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— Je lui avais pourtant dit que ce foutu fusil était trop bon marché quand il a voulu l’acheter, commenta Yalson en venant se tenir auprès de Horza.

— Pauvre petit gars, fit Wubslin.

— Encore deux morts, annonça Aviger. J’espère que tu es content, Métamorphe. Tu es sans doute tellement fier de tes « alliés » que…

— Aviger, interrompit calmement Yalson. Ferme-la.

Le vieil homme l’enveloppa quelques instants d’un regard furieux, puis s’éloigna à grands pas et alla se poster près du corps de Dorolow.

Unaha-Closp descendit de la passerelle arrière en flottant dans les airs.

— Cet Idiran, là-haut, commença-t-il d’une voix modulée de manière à exprimer une légère surprise. Il est toujours vivant. Enfoui sous quelque deux tonnes de matériel, mais il respire encore.

— Et l’autre ? interrogea Horza.

— Aucune idée. Je n’ai pas eu envie de m’approcher de trop près ; il y a un de ces gâchis là-haut…

Horza confia à Yalson le soin de s’occuper de Neisin et traversa le quai jonché de débris en direction du portique arrière effondré.

Il était tête nue. Son casque était hors d’usage, et sa combinaison proprement dite avait perdu son anti-g, sa puissance motrice et la plupart de ses percepteurs. Grâce au circuit de secours, les projecteurs fonctionnaient encore, ainsi que le petit écran répéteur inclus dans une de ses manchettes. Mais le détecteur de masse avait souffert ; l’écran de poignet s’emplissait de signes incohérents quand on le reliait au capteur. C’était tout juste s’il enregistrait la présence du train.

Néanmoins, son fusil était encore en état ; mais cela n’avait peut-être plus tellement d’importance, maintenant…

Debout au bas des passerelles, il sentit d’ultimes émanations de chaleur monter des étais métalliques, là où avait frappé le laser. Il prit une profonde inspiration et entama l’ascension de la rampe ; il parvint à l’endroit où gisait l’Idiran, coincé entre les deux niveaux de la passerelle ; celui-ci tourna vers Horza sa tête qui dépassait des décombres et repoussa du bras les montants effondrés, qui craquèrent et bougèrent légèrement. Alors le guerrier dégagea entièrement son membre supérieur de la masse de métal qui l’écrasait, et défit son heaume couvert d’entailles avant de le laisser tomber au sol. Son grand visage en creux se leva vers le Métamorphe.

— Salut à toi en ce jour de bataille, énonça soigneusement ce dernier en idiran.

— Ah ! tonna la créature. Le petit homme parle donc notre langue !

— Je suis même de votre côté, même si je suis sûr que tu ne me croiras pas. J’appartiens au service Renseignement du Premier Dominat de la Marine, sous les ordres du Querl Xoralundra. (Horza s’assit par terre et se retrouva donc face à face avec l’Idiran.) On m’a envoyé ici pour récupérer le Mental.

— Vraiment ? s’étonna l’autre. Quel dommage ! Je crois que mon camarade vient justement de le détruire.

— C’est ce que j’ai cru comprendre, oui, répliqua Horza en pointant son fusil-laser sur le large visage pris en étau entre deux plaques de métal tordu. Vous avez également « détruit » les Métamorphes, là-haut, à la base. Or, je suis un Métamorphe ; c’est d’ailleurs pour cela que nos supérieurs m’ont dépêché ici, dans les souterrains. Vous n’étiez pas obligés d’assassiner les miens.

— Et qu’aurions nous pu faire d’autre, humain ? s’impatienta l’Idiran. Ils représentaient un obstacle. Nous avions besoin de leur armement. Ils auraient tenté de nous barrer la route. Nous étions trop peu nombreux pour les faire prisonniers et les surveiller ensuite.

La créature s’exprimait d’une voix ahanante tant elle luttait contre le poids qui lui comprimait le torse et la cage thoracique. Horza le visa en pleine tête.

— Espèce d’ordure, je devrais vous faire sauter la tête tout de suite.

— Ne te gêne pas, nabot, rétorqua l’Idiran avec un sourire qui étira sa double paire de lèvres roides. Mon camarade est déjà tombé en brave ; Quayanorl a entamé son long voyage vers le Monde d’En Haut. Je suis à la fois vainqueur et captif, et c’est un réconfort que tu m’offres en me menaçant de ton arme. Je ne fermerai point les yeux, humain.

— Rien ne vous y oblige, répondit Horza en reposant son fusil.

Scrutant les ténèbres de la station, il tourna la tête vers le corps de Dorolow, puis reporta son regard de l’autre côté, vers le nez et la cabine de pilotage du train où brillait une faible lumière ; celle-ci éclairait l’endroit, désormais désert, où s’était tenu le Mental. Puis le Métamorphe se retourna vers l’Idiran.

— Je vous prends avec moi. Je suis sûr qu’il reste des unités de la Quatre-vingt-treizième Flotte derrière la Barrière de la Sérénité ; il faut que je fasse mon rapport, que j’explique mon échec. Il y a aussi un émissaire de la Culture que je tiens à livrer à l’Inquisiteur de la Flotte. Et je vais vous dénoncer pour avoir outrepassé vos ordres et massacré ces Métamorphes ; même si je sais pertinemment que ça ne servira à rien.

— Ton histoire m’ennuie profondément, nabot. (L’Idiran détourna les yeux et s’efforça une fois de plus de repousser la tonne de métal déformé qui pesait sur lui, mais en vain.) Tue-moi tout de suite ; tu ne sens pas très bon et ton discours m’écorche les oreilles. Notre langue n’est pas faite pour les animaux.

— Comment vous appelez-vous ? interrogea Horza.

La tête en creux de l’Idiran se tourna à nouveau vers lui, les paupières de la créature battirent lentement.

— Xoxarle, humain. Et maintenant, tu vas souiller mon nom en essayant de le prononcer, naturellement.

— Bon, restez vous reposer ici, Xoxarle. Comme je vous l’ai dit, nous allons vous ramener avec nous. Mais d’abord, je vais aller voir un peu ce qu’il en est du Mental que vous avez détruit. Je viens d’avoir une idée.

Il avait abominablement mal à la tête là où le casque l’avait si violemment heurté, mais décida de ne tenir aucun compte de la pulsation douloureuse qui lui vrillait le crâne, et redescendit de la passerelle d’un pas légèrement boiteux.

— Ton âme, c’est de la merde ! tonna dans son dos le dénommé Xoxarle. Ta mère aurait dû être étranglée quand elle est entrée en rut ! Nous avions prévu de manger les Métamorphes que nous avions tués ; seulement, ils sentaient trop mauvais !

— Économisez votre souffle, Xoxarle, répondit Horza sans le regarder. Quoi qu’il arrive, je ne vous abattrai pas.

Il retrouva Yalson au bas de la passerelle. Le drone avait bien voulu se charger de Neisin. Horza se tourna vers l’extrémité opposée de la passerelle.

— Je veux aller voir l’emplacement du Mental.

— Qu’est-ce qui lui est arrivé, à ton avis ? demanda la jeune femme en réglant son pas sur le sien. (Voyant qu’il se contentait de hausser les épaules, elle reprit :) Il nous a peut-être joué le même tour qu’au moment de sa disparition, en retournant dans l’hyperespace. Si ça se trouve, il a refait surface ailleurs dans les tunnels.

— Possible, fit Horza. (Il s’arrêta près de Wubslin et, le saisissant par le coude, l’obligea doucement à se détourner du corps de Dorolow. Il vit que l’ingénieur avait pleuré.) Wubslin, ordonna-t-il. Surveille ce salaud. Il essaiera sans doute de te pousser à l’abattre, mais surtout, n’en fais rien, parce c’est justement ce qu’il veut. Seulement moi, je vais ramener cette ordure à sa Flotte pour que ses supérieurs puissent le faire passer en cour martiale. Qu’on salisse son nom, voilà le seul châtiment qu’il redoute ; le tuer, ce serait lui rendre service. Tu comprends ?