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Je tournai mon regard dans la direction indiquée et aperçus un vieillard vêtu d’une robe de bure brune. Il était agenouillé sur le sol, à côté d’un petit feu de camp et semblait occupé à extraire du minerai, car de petites particules d’un blanc jaunâtre, de la poussière de roche vraisemblablement, dansaient tout autour de lui.

« Qu’est-ce qu’un mineur fait là ? » demandai-je à Leslie.

Elle observa la scène pendant un moment, puis me répondit, sûre d’elle : « Cet homme n’est pas un mineur, mais un ermite, occupé à prier. »

Puis elle prit la décision d’aller le retrouver. Elle se mit donc en marche et je la suivis, résolu cette fois à rester calme. Leslie se reconnaîtrait-elle en cet ermite comme moi en Attila ?

Arrivés à proximité de l’homme, nous fûmes à même de constater que le scintillement aperçu ne provenait pas de poussières de roches, mais d’une colonne lumineuse descendant du ciel, à un mètre environ du vieillard. Et nulle part, il n’y avait trace de chalumeau ni de bruit ou de poussière.

« … Ce que vous avez reçu, vous le donnerez au monde, disait une douce voix émanant de la lumière. Donnez à tous ceux qui ont soif de connaître d’où nous venons, de connaître la raison de notre vie et le chemin qui les attend vers l’au-delà. »

Une fois dans ma vie, il m’avait été donné de contempler une telle lumière et d’entrevoir un rayon de ce soleil qu’encore aujourd’hui j’appelle l’amour. Or cette lumière que j’apercevais aujourd’hui était en tout point semblable à la lumière que j’avais vue de nombreuses années auparavant. Elle avait la même intensité et semblait porteuse du même message d’amour.

Puis la voix dit encore : « Que tous ceux qui ont soif de vérité sachent qu’ils sont la vérité et que cette vérité les ramènera à leur demeure céleste. »

L’instant d’après, la colonne de lumière disparut et, à sa place, posé sur le sol, il y avait un manuscrit aux lettres calligraphiées.

L’homme, encore agenouillé, ne s’était pas aperçu de notre arrivée, et il priait les yeux fermés.

Leslie s’avança un peu et ramassa le manuscrit aux lettres dorées. Et en ce lieu mystique, ses doigts ne passèrent pas à travers le parchemin, comme ils l’auraient fait en d’autres temps.

Le manuscrit, à notre grande surprise, n’était pas couvert de runes ou d’hiéroglyphes, mais de caractères arabes, et le message qu’il contenait avait été rédigé en anglais.

Bien sûr, me dis-je à moi-même. Le vieil homme lirait le manuscrit et dirait qu’il a été rédigé en français tandis qu’un Perse, lui, dirait qu’il a été rédigé en farsi. Ainsi en va-t-il avec les révélations. Elles se lisent en toutes les langues, et seul leur message compte.

« Vous êtes des êtres de lumière, pouvait-on lire sur l’une des pages du texte. Nés de la lumière, vous retournerez à la lumière et serez, sur le chemin, guidés par la lumière de votre être infini. »

Puis, sur une autre page, on pouvait lire ce qui suit : « Vous vivez dans un monde créé par vous de toutes pièces. La vérité prend sa source dans les cœurs, et ce que vous admirez le plus aujourd’hui, vous le deviendrez. » Ou encore : « Que ni l’apparente noirceur, ni le mal, ni ce vêtement usé qu’est la mort ne vous effraient ou vous déconcertent, car ils ne sont que les défis que vous avez choisis de relever. Sur la pierre de l’amour, venez poser votre tête ; à la source de l’amour, venez vous abreuver et tirer les forces qui, à chaque instant, vous permettront de transformer votre vie. »

Le manuscrit comportait des centaines et des centaines de pages que nous lûmes, éblouis. Sur l’une de celles-ci était inscrit le message suivant : « Vous êtes la vie rendue manifeste, le verbe fait chair, l’esprit incarné. Impérissables, ni l’épée ni le passage des ans ne peut vous atteindre. Car en vérité, chaque passage est un apprentissage. »

Leslie leva les yeux vers moi et nous pensâmes la même chose au même moment. « Si ce manuscrit réussit à nous éblouir, nous du XXe siècle, quel effet n’aura-t-il pas sur ceux de ce XIIe siècle » dit Leslie.

Nous nous penchâmes à nouveau sur le manuscrit. Nulle part, il n’y était question de rituels, de pratiques idolâtres, de catastrophes futures, de dieux cruels, de batailles contre les ennemis ou de destruction. Non plus question de temples, de rabbins, de prêtres, de congrégations, de jours saints ou de vêtements d’apparat. Il n’y était question que d’amour et le texte, manifestement, avait été rédigé par un être d’amour à l’intention d’autres êtres d’amour.

Qu’on répande ces idées à travers le monde, dans ce siècle qui est le leur, pensai-je, comme autant de semences qui nous permettent de reconnaître le pouvoir que nous avons sur les croyances et de libérer le pouvoir de l’amour, et c’en est fini de la terreur : Le monde aura évité le Moyen Âge.

Le vieil homme ouvrit les yeux et ne sembla nullement surpris de notre présence. Il me jeta un bref regard, puis il examina Leslie longuement.

Puis il dit : « Je m’appelle Jean-Paul Le Clerc, et vous, vous êtes des anges ! »

Et avant que nous soyons revenus de notre étonnement, il ajouta, l’air radieux : « Avez-vous aperçu la Lumière ?

— Quelle merveilleuse source d’inspiration, lui répondit alors Leslie en lui remettant le manuscrit.

— Non pas qu’une source d’inspiration », rétorqua-t-il en reportant à nouveau son attention sur elle, alors que je me disais que, s’il y avait un ange ici, c’était bien elle. « Ces mots, poursuivit-il, sont la vérité et la vie, et quiconque les lira en sera à jamais transformé ! Lorsque j’étais enfant, j’ai reçu de la Lumière la promesse que ce manuscrit me serait remis la nuit où vous m’apparaîtriez. Et voilà, maintenant je suis vieux, vous êtes venue et le manuscrit m’a été remis.

— Ce manuscrit transformera le monde, dis-je.

— Non, me répondit-il en me lançant un regard étrange.

— Mais ne vous a-t-il pas été remis pour qu’à votre tour vous le rendiez au monde ? lui demandai-je.

— Il fait office de test, me répondit-il à nouveau.

— De test ? » m’enquis-je.

Pour toute réponse, il me dit : « Je suis vieux et j’ai beaucoup voyagé. Et au cours de mes pérégrinations, j’ai beaucoup étudié, qu’il s’agisse de l’étude des Écritures saintes ou de celle des écritures païennes. Or, ces études, malgré leurs limites, m’ont appris une chose et c’est que toute religion digne de ce nom trouve son origine dans la Lumière. Mais ce sont les cœurs et non les mots qui sont porteurs de lumière.

— Mais, objectai-je, vous avez entre les mains quelque chose de si beau que vous ne pouvez pas ne pas le lire !

— Ce que j’ai entre les mains, me répondit-il, c’est du papier. Donnez ces pages à lire au monde, et elles seront comprises et appréciées de ceux qui cherchent ou connaissent déjà la vérité. Mais avant de les remettre au monde, ces pages, il faut les baptiser, leur donner un nom. Et de là naîtront tous les problèmes.

— Pourquoi cela engendrerait-il des problèmes que de donner un nom à ces pages ? dis-je. Pourquoi serait-ce la mort d’une chose que de la nommer ? »

Il me regarda, surpris, et me répondit : « Ce n’est pas de nommer une chose qui est dangereux. Mais donner un nom à ce manuscrit, c’est participer à l’élaboration d’une nouvelle religion.

— Comment cela ? » lui demandai-je.

Pour toute réponse, il me tendit le manuscrit et me dit : « Ces feuillets sont maintenant vôtres …

— Richard », lui dis-je.

Alors, il poursuivit en disant : « C’est à vous, Richard, que je remets ces feuillets directement issus de la Lumière de l’Amour. Voudrez-vous, en retour, les faire partager au reste du monde, les faire connaître à tous ceux qui ont faim et soif de vérité et qui n’ont pas eu comme vous le privilège d’en prendre connaissance dès l’instant où ils sont apparus ? Ou préférerez-vous les garder en votre seule possession ?