Выбрать главу

— Un instant, reprit Xoralundra. (Il contempla un objet qu’il tenait à la main et qui projetait un ballet de lumières colorées sur son visage large et luisant. Puis il plaqua sa main libre sur sa bouche et une expression de stupéfaction totale se peignit sur ses traits tandis qu’il se retournait vers Horza et prononçait :) Pardonnez-moi.

Puis il tendit subitement le bras et le renfonça sans ménagements : dans le…

Il se redressa en position assise. Quelque chose lui couinait dans l’oreille.

Puis il se relaxa lentement en scrutant autour de lui les ténèbres granuleuses afin de se rendre compte : les autres avaient-ils entendu la même chose ? Non, ils ne bougeaient pas. Il ordonna au télécapteur de se désactiver. Dans son oreille, le son s’évanouit. On distinguait la coque d’Unaha-Closp, très haut dans les airs, au sommet du portique le plus éloigné.

Horza releva sa visière et essuya la sueur qui ruisselait sur ses sourcils et sur son nez. À chaque réveil, il avait dû attirer l’attention du drone. Il se demanda ce que pouvait bien se dire la machine, ce qu’elle pensait de lui maintenant. Y voyait-elle assez bien pour en conclure qu’il faisait des cauchemars ? Ses lentilles pouvaient-elles percer sa visière et distinguer son visage ? Percevait-elle les infimes tressaillements de son corps à mesure que son cerveau concevait des images qui lui étaient propres à partir de miettes de vécu ? Il pouvait toujours opacifier sa visière, provoquer l’élargissement de sa combinaison et la bloquer en mode rigide.

Il se représenta l’image qu’il devait renvoyer à la machine : une petite chose tendre et nue qui se débattait contre ses propres illusions à l’intérieur d’un cocon dur, et qui se convulsait dans son coma.

Il décida de rester éveillé jusqu’à ce que les autres commencent à se manifester.

La nuit passa et la Libre Compagnie retrouva à son réveil le labyrinthe et ses ténèbres. Le drone ne lui dit pas qu’il l’avait remarqué pendant la nuit, et Horza lui-même ne posa pas de questions. Il se montra faussement gai et enjoué et fit le tour de ses compagnons en riant et en distribuant les claques dans le dos, leur disant qu’ils atteindraient la station 7 le jour même, et qu’une fois là-bas on pourrait rebrancher le courant et remettre en marche les transtubes.

— Tu sais quoi, Wubslin ? fit-il en souriant à l’ingénieur qui se frottait les yeux. On va voir si on ne peut pas faire démarrer un de ces trains géants, juste histoire de se faire plaisir.

— Ma foi, répondit l’autre en bâillant, si ça ne pose pas de problème…

— Pourquoi ça en poserait ? rétorqua Horza en ouvrant tout grands les bras. À mon avis, M. Maître-à-bord a décidé de nous ficher la paix ; je crois qu’il ferme les yeux sur toute l’affaire. On va faire rouler un de ces supertrains, d’accord ?

Wubslin s’étira et hocha la tête en souriant.

— Eh bien, d’accord. Ça me paraît une bonne idée.

Horza lui renvoya un grand sourire, conclut par un clin d’œil et s’en alla libérer Balvéda. On a l’impression de lâcher une bête sauvage, songea-t-il en déplaçant le tambour à câble dont il s’était servi pour bloquer la porte. Il s’attendait plus ou moins à la trouver envolée, miraculeusement débarrassée de ses liens et sortie de la pièce sans en avoir ouvert la porte, mais en jetant un coup d’œil il la vit tranquillement étendue dans ses vêtements chauds ; toujours attaché au mur où l’avait fixé Horza, le harnais d’immobilisation creusait des dépressions dans la fourrure de sa veste.

— Bien le bonjour, Pérosteck ! lança-t-il jovialement.

La prisonnière se redressa lentement en faisant rouler ses épaules et en étirant son cou.

— Écoute, répondit-elle, grincheuse. Vingt ans chez ma mère – c’est-à-dire plus que n’en saurait supporter une jeune fille gaillarde et pleine d’allant dans mon genre, qui s’adonne à tous les plaisirs que la Culture ait jamais inventés –, plus une année ou deux de maturation, dix-sept chez Contact et quatre chez Circonstances Spéciales n’ont rien fait pour me rendre aimable et prompte au réveil le matin. Tu n’aurais pas un peu d’eau, par hasard ? J’ai dormi trop longtemps, j’étais mal installée, il faisait noir et froid, j’ai fait des cauchemars que je croyais horribles jusqu’à ce que, en me réveillant, je me remémore la réalité qui m’attendait, et… il me semble avoir récemment mentionné la possibilité d’avoir un peu d’eau, non ? Tu ne m’as pas entendue ? Ou bien dois-je en conclure que je n’y ai pas droit ?

— Je vais t’en chercher, fit-il en repartant vers la porte. (Puis il s’immobilisa.) Au fait, tu avais raison. On ne peut pas dire que tu sois très aimable le matin.

Balvéda secoua la tête dans l’obscurité. Puis elle porta un doigt à sa bouche et entreprit de frotter l’intérieur, comme pour se masser les gencives ou nettoyer ses dents ; à la suite de quoi elle resta simplement assise là, la tête entre les genoux, à contempler le néant noir de jais du sol de lave froide en se demandant si son dernier jour était venu.

Ils se tenaient dans une vaste grotte en demi-cercle creusée à même le roc, qui surplombait le chantier d’entretien-réparation de la station 4. Elle mesurait bien trois cents mètres carrés, et un à-pic de trente mètres séparait la galerie évidée où ils se tenaient du sol de l’immense salle souterraine tout encombrée de machines et d’équipements divers.

De gigantesques ponts volants capables de soulever et de supporter un train entier pendaient au plafond, dont trente autres mètres de ténèbres les séparaient. À mi-chemin, un portique suspendu s’élançait dans les airs et traversait la caverne d’un bord à l’autre, divisant en deux parties égales son énorme volume sombre.

Ils étaient prêts à prendre le départ. Horza donna le signal.

Wubslin et Neisin pénétrèrent chacun dans un des petits tubes secondaires conduisant respectivement au tunnel principal du Complexe et au tube de transit. Ils utilisaient leurs anti-g. Une fois dans les tunnels, ils se maintiendraient à la même hauteur que les autres. Horza activa son propre anti-g, s’éleva à un mètre du sol et entra dans un tunnel donnant accès à la galerie piétonne, puis entama lentement sa descente vers la station 5, située à quelque trente kilomètres de là. Les autres viendraient derrière en se déplaçant de la même façon. Balvéda et le matériel se partageaient la palette du drone.

Il sourit en la voyant s’y asseoir ; elle lui rappelait brusquement Fwi-Song trônant sur sa litière d’apparat, dans l’espace et la clarté solaire d’un lieu désormais disparu. La comparaison lui parut merveilleusement absurde.

Horza continua d’avancer dans le tunnel piéton, en s’arrêtant à l’orée de chaque tube annexe pour y jeter un coup d’œil et contacter les autres par la même occasion. Les différents capteurs de sa combinaison étaient tous réglés au maximum de leur réceptivité ; la moindre trace lumineuse, le plus ténu des bruits, toute altération survenant dans la circulation de l’air, voire une quelconque vibration de la roche alentour : rien ne leur échapperait. Les odeurs inattendues seraient également enregistrées, ainsi que l’énergie tapie dans les câbles, au cœur des parois du tunnel, sans compter les communications radio de quelque espèce que ce fût.

Il avait songé un moment à émettre un signal destiné aux Idirans à mesure qu’ils progressaient, mais s’était ravisé. Il en avait tout de même diffusé un depuis la station 4, sans obtenir de réponse, mais le réitérer en route aurait été trop révélateur dans l’hypothèse où (ainsi qu’il s’en doutait) les Idirans ne seraient pas d’humeur à écouter ce qu’il avait à dire.

Il avançait dans le noir comme sur un siège invisible, son SOERC dans les bras. Il entendait les battements de son cœur, le son de sa respiration et le doux chuintement qu’émettait l’air froid et confiné en glissant sur sa combinaison. Celle-ci enregistrait la présence de vagues radiations de fond émises par le granite environnant et mêlées de rayons cosmiques intermittents. Sur sa visière se peignait une fantomatique image radar des tunnels à mesure qu’ils se dévidaient dans la masse rocheuse.