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— Je paierai le double de ce que les Yunkaïis peuvent vous verser.

— Et vous paierez en or à signature du contrat, c’est bien ça ?

— Je vous paierai une partie à notre arrivée à Volantis, le reste quand je serai rentré à Lancehélion. Nous avons apporté de l’or avec nous en prenant la mer, mais il aurait été difficile de le dissimuler, une fois que nous avons rejoint la compagnie, aussi l’avons-nous confié aux banques. Je peux vous montrer les papiers.

— Ah. Des papiers. Mais nous serons payés le double.

— Deux fois plus de papiers, précisa la Belle Meris.

— Le reste, vous le toucherez à Dorne, insista Quentyn. Mon père est un homme d’honneur. Si j’appose mon sceau sur un accord, il en acceptera les termes. Vous avez ma parole sur ce point. »

Le Prince en Guenilles finit son vin, retourna sa coupe et la posa entre eux. « Bien. Voyons donc si j’ai compris. Un menteur et violeur de serment avéré souhaiterait conclure avec nous un contrat et nous payer de promesses. Et pour quels services ? Je me demande. Mes Erre-au-Vent devront-ils écraser les Yunkaïis et mettre à sac la Cité Jaune ? Défaire un khalasar dothraki sur le champ de bataille ? Vous escorter chez vous jusqu’à votre père ? Ou vous contenterez-vous de nous voir vous livrer la reine Daenerys dans votre lit, humide et consentante ? Parlez sans détours, prince Guernouille. Que désirez-vous de moi et des miens ?

— J’ai besoin de votre aide pour voler un dragon. »

Caggo Tue-les-Morts gloussa. La Belle Meris arqua les lèvres en un demi-sourire. Denzo D’han siffla.

Le Prince en Guenilles se contenta de se renverser en arrière sur son tabouret et de dire : « Le double ne paie pas des dragons, petit prince. Même une grenouille devrait savoir cela. Les dragons coûtent cher. Les hommes qui paient en promesses devraient au moins avoir le bon sens de promettre davantage.

— Si vous voulez que je triple…

— Ce que je veux, coupa le Prince en Guenilles, c’est Pentos. »

Le Griffon ressuscité

Il envoya tout d’abord les archers.

Balaq le Noir commandait mille arcs. Dans sa jeunesse, Jon Connington partageait le dédain de la plupart des chevaliers vis-à-vis des archers, mais l’exil lui avait apporté la sagesse. À sa façon, la flèche était aussi mortelle que l’épée, si bien que, durant le long voyage, il avait insisté pour que Harry Paisselande, le Sans-Terre, séparât le commandement de Balaq en dix compagnies de cent hommes et plaçât chaque compagnie à bord d’un navire différent.

Six de ces navires étaient restés assez groupés pour conduire leurs passagers sur les côtes du cap de l’Ire (les quatre autres traînaient, mais finiraient par arriver, assuraient les Volantains, quoique Griff estimât tout aussi probable qu’ils fussent perdus ou eussent accosté ailleurs), ce qui laissait à la compagnie six cents arcs. Pour la tâche en cours, deux cents se révélèrent suffisants. « Ils essaieront d’envoyer des corbeaux, prévint-il Balaq le Noir. Surveillez la tour des mestres. Ici. » Il la désigna sur la carte qu’il avait tracée dans la boue de leur camp. « Abattez tout oiseau qui quitte le château.

— Ça nous faisons », répondit l’Estivien.

Un tiers des hommes de Balaq employaient des arbalètes, un autre tiers l’arc oriental à double courbe, en corne et en tendon. Meilleurs encore, les arcs droits en if que portaient les archers de sang ouestrien, et meilleurs que tous ceux-là, les arcs droits d’orcœur chéris par Balaq le Noir lui-même et ses cinquante Estiviens. Seul un arc en os de dragon avait une portée supérieure à celle d’un en orcœur. Quel que fût leur arc, tous les hommes de Balaq étaient des vétérans endurcis à l’œil perçant, qui avaient prouvé leur valeur dans cent batailles, raids et escarmouches. À la Griffonnière, ils en donnèrent une nouvelle preuve.

Le château s’élevait sur les côtes du cap de l’Ire, sur un escarpement en pierre rouge sombre cerné sur trois côtés par les flots agités de la baie des Naufrageurs. Sa seule approche était défendue par un châtelet, derrière lequel s’étirait la longue crête dénudée que les Connington appelaient le goulet du Griffon. Forcer ce gosier pourrait être une sanglante affaire, car la crête exposait les attaquants aux piques, aux pierres et aux flèches des défenseurs dans les deux tours rondes flanquant les portes principales du château. Et une fois ces portes atteintes, les défenseurs pourraient leur déverser de l’huile bouillante sur la tête. Griff s’attendait à perdre une centaine d’hommes, plus peut-être.

Ils en perdirent quatre.

On avait laissé les bois gagner sur le pré devant le châtelet, si bien que Franklyn Flowers eut l’opportunité d’exploiter ce couvert pour se dissimuler et mener ses hommes à une vingtaine de pas des portes, avant d’émerger avec le bélier qu’ils avaient fabriqué au camp. Le fracas du bois contre le bois attira deux hommes sur le chemin de ronde ; les archers de Balaq le Noir les abattirent tous deux avant qu’ils aient pu se frotter les yeux pour en chasser le sommeil. Les portes se révélèrent fermées mais non point barrées ; au deuxième coup de boutoir, elles cédèrent et les hommes de ser Franklyn avaient franchi la moitié du goulet avant qu’une trompe de guerre ne sonnât l’alarme au château proprement dit.

Le premier corbeau prit son essor alors que leurs grappins montaient en parabole au-dessus de la chemise du château, le second quelques instants plus tard. Aucun des volatiles n’avait franchit cent pas qu’une flèche l’abattait. Un garde à l’intérieur jeta un seau d’huile bouillante sur les premiers hommes à atteindre les portes, mais comme il n’avait pas eu le temps de la faire chauffer, le seau causa plus de dégâts que son contenu. Bientôt, des épées sonnèrent en une demi-douzaine de lieux au long des remparts. Les hommes de la Compagnie Dorée se hissèrent à travers les merlons et coururent sur le chemin de ronde, au cri de : « Un griffon ! Un griffon ! », l’ancien cri de guerre de la maison Connington, ce qui dut désorienter encore davantage les défenseurs.

Tout fut achevé en quelques minutes. Griff remonta le goulet sur un coursier blanc aux côtés d’Harry Paisselande. Alors qu’ils approchaient du château, il vit un troisième corbeau s’envoler de la tour du mestre, pour être aussitôt transpercé par la flèche de Balaq le Noir lui-même. « Plus messages », déclara-t-il à ser Franklyn Flowers dans le baillage. Le vol de départ suivant de la tour du mestre, ce fut celui du mestre lui-même. À la façon dont il battait des bras, on aurait pu le confondre avec un autre oiseau.

Ce fut la fin de toute résistance. Les gardes qui restaient avaient jeté leurs armes. Et, aussi promptement que cela, la Griffonnière appartint de nouveau à Jon Connington et il en fut de nouveau lord.

« Ser Franklyn, dit-il, fouillez le donjon et les cuisines, et faites-en sortir tous les gens que vous trouverez. Malo, agissez de même avec la tour du mestre et l’armurerie. Ser Brendel, les écuries, le septuaire et le casernement. Rassemblez-les dans le baillage, et essayez de ne pas tuer ceux qui n’insistent pas pour mourir. Nous voulons gagner à notre cause les terres de l’Orage, et nous n’y parviendrons pas par un massacre. Veillez à vérifier sous l’autel de la Mère, il y a là un escalier dérobé qui conduit à une cache secrète. Et un autre sous la tour nord-ouest qui descend directement dans la mer. Personne ne doit s’échapper.

— Cela n’arrivera pas, m’sire », promit Franklyn Flowers.

Connington les regarda filer, puis fit signe au demi-mestre. « Haldon, charge-toi de la roukerie. J’aurai des messages à envoyer, tantôt.