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— Cet objet, c’est ce que vous autres fiers guerriers avez touché quand vous avez cru détruire le Mental. Il n’y avait rien d’autre que cela. Un télédrone projetant un soligramme. Si vous l’aviez ramené à la Flotte, on vous aurait balancés dans le trou noir le plus proche avant d’effacer vos noms des registres. Vous avez une sacrée veine que je sois arrivé au bon moment.

L’air pensif, l’Idiran contempla quelques instants le drone hors d’usage.

— Humain, énonça-t-il alors avec lenteur, tu es plus vil que la vermine. Tes ruses et tes mensonges sont pathétiques, et feraient rire un Idiran d’un an. Il doit y avoir encore plus de graisse dans ton crâne épais que sur tes os maigrelets. Tu n’es même pas digne d’être vomi.

Horza posa le pied à l’étage où la passerelle s’était effondrée sur Xoxarle. En approchant de l’endroit où sa tête dépassait des décombres, il l’entendit inspirer difficilement entre ses lèvres tendues jusqu’au rictus.

— Et vous, maudit fanatique, vous n’êtes pas digne de porter cet uniforme. C’est moi qui vais retrouver le Mental que vous croyiez avoir éliminé, à la suite de quoi je vous ramènerai à la Flotte ; et s’ils ont pour deux sous de jugeote, ils laisseront l’Inquisiteur vous traduire en cour martiale pour avoir fait preuve d’une stupidité aussi grossière.

— Et moi, s’étrangla douloureusement l’Idiran, je chie sur ton âme d’animal.

Horza neutralisa Xoxarle d’un coup de paralyseur neural. Puis, aidé de Yalson et du drone, il fit dégager la passerelle, qui alla s’écraser sur le quai. Ensuite, ils découpèrent l’armure du géant, lui entravèrent les jambes avec du fil électrique et lui ligotèrent les bras au torse. Xoxarle n’avait aucune fracture au niveau des membres mais, sur un de ses flancs, la kératine fendillée saignait tandis qu’une autre blessure, située entre l’écaille scapulaire et l’omoplate droite, s’était refermée quand la pression avait cessé.

Il était très grand et très fort, même pour un Idiran : il mesurait plus de trois mètres cinquante, et on ne pouvait dire qu’il fût mince. Ce mâle imposant – chef de section, à en croire les galons de son armure – avait probablement subi des lésions internes ; il allait beaucoup souffrir, et Horza s’en réjouit. Ainsi, il serait moins difficile à surveiller une fois qu’il aurait repris conscience ; en effet, la créature était bien trop volumineuse pour le harnais d’immobilisation.

Yalson s’était assise et mangeait une barre-ration ; son arme était posée en équilibre sur un de ses genoux, mais pointée sur l’Idiran évanoui. Horza, lui, s’était installé au pied de la passerelle et essayait de réparer son casque. Aussi impuissant que les autres, Unaha-Closp veillait néanmoins sur Neisin.

Assis sur la palette, Wubslin effectuait quelques réglages sur le détecteur de masse. Il était déjà allé faire un tour dans le train du Complexe, mais ce qu’il désirait par-dessus tout, c’était d’en voir un rouler, dans de meilleures conditions d’éclairage, et sans radiations qui l’empêchent d’inspecter le wagon-réacteur.

Aviger resta quelques instants auprès du corps de Dorolow, puis se dirigea vers l’autre passerelle d’accès – là où, le corps meurtri, criblé d’impacts et privé de certains membres, gisait le cadavre de l’autre Idiran, celui que Xoxarle avait appelé Quayanorl. Aviger jeta un regard alentour et crut que personne ne faisait attention à lui, mais il se trompait : Horza leva à ce moment-là les yeux de son casque, et Balvéda – qui marchait en rond en tapant des pieds et en les secouant pour se réchauffer – le vit aussi lancer un coup de pied au cadavre inerte et le frapper de toutes ses forces au niveau du heaume. Celui-ci se détacha, et Aviger se permit alors une ruade en plein crâne. Balvéda regarda Horza, secoua la tête, puis se remit à marcher de long en large.

— Vous êtes sûr qu’il n’y a pas d’autres Idirans ? demanda le drone au Métamorphe.

La machine s’était promenée dans toute la gare, puis dans le train, à la suite de Wubslin. Elle se tenait à présent face à Horza.

— Sûr et certain, répondit ce dernier en contemplant non pas le drone, mais l’enchevêtrement de fibres optiques boursouflées et fondues qui tapissait le revêtement extérieur de son casque. Tu as bien vu les traces.

— Hmm…, fit la machine.

— Puisque je te dis qu’on a gagné, tas de ferraille, reprit Horza toujours sans le regarder. On va remettre le courant à la station 7, et à partir de là, il ne nous faudra pas longtemps pour repérer le Mental.

— Votre « Maître-à-bord » me semble remarquablement indifférent envers les libertés que nous prenons avec son petit train électrique, observa le drone.

Horza embrassa du regard les décombres et débris divers qui jonchaient les abords du train, puis haussa les épaules et retourna à son bricolage.

— Ça lui est peut-être égal.

— À moins que cela ne l’amuse, au contraire ? suggéra Unaha-Closp. (Horza releva les yeux sur la machine, qui poursuivit :) Après tout, c’est un monument aux morts, ici. Un site sacré. Peut-être est-ce tout autant un autel qu’une stèle, auquel cas nous servirions de victimes sacrificielles offertes aux dieux.

Horza secoua la tête.

— À mon avis, on a oublié de te poser un fusible au niveau des circuits imagination, tas de ferraille, déclara-t-il avant de se concentrer de nouveau sur son casque.

Unaha-Closp émit une espèce de sifflement et s’en alla observer Wubslin, qui fourrageait au hasard dans les entrailles du détecteur de masse.

— Qu’est-ce que tu as contre les machines, Horza ? s’enquit Balvéda.

Elle cessa de faire les cent pas pour venir se tenir à ses côtés. De temps à autre, elle se frictionnait le nez et les oreilles. Horza soupira et reposa le casque.

— Mais rien, Balvéda, du moment qu’elles savent rester à leur place.

La jeune femme émit un reniflement, puis recommença à arpenter la salle. La voix de Yalson leur parvint depuis l’étage supérieur de la passerelle.

— Tu lui as dit quelque chose de drôle ?

— Simplement que les machines devaient rester à leur place. Et ce genre de remarque ne passe pas très bien auprès des citoyens de la Culture.

— Ouais, commenta Yalson sans quitter du regard l’Idiran. (Elle baissa les yeux sur l’avant de sa combinaison, au niveau de la poitrine, et contempla la marque de la décharge de plasma qu’elle avait encaissée.) Horza ? Je peux te dire un mot en privé ? Dans un coin tranquille ?

— Mais… bien sûr, répondit-il, l’air surpris, en levant les yeux sur elle.

Wubslin la remplaça sur la passerelle. Yalson rejoignit Unaha-Closp, suspendu au-dessus de Neisin ; ses projecteurs étaient réglés au minimum, et la machine tenait un injecteur emprisonné dans un champ.

— Comment va-t-il ? demanda Yalson au drone, qui émit alors une lumière plus vive.

— Il n’y a qu’à le regarder, répondit-il. (Yalson et Horza restèrent silencieux, et le drone baissa à nouveau ses projecteurs.) Il se peut qu’il tienne encore le coup quelques heures.

Yalson se dirigea en secouant la tête vers le tunnel du transtube, Horza sur ses talons. Elle s’arrêta juste après l’ouverture, dès qu’elle se sut hors de vue des autres. Là, elle se retourna, fit face au Métamorphe, parut chercher vainement ses mots puis secoua de nouveau la tête et ôta son casque en s’adossant à la paroi incurvée du tunnel.

— Quel est le problème, Yalson ? s’enquit-il. (Il voulut lui prendre la main, mais elle croisa les bras sur sa poitrine.) Tu as changé d’avis, tu ne veux plus continuer ?

— Non, ce n’est pas ça. J’ai bien envie de voir à quoi il ressemble, ce sacré bon sang de supercerveau. Je me fiche de savoir si quelqu’un le récupérera ensuite, et qui, ou bien s’il finira par exploser ; mais je veux le trouver.