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Wubslin acquiesça. Sans cesser de frotter sa tempe contusionnée, Horza entreprit de remonter le quai en compagnie de Yalson.

Ils atteignirent l’endroit où le Mental avait disparu. Horza alluma les projecteurs de sa combinaison et examina le sol. Il ramassa un petit objet apparemment carbonisé non loin de l’orée du tunnel conduisant à la station 7.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Yalson en quittant des yeux le cadavre du deuxième Idiran, qui gisait sur l’autre passerelle d’accès au train.

— Il me semble, dit-il en retournant dans sa main l’engin encore tiède, que c’est un télédrone.

— Que le Mental aurait laissé ici ?

Elle s’approcha pour y jeter un coup d’œil. Ce n’était qu’une plaquette de matière noircie sous laquelle on apercevait des tubes et des filaments là où sa surface irrégulière et bosselée avait été touchée par le feu-plasma.

— Oui, ça vient bien du Mental, confirma Horza, qui releva les yeux sur Yalson. Qu’est ce qui s’est passé exactement quand ils ont tiré sur lui ?

— Quand l’Idiran s’est mis à lui tirer dessus, au bout d’un petit moment, il s’est volatilisé. Il était déjà en mouvement, mais sa disparition n’est pas due à un déplacement, même brusque : jamais il n’aurait pu produire cette accélération-là ; et puis, j’aurais ressenti l’onde de choc. Non, il s’est évanoui, tout simplement.

— Comme quand on éteint un projecteur ?

— C’est ça, opina Yalson. Et il est resté un peu de fumée. Pas beaucoup. As-tu l’intention de…

— Que veux-tu dire par « au bout d’un petit moment » ?

— Je veux dire, répliqua Yalson en calant son poing sur sa hanche et en regardant Horza d’un air impatient, qu’il a fallu trois ou quatre coups de feu. Le premier est passé à travers. Tu sous-entends que c’était vraiment une projection ?

Horza hocha la tête et leva le petit appareil qu’il tenait à la main.

— C’était ça : un télédrone projetant un hologramme du Mental. Il devait aussi avoir un champ de force de faible intensité, pour qu’en le touchant ou en le poussant, on ait également l’impression que c’était un objet réel. Mais en fait, tout ce qu’il y avait à l’intérieur, c’était ça. (Il fixa l’appareil détruit, un demi-sourire aux lèvres.) Pas étonnant que ce foutu machin ne soit pas apparu sur nos détecteurs de masse.

— Alors le Mental est toujours quelque part par là ? fit Yalson en contemplant le drone dans la main de Horza.

Pour toute réponse, ce dernier hocha la tête.

Balvéda suivit du regard Horza et Yalson, qui s’enfonçaient dans les ténèbres à l’extrémité opposée de la station. Puis elle se dirigea vers le drone, occupé à contrôler les fonctions vitales de Neisin et à faire un tri entre les différents flacons du médikit. Wubslin la suivit du coin de l’œil, mais sans jamais détourner son arme de l’Idiran pris au piège ; la femme de la Culture s’assit en tailleur auprès de la civière.

— Je vous arrête tout de suite : non, il n’y a rien que vous puissiez faire, déclara le drone.

— Ça, je l’avais compris, Unaha-Closp, répliqua Balvéda.

— Hum. C’est donc que vous avez des goûts morbides.

— Je voulais simplement vous parler.

— Tiens, tiens.

Le drone poursuivit son tri.

— Oui, je…

Elle se pencha en avant, le menton calé au creux de sa main et le coude posé sur un genou ; puis elle baissa légèrement le ton.

— Vous attendez votre heure, c’est ça ? demanda-t-elle.

Le drone tourna vers elle sa face antérieure, geste inutile, ainsi qu’ils le savaient tous deux, mais c’était une habitude chez lui.

— Que voulez-vous dire ?

— Jusqu’ici, vous l’avez laissé vous utiliser à sa guise. Je me demandais seulement combien de temps ça allait durer.

Le drone se détourna à nouveau et resta suspendu dans les airs au-dessus du mourant.

— Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, madame, les choses étant ce qu’elles sont, je n’ai guère plus le choix que vous.

— Mais moi, je n’ai que deux bras et deux jambes, et je suis ligotée et enfermée à double tour toutes les nuits. Ce qui n’est pas votre cas…

— Moi, je dois monter la garde. Et puis, il a un détecteur de mouvement qu’il laisse constamment allumé ; si je tentais de m’enfuir, il le saurait instantanément. Et de toute façon, où irais-je ?

— Au vaisseau, suggéra Balvéda en souriant.

Elle jeta un regard en arrière, vers les profondeurs obscures de la station où les projecteurs de leurs combinaisons signalaient Horza et Yalson, qui ramassaient quelque chose par terre.

— Il me faudrait sa bague. Vous avez envie d’aller la lui prendre, vous ?

— Vous devez bien avoir un effecteur. Vous ne pourriez pas duper les circuits d’accès du vaisseau ? Ou même seulement ce détecteur de mouvement dont vous parliez ?

— Madame Balvéda…

— Appelez-moi Pérosteck.

— Pérosteck, je suis un drone à vocation généraliste, un drone civil. Je possède des champs restreints ; l’équivalent d’un grand nombre de doigts, mais pas d’un membre supérieur. Je peux produire un champ découpeur, mais sur quelques centimètres de profondeur seulement, ce qui ne suffit pas à attaquer les blindages. Je peux m’interfacer avec d’autres systèmes électroniques, mais pas m’introduire dans les circuits protégés du matériel militaire. J’ai bien un champ de force interne qui me permet de me suspendre dans les airs au mépris de la gravité mais, à moins d’utiliser ma propre masse comme arme, cela ne me serait pas d’une grande utilité non plus. En fait, je ne suis pas particulièrement résistant ; si nécessaire, et selon la tâche que j’avais à accomplir, je trouvais toujours des extensions auxquelles me raccorder. Malheureusement, ce n’était pas le cas au moment de mon enlèvement. Sinon, je ne serais pas ici en ce moment.

— Flûte, fit Balvéda dans la pénombre. Et vous n’avez pas le moindre atout secret planqué dans une manche ?

— C’est surtout que je n’ai pas de manches, Pérosteck.

Cette dernière inspira profondément et fixa le sol noirâtre d’un air abattu.

— Pas brillant, commenta-t-elle.

— Revoilà notre chef, annonça Unaha-Closp en teintant volontairement sa voix de lassitude.

Puis la machine pivota et hocha verticalement sa face antérieure, imitant un mouvement de tête en direction de Balvéda et de Horza, qui revenaient du fond de la caverne. Le Métamorphe était tout sourire. Balvéda se leva avec souplesse en voyant qu’il lui faisait signe.

— Pérosteck Balvéda, fit Horza, qui se tenait debout avec les autres au pied du portique arrière, et tendait le bras vers l’Idiran prisonnier sous la passerelle effondrée, juste au-dessus de leurs têtes. Je te présente Xoxarle.

— C’est là ton fameux émissaire de la Culture ? demanda ce dernier en tournant péniblement la tête vers le petit groupe en contrebas.

— Enchantée, marmonna Balvéda en haussant un sourcil, les yeux levés vers le prisonnier idiran.

Horza gravit la rampe d’accès et passa devant Wubslin, qui braquait toujours son arme sur la créature. Il tenait encore à la main le télédrone. Parvenu au deuxième niveau du portique, il baissa les yeux sur le visage de l’Idiran.

— Vous voyez cet objet, Xoxarle ?

Il éleva le drone, qui se mit à briller dans la lumière de ses projecteurs. L’Idiran hocha lentement la tête.

— C’est un petit morceau de matériel endommagé.

Sa voix grave et traînante trahissait un effort intense, et Horza distingua un filet de sang violet foncé sur le sol de la passerelle où l’Idiran gisait écrasé.