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Puis l’avion piqua du nez.

Pendant une seconde, je crus que le Seabird tombait en vrille mais eus tôt fait de reprendre mes esprits en prenant conscience que nous ne nous trouvions pas à bord de notre Ronchonneur, mais bien à l’intérieur d’un avion de chasse.

La cabine était exiguë, et si Leslie et moi n’avions été des fantômes, il était évident que nous n’aurions pu tenir comme nous le faisions, côte à côte derrière le pilote.

Droit devant nous, ou plutôt à cinq cents pieds au-dessous de notre appareil, un second avion de chasse tourneboulait dans les airs, tentant désespérément de nous échapper. La vue qui s’offrait à nous, à travers le pare-brise, me glaça d’horreur : un cercle diamanté entourait la presque totalité de l’envergure du second avion, le point brillant de notre fronteau de mire cherchant avidement à cibler la cabine.

Un monde de paix, vraiment ? Après tout ce qui s’était passé à Moscou, voilà que nous nous apprêtions à assister à la désintégration, en plein ciel, d’un être humain !

Je frémis d’horreur à cette idée, mais continuai néanmoins à observer la scène avec intérêt. Bientôt, je m’aperçus que l’avion que nous pourchassions n’était pas un jet, ni un Mustang, un Spit-fire ou un Messerschmitt et que, de fait, il était d’un modèle que je ne connaissais pas.

Le pilote de chasse que j’étais ne pouvait faire autrement que d’approuver les manœuvres du pilote se trouvant à l’intérieur de notre cabine et qui, à mon sens, faisait preuve d’une incroyable dextérité : repérer ainsi la cible jusqu’à ce qu’on l’ait dans son champ de tir, ajuster son plan de vol jusqu’à mimer celui de la cible en tout point, remonter, virer, plonger avec la cible …

Leslie, qui se tenait toute raide à mes côtés, avait retenu sa respiration et fixait des yeux l’avion que nous traquions tandis que nous nous rapprochions du sol à toute vitesse. Pour la réconforter, je passai mon bras autour de ses épaules et la tins solidement contre moi.

Si j’avais pu m’emparer du levier de commande pour virer ou ramener la manette des gaz vers l’arrière, je l’aurais fait sans hésiter. Mais il régnait un tel vacarme à l’intérieur de l’habitacle, qu’il m’était impossible de même crier au pilote, de toute évidence résolu à tuer, de s’arrêter.

Je remarquai alors, à travers notre fronteau de mire, que les ailes de l’avion que nous poursuivions affichaient les étoiles rouges de la République populaire de Chine. Oh, mon Dieu ! me dis-je, la folie se serait-elle donc emparée de tous les mondes existants ? Serions-nous aussi en guerre avec la Chine ?

L’appareil chinois, peint qu’il était en bleu pâle, en vert et en marron, ressemblait plus à un avion d’apparat, prêt à se livrer à des acrobaties aériennes, qu’à un avion de chasse. Enfin je remarquai en jetant un coup d’œil à l’anémomètre, qu’en dépit du vacarme et du va-et-vient nous ne volions qu’à trois cents milles à l’heure.

Si nous sommes bel et bien en guerre, me dis-je, où sont les avions à réaction ? Et en quelle année sommes-nous donc ?

L’avion que nous relancions virevolta soudainement sur le dos et son pilote, espérant nous échapper, tira si brusquement sur la commande des gouvernails que des volutes de vapeur s’échappèrent de l’extrémité des ailes de l’appareil. Loin de se laisser berner par cette ruse de l’adversaire, notre pilote exécuta la même manœuvre. Or l’impact produit par la force de gravitation à ce moment ne sembla pas l’affecter outre mesure, quoique nous vîmes son corps se tasser sous le choc et son casque pencher vers le sol.

Ce pilote est un autre moi parallèle, me dis-je en observant la scène. Car à nouveau je suis pilote de chasse. Que l’armée soit damnée ! Mais combien de fois me faudra-t-il répéter la même erreur avant de comprendre la leçon ? Je m’apprête à tuer quelqu’un et ce geste, je le regretterai toute ma vie …

Le pilote de l’avion pourchassé effectua un virage de quatre-vingt-dix degrés à droite, puis, dans un geste de désespoir, inversa la manœuvre … pour se retrouver directement dans le losange de notre fronteau de mire. Sans plus attendre, mon moi parallèle appuya sur la gâchette de la commande des gouvernails et les mitrailleuses de notre avion se mirent à cracher le feu, faisant entendre un bruit de pétards étouffés à l’intérieur des ailes. L’instant d’après, un nuage de fumée blanche s’échappait du capot du moteur de l’appareil ennemi.

« En plein dans le mille ! s’écria notre pilote. Enfin presque …

La voix de Leslie ! Depuis le début j’avais présumé, manifestement à tort, que la personne qui pilotait l’appareil dans lequel nous nous trouvions était un de mes moi parallèles. Or elle était un moi parallèle de Leslie !

Les mots CIBLE ENDOMMAGÉE apparurent au-dessus du fronteau de mire de notre appareil.

« Merde ! s’exclama notre pilote qui, pour s’encourager elle-même, dit : Allons, Linda … »

Puis elle se rapprocha de la cible et appuya longuement sur la gâchette qui se trouvait devant elle. Une odeur de poudre à canon envahit la cabine.

Devant nous, la fumée blanche vira au noir tandis que l’huile du moteur de notre malheureuse victime venait gicler contre notre pare-brise.

« Là ! C’est fait ! » dit encore le pilote.

Soudain, la radio laissa filtrer une voix, à peine audible : « Leader Delta ! Virez immédiatement à droite ! Virage à droite urgent ! Virez ! »

Le pilote ne se donna même pas la peine de tourner la tête pour voir de quoi il retournait, mais s’empressa de tirer sur la commande des gouvernails et de virer à droite comme si sa vie en dépendait.

Mais il était trop tard.

En moins de deux, notre pare-brise fut souillé d’huile à moteur chaude et on put voir de la fumée s’échapper sous le capot. Quant au moteur, il s’arrêta après quelques ratés et l’hélice s’immobilisa.

Une cloche se fit entendre dans la cabine, rappelant à s’y méprendre le timbre qui annonce la fin d’un round lors d’un combat de boxe. Au-dessus du fronteau de mire apparurent les mots CIBLE DÉTRUITE.

Le silence se fit dans la cabine et nous pûmes entendre le sifflement strident du vent et le crépitement du moteur en flammes.

Au bout d’un moment, je regardai derrière et vis, par-delà un flot d’huile noire, qu’un avion s’approchait de nous à toute vitesse ; il était presque identique à celui que nous avions endommagé quelques minutes auparavant, à cette exception près qu’il arborait un motif à carreaux orange et jaunes. Comme il se trouvait à moins de cinquante pieds de nous, je pus entrevoir l’homme qui venait de tirer sur nous ; riant à gorge déployée, l’air triomphant, il nous salua de la main.

Relevant la visière de son casque, notre pilote rendit son salut à son homologue et dit en maugréant : « Sacré nom de Dieu ! Je saurai bien me venger, Xiao ! »

L’avion nous dépassa, ses contours estompés, les marques de nombreuses victoires ornant le devant de son habitacle, ses carreaux orange et jaunes flamboyant au soleil. Puis, en une escalade serrée, le pilote se précipita à la rencontre de notre ailier qui, assoiffé de vengeance, fonçait droit sur lui. Trente secondes plus tard et les deux appareils avaient disparu, roulant en demi-cercles l’un autour de l’autre.

Il n’y avait pas de flammes dans notre cabine, à peine un mince ruban de fumée, et pour quelqu’un qui venait tout juste de perdre la bataille, notre pilote affichait un calme olympien.

« Dites donc, Leader Delta ! tonitrua une voix dans la radio, qui vint briser le silence. Votre caméra serait-elle détraquée ! par hasard ? Car j’ai un voyant lumineux ici qui m’indique que votre appareil a été descendu. Dites-moi que ce n’est pas vrai !