Выбрать главу

Tatiana me regardait, bouche bée.

« Le renseignement que je viens de vous communiquer, lui dis-je sur le ton de la confidence, est un secret d’État bien gardé que m’ont fait partager d’anciens compagnons dans les forces armées de l’air, maintenant devenus généraux. Ceci dit, les missiles MRP sont les seuls missiles téléguidés qui existent présentement aux États-Unis.

— Les missiles MRP ? s’enquit Tatiana en se tournant vers son mari, qui lui non plus n’avait jamais entendu parler de ceux-ci.

— Les missiles des relations publiques, dis-je en guise d’explication. Et de temps à autre, nous en lançons un, histoire de vérifier quel effet il produira …

— Et vous vous empressez séance tenante, enchaîna Ivan, de filmer la scène au moyen de centaines de caméras et de la reproduire au petit écran afin que les Russes, bien plus que les Américains, puissent la visionner !

— Bien sûr, lui répondis-je en ajoutant aussitôt : “Et ne vous êtes-vous jamais demandé, vous les Russes, comment il se faisait que nos missiles étaient tous identiques ? Eh bien, s’il en est ainsi, m’expliquai-je ensuite, c’est que nous ne disposons que d’un seul missile et d’une seule roquette qui, invariablement, réapparaissent à l’écran.” »

À ces paroles, Tatiana regarda son époux qui pouffa d’un grand éclat de rire. Et quand il eut terminé, je poursuivis en disant :

« Si le KGB écoute notre conversation et qu’il n’entend que votre partie du discours, que pensera-t-il donc ?

— Et si la CIA nous écoute et qu’elle ne capte que votre partie du discours, rétorqua Ivan, que croyez-vous qu’elle dira ou fera ?

— Eh bien, lui répondis-je. Si la CIA nous entend, c’en est fini de nous. Ils nous qualifieront de traîtres et diront que nous avons dévoilé leur ultime secret d’État, nommément qu’ils ne vous attaqueront pas, mais qu’ils vous conduiront à la ruine en vous laissant dépenser des fortunes pour la fabrication d’armes nucléaires.

— Et si notre gouvernement découvre que …, dit alors Tatiana.

— S’il découvre que la course aux armements est devenue inutile, enchaîna Leslie, eh bien, peut-être que cela l’incitera à se mettre à la fabrication d’armes et à croire véritablement que nous ne pouvons vous attaquer, nos missiles étant remplis de sable. Oh ! bien sûr, nous pourrions toujours vous les envoyer par la poste, accompagnés de sifflets pour chiens, mais quelle en serait l’utilité ?

— Cela ne serait d’aucune utilité, dis-je en prenant la parole à mon tour, six jours plus tard, nous serions nous-mêmes contaminés par nos propres radiations. Car il suffirait que l’on fasse exploser chez vous des bombes pour que c’en soit fini chez nous de la soirée du football. Et sachez donc en terminant, chers amis russes, que la règle d’or du capitalisme est la consommation et que nous ne sommes pas intéressés à perdre de précieux clients et à faire baisser les revenus en provenance de l’industrie du cosmétique ou de la publicité. »

Quand j’eus terminé, Ivan poussa un profond soupir et jeta un regard interrogateur à Tatiana. Elle lui rendit son regard et fit un léger mouvement de la tête en signe d’approbation. Ivan prit alors la parole et dit :

« Les Russes ont aussi leurs secrets et, pour gagner la partie contre les États-Unis dans la course aux armements, ils tiennent à leur faire croire qu’ils sont inférieurs et qu’ils n’accordent aucune importance au progrès. Ils ont besoin de les persuader que pour eux, l’idéologie est plus considérable que l’économie.

— Mais vous construisez des sous-marins, lui fis-je remarquer, et des porte-avions. Qui plus est, vos missiles sont dotés de systèmes qui fonctionnent réellement.

— Bien sûr, répondit Ivan. Mais ceci dit, la CIA ne s’est-elle pas aperçue de l’absence de missiles à bord de nos sous-marins et que ceux-ci étaient pourvus de fenêtres de verre ? »

Puis, faisant une pause, il regarda son épouse et lui demanda : « Devrions-nous leur dévoiler notre secret d’État ? »

Elle fit un oui vigoureux de la tête et alors il poursuivit en disant : « Les sous-marins peuvent être très rentables. Ils peuvent servir à …

— À l’industrie du tourisme en eau profonde, enchaîna Tatiana, qui nous expliqua ensuite que le premier pays qui réussirait à promouvoir cette forme de tourisme ne pourrait faire autrement que de s’enrichir.

— Et n’avez-vous jamais songé, ajouta ensuite Ivan, que nos porte-avions ne sont pas des porte-avions, mais des condominiums flottants conçus à l’intention des personnes qui aiment voyager, mais détestent quitter leur chez soi ? Ils constituent de véritables villes à l’abri de la pollution et possèdent les plus grands courts de tennis au monde. Vous pouvez aller où vous voulez dans ces condominiums flottants, jusque dans les Tropiques, si vous voulez ! »

Puis en me regardant d’un air finaud, il me demanda :

« Et que dire maintenant de notre programme de colonisation de l’espace ! Car savez-vous combien de personnes attendent en ligne que vienne leur tour pour aller se promener dans l’espace, et ce, à n’importe quel prix ? » Et sans même attendre ma réponse, il ajouta aussitôt : « Par conséquent, il est loin le jour où l’Union soviétique fera faillite. »

C’était à mon tour d’être étonné et aussi ne pus-je réprimer l’envie de lui demander : « Ainsi donc, vous avez l’intention de vendre des voyages dans l’espace ? Mais que faites-vous du communisme ?

— Et alors ? me répondit-il en haussant les épaules. Ne croyez-vous pas que les communistes aiment l’argent, eux aussi ?

— Ne te l’avais-je pas dit ? me fit remarquer Leslie en se tournant vers moi.

— Mais que vous avait-elle dit ? s’enquit Ivan quand il entendit ces paroles.

— Que nous les Américains et vous les Russes, nous étions en tout point semblables, lui répondis-je, et qu’il conviendrait que nous le vérifiions par nous-mêmes afin d’en avoir le cœur net une fois pour toutes.

— Pour nombre d’Américains, dit alors Leslie en me coupant presque la parole, la guerre froide entre Russes et Américains s’est terminée à l’occasion d’une émission de télévision à l’intérieur de laquelle on nous montrait les Soviétiques en train d’assiéger les États-Unis et de prendre la tête du gouvernement. Et à la fin de l’émission, le pays tout entier se mourait d’ennui et se disait que jamais il n’aurait pensé qu’un gouvernement puisse être aussi peu stimulant. Et ensuite les gens se sont dit qu’ils aimeraient juger par eux-mêmes de la situation, et c’est ainsi qu’en l’espace d’une nuit, le tourisme en direction de l’URSS a triplé.

— Sommes-nous si ennuyeux ? s’enquit alors Tatiana qui m’interrogeait du regard.

— Vous n’êtes pas si ennuyeux, lui répondis-je, quoiqu’on ne puisse nier le fait que certains aspects du système communiste le soient et que certains aspects du système capitaliste américain le soient aussi. Ceci dit, des bonnes choses se retrouvent chez chacun de ces deux gouvernements privilégiant des valeurs différentes. Car n’est-il pas vrai que vous, les Russes, vous avez sacrifié la liberté à la sécurité et que nous, les Américains, nous avons sacrifié la sécurité à la liberté ? Et que chez vous, il n’existe pas de pornographie et chez nous, pas de lois interdisant les voyages ? Mais quoi qu’il en soit, personne n’est désagréable au point que nous devions espérer la fin du monde.