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Il ouvrit précautionneusement la porte.

Un medjel mort gisait juste derrière ; son long corps gisant dans l’alignement du tunnel semblait pointer dans la direction des puits de descente. Horza le contempla un moment, laissa ses instruments analyser le cadavre (oui, il était bien mort, et complètement gelé), puis le poussa plusieurs fois du pied et finit par lui expédier une décharge dans la tête, pour être certain de ne pas se tromper.

Le corps arborait l’uniforme standard des troupes aériennes et terrestres, et sa blessure – spectaculaire – n’était pas récente. La créature avait manifestement souffert du froid avant que sa blessure n’ait finalement raison d’elle ; puis son cadavre s’était congelé. C’était un mâle grisonnant. L’âge avait conféré l’aspect du cuir à sa peau brun-verdâtre ; son long museau et ses mains délicates étaient creusés de profonds sillons.

Horza releva les yeux et regarda dans le tunnel.

Sol lisse de roc fondu, murs arrondis également lisses, il s’enfonçait dans le flanc de la montagne. Des portes à l’épreuve du souffle nucléaire en nervuraient les parois ; leurs rails et logements étaient comme incrustés dans le sol et le plafond. Il repéra au loin les portes des puits d’ascenseur, ainsi que les points d’accès aux capsules de servitube. Il se mit en marche, longea les séries de portes antisouffle puis atteignit enfin les puits. Les ascenseurs étaient tous en bas et le transtube verrouillé. Aucune source d’énergie ne semblait alimenter les installations présentes. Il fit demi-tour et revint vers les quartiers d’habitation, qu’il retraversa en sens inverse ; il dépassa les cadavres et l’aéro sans leur accorder un regard et déboucha enfin au grand air.

Il s’assit dans la neige à l’entrée du tunnel, le dos calé contre le roc. Les autres l’aperçurent depuis la TAC ; Yalson s’écria :

— Horza ! Ça va ?

— Non, fit-il en éteignant son fusil-laser. Non, ça ne va pas très bien.

— Pourquoi ? fit promptement Yalson.

Horza ôta son casque et le posa par terre à côté de lui, dans la neige. L’air glacé chassa toute chaleur de son visage, et il dut respirer à fond pour tirer le maximum de l’atmosphère raréfiée de la planète.

— La mort est ici, lança-t-il au ciel sans nuages.

10. Le Complexe de Commandement : batholithe

— Ça s’appelle un batholithe : une éruption granitique qui s’est soulevée comme une bulle de matière en fusion pour pénétrer dans les roches sédimentaires et métamorphiques qui se trouvaient déjà là il y a cent millions d’années.

« Il y a de cela onze mille ans, les autochtones y ont édifié le Complexe de Commandement dans l’espoir que ces roches les protégeraient d’éventuels missiles à fusion nucléaire évoluant en surface.

« Ils construisirent neuf gares et huit trains. L’idée était d’installer les politiciens et les chefs militaires dans un train et leurs bras droits respectifs dans un autre ; en temps de guerre, on ferait circuler les trains dans tous les sens à travers les tunnels du Complexe, avec des arrêts en gare destinés à les mettre en contact – via des canaux de communications durcis – avec les sites de radio-transmissions situés en surface, à la verticale de la station ou disséminés dans l’État tout entier, afin qu’ils puissent diriger la guerre. L’ennemi aurait eu, de toute façon, beaucoup de mal à percer pareille couche de granité ; quant à toucher une cible aussi petite qu’une station – toutes proportions gardées –, il ne fallait même pas y penser ; d’autre part, comment savoir si elle abritait bien un train, et si ce dernier transportait bien des passagers ? Sans compter qu’il aurait fallu faire sauter l’autre train, celui qui lui était associé.

« Ce fut la guerre bactériologique qui eut finalement raison d’eux ; par la suite – il y a au moins dix mille ans de cela –, les Dra’Azon ont débarqué, évacué l’air contenu dans les tunnels pour le remplacer par un gaz inerte. Il y a sept mille ans, une nouvelle ère glaciaire a commencé ; et quelque quatre mille ans plus tard, il s’est mis à faire si froid que M. Maître-à-bord a pompé cet argon et laissé à nouveau pénétrer dans les tunnels l’atmosphère propre de la planète. Celle-ci était tellement desséchée que, durant ces trois mille années, rien n’y a rouillé.

« Il y a à peu près trois mille cinq cents ans, les Dra’Azon sont parvenus à un accord avec la plupart des Fédérations Galactiques rivales : les vaisseaux en détresse seraient autorisés à franchir les Barrières de la Sérénité. Les espèces politiquement neutres et relativement inoffensives auraient le droit d’établir des bases restreintes sur la plupart des Planètes des Morts, pour venir en aide à ceux qui en avaient besoin et, je présume, pour satisfaire les gens désireux de savoir à quoi ressemblaient ces planètes ; ce qui est sûr, c’est que sur le Monde de Schar, M. Maître-à-bord nous laissait tous les ans examiner minutieusement le Complexe et qu’il fermait les yeux quand nous y descendions clandestinement. Néanmoins, personne n’a jamais réussi à en ramener des relevés qui ne soient pas brouillés, quelle que soit leur nature.

« L’entrée devant laquelle nous nous trouvons actuellement se situe ici, à la racine de la péninsule, au-dessus de la station 4 ; il s’agit d’une des trois stations principales – les autres étant la 2 et la 7 –, et on y trouve des ateliers d’entretien et de réparation. Pas de trains stationnés dans les gares 4, 3 et 5. Il y en a en revanche deux stationnés dans la station 1, deux dans la 7 et un dans chacune des autres. Du moins, c’est ainsi qu’ils devraient être répartis ; les Idirans ont pu les déplacer, mais j’en doute.

« Les gares sont distantes de vingt-cinq à trente-cinq kilomètres et reliées par des tunnels jumeaux qui ne se rejoignent qu’au niveau des arrêts. Le Complexe dans son ensemble se trouve à quelque cinq kilomètres sous terre.

« Nous allons emporter des lasers… plus un paralyseur neural, des grenades défensives – mais rien de trop gros. Neisin pourra prendre son fusil à projectiles ; les balles dont il se sert ne contiennent que des explosifs légers. Mais ni canons à plasma ni microbombes atomiques. Dans les tunnels, en plus d’être dangereuses pour nous elles risqueraient de nous attirer les foudres de M. Maître-à-bord, et ça, mieux vaut l’éviter, croyez-moi.

« À partir de celui du vaisseau, Wubslin nous a bricolé un détecteur de masse anormale portable, ce qui nous permettra de repérer le Mental. Ma combi comporte également un détecteur de masse, aussi nous ne devrions pas avoir trop de mal à trouver ce que nous cherchons. Si les Idirans n’ont pas de communicateurs, il faut partir du principe qu’ils utilisent ceux des Métamorphes. Puisque nos transcepteurs couvrent largement leurs fréquences, nous pourrons écouter ce qu’ils se disent, mais eux ne pourront pas nous entendre.

« Voilà donc les tunnels. Le Mental se trouve quelque part là-dedans, ainsi sans doute que quelques Idirans et quelques medjels.

Horza se tenait à l’extrémité de la table du mess. Sur l’écran, au-dessus de sa tête, un plan des tunnels se superposait à une carte de la péninsule. Tous avaient les yeux fixés sur le Métamorphe. La semi-combi vide du medjel qu’il avait trouvée à l’intérieur gisait au centre de la table.

— Vous voulez qu’on descende tous avec vous ? s’enquit le drone Unaha-Closp.

— Oui.

— Et qu’est-ce que tu fais du vaisseau ? demanda Neisin.

— Il n’a pas besoin de nous. Je vais programmer ses automatismes de manière qu’il nous reconnaisse nous et se défende contre tout intrus.