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Horza ne s’en faisait guère pour Unaha-Closp ; il obéirait aux directives, comme toutes les machines. Seule la Culture les laissait devenir sophistiquées au point de paraître posséder une volonté propre.

Quant à Pérosteck Balvéda, elle était sa prisonnière ; c’était aussi simple que ça.

— On débarque, on rembarque…, fit Yalson qui sourit, haussa les épaules en regardant les autres, puis reprit : Oh, et puis merde, tiens ! Ça nous occupera, non ?

Personne ne la détrompa.

Horza était une fois de plus en train de reprogrammer l’ordinateur de bord – par l’intermédiaire d’un tableau de commande tactile fatigué mais toujours en état de marche – afin d’y entrer de nouveaux codes d’accès, lorsque Yalson entra dans le poste de pilotage. Elle se glissa dans le fauteuil du copilote et le regarda faire ; l’écran lumineux projetait sur son visage l’ombre des caractères marains qui s’y affichaient.

Au bout d’un moment, sans quitter des yeux les inscriptions, elle lança :

— C’est du marain, n’est-ce pas ?

— Oui, c’est le seul langage adapté que cette antiquité et moi ayons en commun, répondit-il en haussant les épaules. (Il entra de nouvelles instructions, puis se tourna vers elle et reprit :) Dis donc, tu n’as rien à faire ici quand je suis occupé à ce genre de chose, fit-il en souriant pour bien lui montrer qu’il plaisantait.

— Tu ne me fais donc pas confiance ? dit-elle en lui rendant son sourire.

— Si. Tu es même la seule à qui je fasse confiance ici, répliqua-t-il en se retournant vers le tableau de commande. Pour ces instructions-là, de toute façon, ça n’a pas grande importance.

Yalson continua de le dévisager un moment.

— Est-ce que tu tenais beaucoup à elle, Horza ?

Il ne releva pas la tête, mais ses mains s’immobilisèrent au-dessus du panneau tactile et ses yeux restèrent rivés aux caractères lumineux.

— De qui veux-tu parler ?

— Voyons, Horza…, prononça-t-elle doucement.

Il ne la regardait toujours pas.

— Nous étions amis, fit-il comme s’il s’adressait au tableau de commande.

— Enfin ! soupira-t-elle après un silence. Ce doit être douloureux de toute manière, quand il s’agit d’êtres du même peuple que soi…

Horza acquiesça, toujours sans la regarder.

Yalson le contempla quelques instants encore.

— Avais-tu de l’amour pour elle ?

Il ne réagit pas tout de suite ; son regard semblait examiner tour à tour chacune des formes précises et compactes qui se succédaient devant lui comme si l’une d’entre elles pouvait contenir la réponse. Puis il haussa les épaules.

— Peut-être, énonça-t-il enfin. Autrefois, peut-être. (Il s’éclaircit la voix, tourna brièvement la tête vers Yalson, puis se pencha à nouveau sur le tableau de bord.) C’était il y a longtemps.

Yalson se leva en le voyant reprendre sa tâche, et lui posa les mains sur les épaules.

— Je suis désolée, Horza. (Il opina à nouveau et posa une main sur celle de la jeune femme.) On les aura, reprit-elle. Si c’est ce que tu veux. Toi et…

Mais il secoua la tête et se retourna vers elle.

— Non. On est là pour récupérer le Mental, c’est tout. Si les Idirans nous mettent vraiment des bâtons dans les roues, alors d’accord, mais… Non, on court déjà assez de risques comme ça. Inutile d’en rajouter. Merci quand même.

Elle acquiesça lentement.

— De rien.

Puis elle se courba, l’embrassa rapidement et sortit. L’homme contempla quelques instants la porte close, puis retourna à son tableau plein de symboles appartenant à une autre civilisation que la sienne.

Il programma l’ordinateur de bord pour lancer un tir de sommation puis diriger de puissantes décharges laser sur tout individu tentant de s’approcher du vaisseau, sauf au cas où la signature électromagnétique distinctive émise par leurs combinaisons les identifierait comme appartenant à la Libre Compagnie. En outre, il fallait à présent la bague d’identité de Horza – ou plutôt de Kraiklyn – pour faire fonctionner l’ascenseur d’accès et, une fois à bord, pour prendre en main le vaisseau proprement dit. Horza se sentait convenablement rassuré par cette dernière mesure ; seule la possession de la bague permettrait à l’ennemi de se rendre maître de la TAC. Or, cette chose-là, personne ne la lui enlèverait sans prendre un risque supérieur à celui que pouvait représenter une escouade d’Idirans féroces et affamés.

Néanmoins, il était toujours possible qu’il se fasse tuer, et que les autres lui survivent. Pensant par-dessus tout à Yalson, il tenait à ce que l’équipe dispose d’une porte de sortie qui ne dépende pas entièrement de lui.

Ils déposèrent une partie des cloisons revêtues de plastique qui s’élevaient un peu partout dans la base Métamorphe, afin de ménager un passage au Mental, s’ils arrivaient à le retrouver. Dorolow voulut donner une sépulture aux Métamorphes assassinés, mais Horza s’y opposa catégoriquement. Au lieu de cela, il les transporta individuellement jusqu’à l’entrée du tunnel et les y laissa. Il les reprendrait sur le chemin du retour et les ramènerait sur Heibohre. Ce congélateur naturel qu’était l’atmosphère du Monde de Schar les conserverait jusque-là. Il contempla un instant le visage de Kiérachell sous les derniers feux du soir, tandis que se formait au loin, au-dessus des montagnes, une masse nuageuse venue de la mer prise dans les glaces, sous le vent fraîchissant.

Il allait s’emparer de ce Mental. Il en avait la ferme intention, et il le sentait jusque dans ses os. Mais s’il fallait tirer sur les auteurs de ce massacre, il ne reculerait pas. Peut-être même y prendrait-il plaisir. Balvéda n’aurait sans doute pas compris cela, mais les Idirans n’étaient pas tous à mettre dans le même panier. Xoralundra, par exemple, était son ami ; c’était aussi un officier sensible et bon – parmi les siens, le vieux Querl passait indubitablement pour un modéré –, et Horza connaissait et appréciait aussi d’autres représentants de la hiérarchie diplomatique et militaire. Mais il existait par ailleurs, chez les Idirans, de véritables fanatiques qui méprisaient superbement toutes les autres espèces.

Xoralundra, lui, n’aurait pas massacré les Métamorphes ; à ses yeux, ç’aurait été un acte inutile et disgracieux… Mais d’un autre côté, on ne confiait pas ce genre de mission à un modéré. On envoyait des fanatiques. Ou bien un Métamorphe.

Horza alla rejoindre les autres. Il arriva au niveau de l’aéro hors d’usage, désormais tout entouré de panneaux de plastique déposés ; ainsi orienté vers l’orifice donnant sur le secteur habitation, on aurait dit que l’appareil s’apprêtait à rentrer au garage. Tout à coup, il entendit des coups de feu.

Il s’élança dans le couloir du fond en apprêtant son arme.

— Qu’est-ce que c’est ? lança-t-il dans le micro de son casque.

— Laser. Au bout du tunnel, au niveau des cages d’ascenseur, répondit la voix de Yalson.

L’ouverture qu’ils avaient pratiquée dans la cloison de plastique avait quatre ou cinq mètres de large. Dès que Horza déboucha du couloir, une flamme éclaboussa le mur adjacent et il entrevit, non loin du flanc de sa combinaison, de fugitives traces lumineuses signalant la présence de tirs laser et dont la source se situait de l’autre côté du trou, vers l’extrémité du tunnel. Manifestement, le tireur inconnu l’avait dans son champ de vision. Il roula donc sur le côté et tomba sur Dorolow et Balvéda, qui se cachaient derrière un grand treuil mobile. Les impacts perçaient dans la paroi de plastique des trous qui brûlaient d’un feu clair puis s’éteignaient aussitôt. Des ululements brefs de décharges laser résonnaient dans les tunnels.