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Il y eut un éclair au niveau d’une des fenêtres-meurtrières situées au bout du train. Sa tête partit en arrière à l’intérieur de son casque et il tomba, sonné, les oreilles carillonnantes. La détonation se répercuta dans toute la gare. Le signal d’alarme de sa combinaison résonnait, frénétique. Horza roula sur lui-même en direction de la paroi ; il se sentit atteint par plusieurs autres impacts, qui flamboyèrent au contact de sa combinaison et de son casque.

Yalson rentra la tête dans les épaules et s’élança en trombe. Elle atteignit en dérapant l’orée du tunnel et arrosa copieusement la fenêtre dont venaient les tirs ; puis elle pivota, saisit Horza par un bras et l’attira à l’intérieur de la galerie. Des décharges de plasma s’écrasèrent contre le mur où il s’appuyait encore quelques secondes plus tôt.

— Horza ? cria-t-elle en le secouant.

— Intervention prioritaire, niveau zéro, gazouilla une petite voix dans les oreilles malmenées de Horza. Cette combinaison a subi des dégâts-systèmes irréparables qui rendent nulles et non avenues toutes les garanties à partir de maintenant ; une révision totale et immédiate est impérative. Toute utilisation se fera désormais aux risques et périls de l’utilisateur. Coupure d’alimentation.

Horza voulut dire à Yalson qu’il n’avait pas de mal, mais son communicateur était mort. Il désigna sa tête afin de faire passer le message à la jeune femme, puis de nouvelles rafales éclatèrent dans le tunnel piéton. Yalson plongea à terre et entreprit de riposter.

— Feu ! hurla-t-elle à l’intention des autres. On se les fait, ces ordures !

Horza la regarda viser l’extrémité opposée du train. Des sillages de salves laser flambèrent brièvement du côté gauche du tunnel tandis que des obus traçants illuminaient le côté droit ; les autres membres de la Compagnie arrivaient. La station s’emplit d’un flamboiement saccadé ; des ombres bondirent et dansèrent sur le plafond et les murs. Horza resta immobile, étourdi, la tête vide, à écouter la cacophonie assourdie qui venait se briser comme une série de vagues sur sa combinaison. Il manipula maladroitement son fusil laser en essayant de se rappeler comment il fonctionnait. Il fallait absolument qu’il aide les autres à combattre les Idirans. Sa tête lui faisait mal.

Yalson cessa de tirer. L’avant du train rougeoyait à l’endroit qu’elle avait pris pour cible. Les obus crachés par l’arme de Neisin crépitaient tout autour de la fenêtre d’où était venue la première offensive, et se signalaient par de brèves explosions de flammes. Wubslin et Dorolow étaient sortis du tunnel principal au niveau de la plate-forme arrière du train. Ils s’accroupirent près de la paroi et se mirent à tirer sur la même fenêtre que Neisin.

Les salves de plasma se turent. Les humains cessèrent également le feu. La station se retrouva brusquement plongée dans le noir ; l’écho des détonations résonna quelques secondes encore, puis disparut à son tour. Horza tenta de se remettre debout, mais on aurait dit qu’on lui avait ôté les os des jambes.

— Quelqu’un…, commença Yalson.

Des flammes dont la source se situait au niveau inférieur du dernier wagon cascadèrent subitement autour de Wubslin et Dorolow. Cette dernière poussa un cri et s’effondra. Sous l’action de sa main agitée de spasmes, son arme cracha follement le feu en direction du plafond de la caverne. Wubslin se jeta à terre et roula sur lui-même tout en ripostant et en arrosant les Idirans. Yalson et Neisin l’imitèrent bientôt. Le revêtement du wagon se gondolait ou éclatait par endroits sous la fusillade. Dorolow gisait sur le quai et s’agitait spasmodiquement en poussant des gémissements.

Il y eut de nouveaux tirs à l’avant du train, de nouvelles explosions près des entrées de tunnel. Puis quelque chose bougea vers la partie centrale du dernier wagon, non loin de la passerelle donnant accès à l’arrière du train ; un Idiran déboucha d’une porte située sur le flanc du wagon et s’engagea sur la passerelle centrale. Il leva son arme et fit feu, d’abord sur Dorolow, qui gisait toujours au même endroit, puis sur Wubslin, couché sur le côté du train.

La combinaison de Dorolow fut soufflée sous l’impact et roula pêle-mêle, gagnée par les flammes, sur le sol noirâtre de la station. Wubslin, lui, était touché au bras – le bras dont il se servait pour tirer. Mais bientôt l’arme de Yalson trouva l’Idiran et l’arrosa abondamment, ainsi que la superstructure du portique et le flanc du train. Les étais cédèrent avant la combinaison blindée de la créature ; les tubes qui composaient le portique mollirent, se désintégrèrent sous les salves ininterrompues et ne tardèrent pas à s’affaisser, puis à s’effondrer tout à fait ; le quai supérieur s’écrasa au sol, enfouissant le guerrier idiran sous un amas de ruines fumantes. Wubslin jura et tira d’une seule main en direction du nez du train, où le second Idiran continuait de faire feu.

Horza était couché contre la paroi, les oreilles emplies d’un formidable rugissement, la peau glacée et nimbée d’une pellicule de sueur. Il se sentait engourdi, comme dissocié. Il avait envie d’ôter son casque pour avaler avidement une grande goulée d’air frais, mais savait qu’il n’y avait pas intérêt. Tout endommagé qu’il était, le casque le protégerait si on lui tirait à nouveau dessus. Il trouva un compromis en relevant sa visière. Le vacarme le prit d’assaut. Des ondes de choc résonnèrent violemment dans sa poitrine. Yalson se retourna pour lui jeter un regard et lui fit signe de reculer dans le tunnel : les points d’impact des coups de feu se rapprochaient de lui. Il se remit sur pied, mais tomba presque aussitôt et perdit brièvement connaissance.

L’Idiran posté à l’avant du train cessa momentanément de tirer, et Yalson en profita pour tourner à nouveau la tête vers Horza. Celui-ci gisait sur le sol du tunnel et remuait faiblement. Elle reporta son regard sur Dorolow et sa combinaison éventrée, fumante. Neisin était presque entièrement sorti de son tunnel et expédiait des rafales jusqu’à l’autre bout de la station, où des explosions retentissaient sur tout l’avant du train. L’air affluait et refluait de part et d’autre de la caverne en répondant par une vibration grave au crépitement râpeux de son arme ; les détonations successives s’accompagnaient d’une pulsation lumineuse qui semblait revenir vers leur source et celle des projectiles.

Yalson entendit vaguement quelqu’un crier – une voix de femme – mais l’arme de Neisin faisait tant de bruit qu’elle ne distingua pas les mots. Des décharges de plasma traversèrent bruyamment le quai sur toute sa longueur ; elles provenaient du nez du véhicule, mais d’un point situé plus haut dans les airs, au niveau des rampes d’accès avant. Yalson riposta. Neisin se mit à arroser dans la même direction, puis marqua une pause.

— … sin ! Arrête ! hurla de nouveau la voix aux oreilles de Yalson. (C’était Balvéda.) Ton fusil… détraqué, il va… (La voix de l’agent de la Culture se perdit dans le vacarme car Neisin recommençait à tirer.)… exploser !

Yalson entendit Balvéda pousser un cri de désespoir. Puis une fine ligne de lumière et de son parut se répandre d’un bout à l’autre de la gare, pour aboutir à Neisin. Cette tige resplendissante de bruit et de flamme s’épanouit en une déflagration que Yalson ressentit à travers sa combinaison. L’arme de Neisin était réduite en miettes, éparpillée sur le quai ; lui-même avait été projeté contre la paroi, où il s’écroula et ne bougea plus.

— Bordel de merde ! s’entendit proférer Yalson, qui s’élança le long du train et en remonta toute la longueur au pas de course en s’efforçant d’ouvrir son angle de tir. Elle sentit qu’on lui tirait dessus d’en haut, mais bientôt les coups de feu cessèrent et il y eut une pause pendant laquelle elle continua de courir et de tirer ; alors apparut le second Idiran, juché au niveau supérieur de la rampe d’accès avant, tout au fond du quai, un pistolet dans chaque main. Au mépris de Yalson et des rafales que lui expédiait Wubslin, il pointa une de ses armes dans le sens de la largeur de la caverne, tout droit sur le Mental.