaient être plus sévères encore les unes envers les autres qu’avec les autres villageois.

— Comment mieux te cacher qu’avec des Aes Sedai, Perrin ? En toute logique, tu n’as pas peur des sœurs, puisque tu es parti avec l’une d’entre elles. De plus… Mais tu le découvriras assez tôt. Pour l’instant, contente-toi de me faire confiance.

— Il y a bien des sortes d’Aes Sedai…, dit simplement Perrin.

Mais les pires de toutes, celles de l’Ajah Rouge, ne se liaient pas à un Champion. Les sœurs rouges n’aimaient pas les hommes, et c’était peu de le dire…

Tomas avait un regard sombre et impitoyable. Perrin aurait pu l’attaquer, ou ficher le camp, tout simplement, mais ce type était du genre à planter une flèche dans le cœur de quiconque esquissait un geste qui lui déplaisait, et il devait être capable de réencocher un projectile dans son arc à la vitesse de l’éclair. Les Aiels semblaient en être arrivés à la même conclusion. Toujours aux aguets, ils paraissaient en même temps disposés à ne pas bouger un cil jusqu’à la fin des temps.

Perrin tapota l’épaule de Faile.

— Tout ira très bien, tu vas voir.

— Bien sûr que tout ira bien ! répondit la jeune femme, souriante. (Elle avait rangé son couteau.) Si maîtresse al’Vere le dit, je n’ai aucune raison d’en douter.