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— Mais qu’est-ce qui pourrait lui faire croire que vous avez réellement changé ? lui demandai-je. Avouez que ça ne vous arrive pas tous les jours de quitter la maison, insouciant, pour revenir le lendemain, aimant et compatissant comme à vos premiers jours. »

Il réfléchit à cette remarque tandis que la tristesse envahissait son visage.

« Vous avez raison, avoua-t-il. Pourquoi me croirait-elle ? Elle pourrait mettre des jours, voire des mois avant de reconnaître que j’ai changé ; il se pourrait même qu’elle ne s’en aperçoive jamais. » Il réfléchit encore à la question avant d’ajouter : « La vérité, au fond, est qu’il n’en tient qu’à moi de changer et que cela n’a rien à voir avec le fait que Leslie s’en rende compte ou pas.

— Et si elle refuse de vous écouter ? Comment ferez-vous pour lui faire comprendre ce qui s’est passé ?

— Je ne sais pas, fit-il doucement. Mais je trouverai bien un moyen. Qui sait, peut-être le discernera-t-elle dans ma voix … »

Il se dirigea alors vers l’appareil téléphonique, décrocha le combiné et composa un numéro.

À ce moment, j’aurais pu tout aussi bien disparaître sans même qu’il s’en aperçoive, absorbé qu’il était par son appel, imbu d’un avenir qu’il avait été bien près de perdre.

« Salut, chérie, fit-il au bout d’un moment. Je comprendrais si tu raccrochais, mais il m’est arrivé quelque chose et j’ai pensé que tu aimerais peut-être l’apprendre. »

Il écouta attentivement la réponse que lui faisait son épouse.

« Non, au contraire je t’appelle pour te dire que tu as parfaitement raison, reprit-il. J’ai eu tort ; je me suis montré égoïste et injuste à ton égard. Je ne puis te dire à quel point je le regrette. J’admets que c’est moi qui dois changer et en fait, j’ai changé ! » Il écouta encore, puis dit au bout d’un moment : « Chérie, je t’aime de tout mon cœur, plus que jamais en fait, maintenant que je comprends ce qu’il t’a fallu endurer en restant avec moi aussi longtemps. Mais je te jure que je ferai en sorte que tu sois heureuse de l’avoir fait.

Il écouta, ses lèvres esquissant un infime sourire.

« Merci, répliqua-t-il à la réponse manifestement favorable de sa femme. En ce cas, je me demande si tu aurais du temps à consacrer à ton mari avant que tu ne prennes la décision de ne plus jamais le revoir … »

Chapitre XVII

Pendant qu’il conversait encore avec son épouse, je m’esquivai silencieusement par les portes qui donnaient sur le balcon et allai rejoindre Leslie, qui m’avait patiemment attendu pendant tout ce temps. Je l’embrassai tendrement et nous demeurâmes enlacés un moment, heureux d’être ensemble, heureux d’être nous.

« Crois-tu qu’ils resteront ensemble ? demandai-je enfin à Leslie. Et est-il possible, à ton avis, qu’une personne se transforme de la sorte en si peu de temps ?

— Je souhaiterais qu’ils ne se séparent pas, me répondit Leslie. Quant à lui, je considère qu’il n’a pas tenté de se chercher des excuses et que son désir de changer est sincère.

— Tu sais, dis-je alors, songeur, j’ai toujours pensé que les âmes sœurs s’aimaient d’un amour inconditionnel et que rien ne pouvait les séparer.

— Inconditionnel ? répéta Leslie qui ajouta aussitôt : Si je devais me montrer soudainement cruelle et détestable sans raison aucune, et que je ne tenais aucun compte de tes sentiments, m’aimerais-tu alors éternellement ? Si je te battais, te laissais sans nouvelles pendant plusieurs semaines, couchais avec tous les hommes que je rencontre, perdais toutes nos économies dans des jeux de hasard et rentrais enfin saoule à la maison, me chérirais-tu encore ?

— Peut-être pas, lui répondis-je. Car vues sous cet angle, les choses paraissent bien différentes.

Et en moi-même, je pensai : Plus nous nous sentons menacés, moins nous sommes capables d’aimer.

Puis, à voix haute, je dis encore : « Je trouve curieux que l’amour inconditionnel qu’on voue à une personne, consiste à ne se soucier aucunement de cette dernière, non plus que de ce qu’elle fait ! En dernière analyse, j’ai bien peur que l’amour inconditionnel ne soit synonyme d’indifférence pure et simple !

— C’est aussi mon avis, renchérit Leslie en hochant la tête.

— Dans ce cas, lui dis-je, puis-je te demander de m’aimer d’un amour conditionnel, s’il te plaît ? De m’aimer quand je suis à mon meilleur, et de te tenir à distance quand je me montre étourdi et raseur ?

— D’accord, dit Leslie en riant. Et tu feras de même pour moi, bien sûr. »

Sur ce, nous regardâmes subrepticement à l’intérieur de la chambre et échangeâmes un sourire en voyant que mon moi parallèle était toujours occupé à parler au téléphone.

« Pourquoi n’essaierais-tu pas de décoller, cette fois ? me suggéra Leslie. Il faudrait bien que tu saches enfin que tu en es capable avant que nous retournions à la maison ! »

Je la regardai un moment, puis tendis la main vers la manette des gaz de notre hydravion invisible, imaginant que je poussais celle-ci.

Mais il ne se passa rien. L’hôtel, les montagnes, les arbres, le monde, tout demeura intact.

« Oh, Richie ! C’est si facile, pourtant. Tu n’as qu’à ajuster le foyer de ton imagination.

Mais avant même que je puisse me livrer à un second essai, je ressentis le tremblement maintenant familier tandis que l’univers s’embrouillait pour verser dans un autre espace-temps. Leslie avait poussé la manette des gaz.

« Leslie, laisse-moi essayer à mon tour, dis-je.

— D’accord, chéri. Je ramène la manette à sa position originale. Et rappelle-toi : tout est dans la focalisation ! »

Mais à peine eut-elle prononcé cette dernière parole que nous nous retrouvions dans les airs, survolant le plan. Leslie tira immédiatement la manette vers elle et le moteur pétarada ; le Seabird tangua un moment, puis piqua tout droit vers l’étendue d’eau.

Je sus, sans l’ombre d’un doute, que l’atterrissage serait extrêmement difficile. Mais je ne m’attendais nullement au choc brutal qui s’ensuivit, aussi violent que si une bombe avait explosé dans l’habitacle.

Une force monstrueuse déchira ma ceinture de sécurité comme une vulgaire ficelle. Je me sentis projeté à travers le pare-brise et tombai tête première dans l’eau.

Lorsque je réussis enfin, haletant, à atteindre la surface, je vis le Seabird à cinquante pieds de là, de la vapeur s’échappant en volutes de son moteur encore chaud au fur et à mesure qu’il s’enfonçait sous l’eau.

Non ! C’est impossible !

Je nageai aussi rapidement que je le pouvais en direction de l’hydravion, notre magnifique Ronchonneur blanc maintenant souillé par l’eau trouble, et plongeai immédiatement à la suite de l’appareil en pièces. Ne me souciant nullement de la pression qui s’exerçait sur mes tympans, non plus que des gémissements de l’avion à l’agonie, je me mis immédiatement à arracher ce qu’il restait de l’habitacle pour m’empresser de défaire la ceinture qui retenait Leslie à son siège. Celle-ci était aussi molle qu’une chiffe, ses cheveux d’or formant un halo autour de sa tête, son chemisier blanc flottant au ralenti derrière elle. Je la libérai enfin et entamai la longue remontée vers la lumière de la surface.

Et c’est alors que s’engagea un terrifiant combat dans mon esprit.

Elle est morte. Oh ! fasse que je meure à l’instant, fasse que mes poumons éclatent et que je me noie !

Mais qu’en sais-tu ? Allons, tu dois essayer !