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En silence, je poursuivis ma lecture et tombai sur la pensée suivante : « Nous sommes les créateurs de notre propre univers et récoltons ce que nous avons semé exactement. Nous ne pouvons par conséquent nous plaindre de ce que la vie nous a donné en partage, non plus blâmer les autres de ce qui nous arrive. Car si notre vie n’est pas satisfaisante ou au contraire si elle l’est, c’est à nous que nous le devons. Qui plus est, nous sommes les seuls à pouvoir en changer le cours quand et lorsque nous le désirons. »

Puis, je déplaçai légèrement le microscope binoculaire et aperçus, disposée sur une facette angulaire, la pensée suivante : « Une idée peut être quelque chose d’absolument fascinant. Toutefois, tant et aussi longtemps que nous n’en tirons pas les enseignements ou que nous ne nous appliquons pas à la mettre en pratique, elle demeure inutile. »

Bien sûr, pensai-je. Une idée ne devient intéressante que lorsque nous cherchons à en vérifier le bien-fondé ou à la mettre à exécution. Car c’est alors et alors seulement qu’elle prend vie et nous conduit à bon port ou nous précipite sur de dangereux récifs.

Quand j’eus détourné mon regard du bloc de cristal, celui-ci redevint ce qu’il était auparavant : un objet d’art à admirer. Hors de ma portée maintenant, toutes ces pensées qui y étaient inscrites et se bousculaient encore toutes chaudes dans ma tête. Remis en place ce merveilleux instrument qui n’attendait qu’une nouvelle utilisation.

« Terminé ? » me demanda alors Atkin en se tournant vers moi.

J’acquiesçai. Voyant cela, il appuya sur un bouton et, sans autre forme d’adieu, il fit disparaître le bloc de cristal. Puis, devant mon étonnement, il ajouta en guise d’explication : « Le bloc ne s’est pas volatilisé ; je l’ai simplement fait passer dans une autre dimension.

— Aimeriez-vous profiter du fait que vous êtes ici pour transmettre une idée à un autre vous-même, à un moi parallèle ? » nous demanda alors Tink.

Je clignai des yeux et lui demandai ce qu’elle entendait par là. Elle me répondit :

« Qu’avez-vous appris que vous pourriez transmettre à un moi parallèle ? Quelle idée lui communiqueriez-vous si vous vouliez lui faire un cadeau et l’aider à changer sa vie ? »

Une vieille maxime que j’aimais beaucoup me revint alors en mémoire, et je la lui répétai : « Il n’est de catastrophe qui ne puisse se transformer en bénédiction et de bénédiction qui ne puisse se transformer en catastrophe. »

À ces mots, Tink échangea un regard avec Atkin. Visiblement, elle était fière de moi. En souriant, elle me dit : « Quelle jolie maxime ! puis elle me demanda si j’avais pu, au cours de ma vie en vérifier le bien-fondé.

— Et comment ! dis-je. Au point même qu’elle n’a plus de secrets pour Leslie et moi. Grâce à elle, nous avons appris à ne plus juger aussi rapidement de ce qui est bien et de ce qui ne l’est pas. À plusieurs reprises, nous avons été à même de constater que ce que nous considérions des échecs étaient en fait des réussites, et que ce que nous supposions des réussites étaient des échecs lamentables risquant de nous conduire à la catastrophe.

— Que sont pour vous le bien et le mal ? nous demanda alors Atkin, nonchalant.

— Le bien, c’est ce qui nous rend profondément heureux, et le mal, profondément malheureux ! lui répondis-je.

— Et qu’entendez-vous par profondément heureux ou malheureux ? me demanda-t-il encore.

— J’entends que cela nous rend heureux ou malheureux pendant des années ou la vie entière, lui répondis-je à nouveau.

Il acquiesça, satisfait, et en resta là.

Prenant la parole à son tour, Tink me demanda : « D’où tirez-vous votre inspiration ? »

Elle avait souri au moment où elle m’avait posé cette question, mais je savais néanmoins qu’elle la considérait de la plus haute importance et qu’elle s’attendait à une réponse intelligente de ma part.

Aussi, je me montrai désireux de lui plaire et voulus m’assurer, avant de lui répondre, qu’elle ne rirait pas de ma réponse.

« Non, me répondit-elle, à moins que vraiment ça ne soit hilarant !

— Eh bien, lui dis-je alors, l’inspiration nous vient de la fée du sommeil. Des idées merveilleuses nous viennent aussi alors que nous sommes à peine éveillés et qu’il nous est difficile de les coucher sur papier !

— Et il y a aussi la fée de la douche, enchaîna Leslie à son tour, ainsi que la fée du jardinage, la fée de la natation, la fée des balades en voiture. Bref, c’est dans les moments les plus inattendus, alors que nous sommes encore ruisselants ou que nous avons les mains pleines de terre ou aucun papier à portée de la main que nous viennent nos meilleures idées. Mais puisque nous les chérissons tellement, ces idées, et qu’elles nous tiennent tellement à cœur, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour nous en rappeler. Et si jamais il nous est donné de rencontrer cette merveilleuse fée, nous l’embrasserons jusqu’à l’étouffer tellement nous l’aimons ! »

À ces paroles, Tink se prit le visage entre les mains et se mit à pleurer. Puis toujours sanglotante, elle nous dit : « Merci ! merci ! », puis elle ajouta : « Je vous aime moi aussi et fais tout ce qui est en mon pouvoir pour vous aider. Que de travail il me faut accomplir parfois ! »

Alors je la regardai, pantois, et lui dis : « Vous êtes la fée des idées ?

— Oui », me répondit-elle, le visage entre les mains.

À ce moment, Atkin crut bon d’intervenir et il dit calmement en replaçant les aiguilles de son appareil à zéro :

« Ici, c’est Tink qui dirige. Et elle prend son travail très au sérieux ! »

Directement concernée, la jeune femme s’essuya les yeux, puis elle dit :

« Vous, qui me traitez de toutes sortes de noms, je sais que vous m’écoutez bien souvent et que vous prêtez une oreille attentive à mes propos. Moi, en retour, je vous inspire des idées merveilleuses, en espérant qu’elles sachent vous plaire. Et plus vous portez attention à celles-ci, plus je m’efforce de vous en insuffler d’autres. Car je désire que vous soyez heureux. »

Puis, changeant de sujet, elle dit : « Ici, je ne cesse de répéter à tous que nous devons vous donner le meilleur de nous-mêmes et vous communiquer nos meilleures idées qui, comme vous le savez, ne font pas que flotter dans l’espace, mais vous pénètrent profondément. Ceci dit, vous m’excuserez pour ces larmes. » Et se tournant vers Atkin, elle lui dit : « Veuillez passer tout ceci sous silence …

— Tout quoi ? » lui demanda-t-il en la regardant fixement.

Mais elle, se retournant vers Leslie, crut bon de lui dire aussitôt : « Je désire que vous sachiez que de toutes les personnes qui travaillent ici, je suis la moins avisée, la moins brillante.

— De toutes les personnes qui sont ici, Tink est la plus charmante », dit Atkin en l’interrompant. Puis il poursuivit en disant : « Tous ici, nous avons été professeurs. Nous aimons notre travail, et il nous arrive parfois de ne pas nous montrer trop malhabiles, mais il demeure qu’il n’est pas un d’entre nous qui ait autant de charme que Tink. Une idée, si elle ne peut charmer, demeure chose morte, car alors personne ne s’y intéresse. Mais permettez à la fée du sommeil de vous inspirer une idée, et voilà que cette dernière vous charmera au point que vous ne pourrez vous empêcher de la mettre à exécution pour alors changer le monde. »

Incroyable ! me dis-je alors en moi-même. Certains aspects de nous-mêmes auraient emprunté d’autres chemins et seraient occupés à transmettre des idées qu’ils auraient fabriquées de toutes pièces au reste du monde. Ils seraient occupés à faire du savoir quelque chose de clair comme le cristal. Vraiment, cela semble impossible. Et pourtant, il ne peut en être autrement puisque ces autres aspects de nous-mêmes sont là, devant nous, pour en témoigner !