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Perrin s’avisa soudain qu’il donnait des ordres au père de Rand. Il voulut s’excuser, mais Tam l’arrêta d’un geste et lui sourit.

— Perrin, tu as déjà pris le commandement chez Jac ! Ce ne sera pas la première fois que j’obéirai à un homme plus jeune que moi qui sait ce qu’il convient de faire.

Perplexe, Perrin se gratta la barbe. Il avait pris le commandement ? Quand il y repensait, depuis la ferme des al’Seen, ni Tam ni Abell n’avaient pris une décision, faisant plutôt des suggestions qu’ils le laissaient libre d’accepter ou non. Et sauf erreur de sa part, ils ne l’appelaient plus « mon garçon ».

— Intéressant, fit Verin, le nez plongé dans son carnet.

Perrin aurait donné cher pour lire ce qu’elle y écrivait.

— Vous allez encore me faire un sermon sur la prudence ?

Au lieu de répondre, l’Aes Sedai murmura pensivement :

— Voir ce que tu vas faire ensuite sera encore plus fascinant. Bien sûr, tu ne mets pas le monde sens dessus dessous, comme ton ami Rand, mais avec toi, les choses bougent à Deux-Rivières. Je me demande si tu as la moindre idée du sens dans lequel tu pousses ce territoire…

— Je veux libérer les Luhhan et les Cauthon ! s’écria Perrin, exaspéré. C’est tout.

Si on oubliait les Trollocs…

— Je fais ce que je dois faire, dit-il en appuyant la tête contre le tronc de son arbre. Et le territoire restera où il est, tout simplement.

— Bien sûr…, murmura Verin.

Perrin l’entendit s’éloigner avec Tomas, ses escarpins et les bottes du Champion faisant à peine bruire le sol couvert d’un tapis de compost.

Ouvrant les yeux, Perrin vit que Faile l’avait rejoint. L’air maussade, elle regardait l’Aes Sedai et son Champion.

— Elle ne te fichera jamais la paix, dit-elle.

Perrin remarqua qu’elle tenait la couronne de fleurs tressées qu’il avait laissée accrochée au pommeau de sa selle.

— Les Aes Sedai sont comme ça…

— Tu vas tenter le coup cette nuit, je suppose ?

Il n’y avait guère le choix… Maintenant qu’il avait averti les fermiers – qui savaient qui il était – il ne pouvait plus traîner. Les Fils ne maltraiteraient peut-être pas leurs prisonniers, mais se fier à leur indulgence aurait été une grossière erreur.

Perrin interrogea Gaul du regard.

— Tam al’Thor et Abell Cauthon sont assez discrets pour des habitants des terres mouillées, et les Capes Blanches me semblent manquer un peu trop d’imagination pour voir tout ce qui peut se déplacer dans la nuit. Ils s’attendent à une attaque en masse facile à détecter.

Chiad regarda le guerrier d’un air amusé.

— Aurais-tu l’intention d’avoir la légèreté du vent, Chien de Pierre ? J’aimerais voir ça, parce que ça risque d’être divertissant. Quand ma sœur de lance et moi aurons libéré les prisonniers, nous reviendrons te chercher, si tu te révèles trop vieux pour retrouver ton chemin.

Bain tapota le bras de Chiad, qui regarda sa compagne sans dissimuler sa stupéfaction. Puis elle rougit très légèrement malgré son teint cuivré. Les deux guerrières tournèrent alors la tête vers Faile, qui observait toujours Perrin, le menton bien droit et les poings plaqués sur les hanches.

L’apprenti forgeron prit une profonde inspiration. S’il disait à Faile de ne pas venir, Bain et Chiad resteraient elles aussi en arrière, c’était couru, parce qu’elles continuaient à bien faire sentir qu’elles étaient avec la jeune femme, pas avec lui. Faile pensait-elle la même chose ? C’était bien possible…

Gaul et lui pourraient peut-être accomplir la mission seuls, mais comment forcer Faile à ne pas y participer ? La connaissant, elle était tout à fait capable de les suivre, si l’envie lui en prenait.

— Tu resteras près de moi, dit Perrin d’un ton qui n’invitait pas à la contradiction. Je veux libérer des prisonniers, pas en laisser de nouveaux en arrière.

Aux anges, Faile s’assit à côté du jeune homme, glissant une épaule sous son bras.

— Rester près de toi, quelle bonne idée !

Elle posa la couronne de fleurs sur la tête de Perrin. Dans son coin, Bain ne put s’empêcher de ricaner.

En roulant des yeux, Perrin réussit à voir le bord de l’objet qui couronnait son crâne. Il devait avoir l’air d’un parfait abruti. Pourtant, il laissa l’ornement là où il était.

À l’ouest, le soleil sombrait lentement derrière la ligne d’horizon. Quand Abell apporta du pain et du fromage, il annonça que plus de la moitié des aspirants héros avaient oublié de se munir de vivres.

Alors que l’obscurité s’épaississait, ils mangèrent en silence puis attendirent.

Quand la lune fut assez haut dans le ciel, les lumières commencèrent à s’éteindre dans le camp des Capes Blanches et dans le village qui le surplombait. Perrin fit signe à Tam, à Faile et aux Aiels de venir près de lui. Bien qu’elle ne fût pas invitée, Verin approcha assez pour entendre. Abell et Tomas étaient avec les jeunes héros de Deux-Rivières, histoire de garantir qu’ils se tiendraient tranquilles.

Donner des ordres ne lui étant toujours pas naturel, l’apprenti forgeron fit dans la simplicité. Tam devrait faire en sorte que tout le monde soit prêt à filer lorsque le petit groupe reviendrait avec les prisonniers. Sachant que les Capes Blanches ne manqueraient pas de les poursuivre, il fallait prévoir un endroit où se cacher. Et justement, Tam connaissait une ferme abandonnée à la lisière du bois de l’Ouest.

— Si c’est possible, dit Perrin aux Aiels, ne tuez personne… Les Fils de la Lumière seront déjà furieux d’avoir perdu leurs prisonniers. S’ils subissent des pertes, ils mettront le feu au territoire. Et peut-être même au soleil !

Gaul et les Promises hochèrent la tête comme s’ils étaient pressés de voir ça. Des gens étranges, se dit Perrin en les regardant disparaître dans la nuit.

— Sois prudent, lui conseilla Verin alors qu’il accrochait son arc dans son dos. Ta’veren ne signifie pas « immortel ».

— Tomas pourrait m’être utile, vous savez…

— Un homme de plus ferait-il une différence ? De toute façon, j’ai d’autres projets pour lui.

Un rien agacé, Perrin sortit du bosquet puis il se mit sur le ventre et commença à ramper. Restant près de lui, comme c’était convenu, Faile l’imita. Dans les hautes herbes, il serait impossible de les repérer de loin.

Perrin se réjouit que sa compagne ne voie pas son visage, car il devait être vert de peur. Pas pour lui, mais pour elle. S’il lui arrivait malheur…

Ombres parmi les autres, ils traversèrent la petite plaine et, sur un signe de Perrin, s’arrêtèrent à moins de dix pas de l’endroit où les sentinelles passaient et repassaient sans cesse.

Deux hommes se croisèrent, juste devant eux, et marquèrent une courte halte.

— Rien à signaler dans la nuit, dit l’un des soldats. Que la Lumière nous éclaire et nous protège des Ténèbres.

— Rien à signaler dans la nuit, répondit l’autre Fils. Que la Lumière nous éclaire et nous protège des Ténèbres.

Après ce dialogue, les deux hommes reprirent leur chemin, le regard braqué droit devant eux.

Perrin attendit qu’ils se soient éloignés d’une dizaine de pas, puis il tapota l’épaule de Faile et se leva en retenant sa respiration. Distraitement, il nota qu’il entendait à peine le souffle de sa compagne. Presque sur la pointe des pieds, ils s’enfoncèrent entre les tentes et se baissèrent dès qu’ils furent assez près des feux de camp.

Des hommes ronflaient sous les tentes, gémissant parfois dans leur sommeil. Le seul bruit qui montait du camp. Autour, on entendait le martèlement des bottes de la garde. L’odeur des feux de cuisson agonisants, de la toile et de la sueur des chevaux planait dans l’air.