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Alors il éclata de rire, et elle rit avec lui ; puis ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre, et Horza sentit ses yeux s’emplir de larmes, bien qu’il eût plutôt envie de rire tant il trouvait la situation incongrue. La joue de Yalson reposait sur le revêtement rigide de sa combinaison, non loin d’une brûlure laser. Le corps de la jeune femme tremblait légèrement à l’intérieur de sa propre combinaison.

Derrière eux, dans la gare, le mourant remua faiblement puis gémit dans l’obscurité glacée. Sa voix ne provoqua aucun écho.

Horza serra quelques instants encore la jeune femme contre lui, puis celle-ci s’écarta afin de plonger à nouveau son regard dans ses yeux.

— Surtout, ne dis rien aux autres.

— Entendu, si c’est ce que tu veux.

— Je t’en prie, insista-t-elle.

Dans la médiocre lumière dispensée par les projecteurs de leurs combinaisons, le duvet qui recouvrait son visage et son crâne parut luire, telle une atmosphère brumeuse enveloppant une planète vue de l’espace. Il l’étreignit encore une fois, en se demandant ce qu’il devait dire.

Il était surpris, naturellement… Mais par ailleurs, la nouvelle renforçait encore ce qui les unissait, et il craignait plus que jamais de prononcer des paroles déplacées, de commettre une erreur quelconque. Il ne pouvait pas se permettre de laisser l’événement prendre trop d’importance à ses yeux ; il était trop tôt. Yalson venait de lui offrir le plus beau compliment de sa vie, mais la valeur même de cette offrande l’effrayait, l’égarait. Il trouvait prématuré de fonder ses espoirs sur ce que lui proposait la jeune femme, cette perpétuation de son nom ou de son clan ; l’espoir de descendance qu’elle lui faisait miroiter était à ses yeux encore trop immatériel, d’une vulnérabilité trop tentante pour l’éternel minuit de ces souterrains glacés.

— Je te remercie, Yalson. Réglons la question tout de suite ; il sera toujours temps de savoir ce que nous voulons vraiment faire. Mais même si tu changes d’avis, sache que je te remercie.

Et ce fut tout ce qu’il trouva à dire.

Ils regagnèrent la pénombre de la caverne juste au moment où le drone rabattait un drap léger sur la forme inerte de Neisin.

— Ah, vous êtes là, fit la machine. Je n’ai pas vu l’utilité de vous appeler, poursuivit-elle plus bas. Vous n’auriez rien pu faire, de toute façon.

— Alors, tu es content ? demanda Aviger à Horza une fois qu’ils eurent disposé le corps de Neisin à côté de celui de Dorolow.

Ils se tenaient non loin du portique d’accès, où Yalson avait repris sa garde auprès de l’Idiran inconscient.

— Je suis vraiment désolé, pour Neisin et pour Dorolow, répondit-il au vieil homme. Moi aussi, je les aimais bien ; je comprends que tu sois bouleversé. Je ne t’oblige pas à rester, après ce qui s’est passé ; si tu veux, retourne à la surface. Tu ne risques plus rien là-haut, maintenant. On les a tous eus.

— Tu nous as presque tous eus aussi ! remarqua Aviger d’un ton plein d’amertume. Tu ne vaux pas mieux que Kraiklyn.

— Tais-toi, Aviger, lança Yalson depuis le haut du portique. Tu es toujours vivant, que je sache.

— Toi non plus tu ne t’en es pas si mal sortie, jeune dame, lui répliqua-t-il. Comme ton ami ici présent.

Après un moment de silence, Yalson répondit :

— Tu es plus courageux que je ne pensais, Aviger. Seulement, n’oublie pas une chose : ça m’est tout à fait égal que tu sois plus petit et plus âgé que moi. Si tu veux que je te fasse rentrer les couilles dans le ventre… (Elle hocha la tête et fit la moue sans détacher ses yeux de l’officier idiran étendu à ses pieds.) Je suis toute prête à te rendre ce service, mon vieux.

Balvéda s’avança vers Aviger et, passant son bras sous celui du vieil homme, fit mine de l’entraîner au passage.

— Aviger, dit-elle, laisse-moi te raconter ce qui s’est passé le jour où…

Mais il se dégagea brusquement et alla s’asseoir tout seul, le dos contre le mur de la station, face au wagon-réacteur. Horza le suivit du regard.

— Il a intérêt à surveiller son compteur-radiations, dit-il à Yalson. Ce n’est pas ça qui manque autour de ce wagon-là.

Yalson mâchait une nouvelle barre-ration.

— Laisse-le donc se faire irradier, ce vieil emmerdeur, dit-elle.

Xoxarle se réveilla. Yalson le regarda reprendre ses esprits, puis agita son arme dans sa direction.

— Dis à ce gros monstre de descendre de la passerelle, Horza.

Xoxarle baissa les yeux vers le Métamorphe et se mit péniblement sur pied.

— Ne vous donnez pas cette peine, déclara-t-il en marain. Je sais aboyer aussi bien que vous dans le misérable idiome qui est le vôtre. (Il se tourna vers Yalson.) Après vous, mon brave.

— Je suis de sexe féminin, gronda Yalson en remuant son arme pour lui faire signe de s’engager sur la passerelle. Et maintenant, bouge ton cul à trois fesses et descends de là.

L’anti-g de la combinaison de Horza était hors d’usage. Comme, de toute manière, Unaha-Closp n’aurait pas pu supporter le poids de Xoxarle, il leur faudrait marcher. Aviger pouvait emprunter la voie des airs, ainsi que Wubslin et Yalson d’ailleurs, mais Balvéda et Horza seraient contraints de prendre place à tour de rôle sur la palette ; quant à l’Idiran, il était condamné à se traîner sur les vingt-sept kilomètres qui les séparaient de la station 7.

Ils abandonnèrent les deux cadavres près des portes du transtube ; ils les reprendraient au retour. Horza jeta par terre le télédrone du Mental, désormais sans valeur, puis le fit sauter d’une décharge laser.

— Tu te sens mieux maintenant ? lui demanda alors Aviger en le regardant faire.

Horza regarda le vieil homme qui flottait dans sa combinaison, prêt à s’engager dans le tunnel en compagnie des autres.

— Je vais te dire une bonne chose, Aviger. Si tu veux te rendre utile, je te suggère de t’élever jusqu’à la hauteur de la passerelle et de mettre deux ou trois balles dans la tête du petit copain de Xoxarle, juste histoire de s’assurer qu’il est bien mort.

— Bien mon commandant, répondit Aviger en accompagnant ses paroles d’un salut moqueur.

Puis il s’éleva effectivement dans les airs et s’arrêta au niveau du corps de l’Idiran.

— Bon, lança Horza à l’attention des autres. On y va.

Ils pénétrèrent dans le tunnel piéton au moment où Aviger atterrissait au centre de la passerelle d’accès.

Il baissa les yeux sur l’Idiran. Sa combinaison blindée était criblée de brûlures et de trous. La créature avait perdu un bras et une jambe. Il y avait du sang séché partout. La tête était calcinée sur tout un côté et la kératine craquelée juste au-dessous de l’orbite gauche, là où il l’avait lui-même frappé à coups de pied un moment plus tôt. L’œil proprement dit, ouvert mais inexpressif, le regardait fixement. Il semblait flotter librement dans son orbe osseuse ; un filet de pus s’en échappait. Aviger braqua son arme sur la tête de la créature et la régla de façon qu’elle expédie un seul projectile à la fois. Le premier emporta l’œil blessé ; le second perça un trou dans le visage, sous ce qui avait dû être le nez. Il en jaillit un liquide vert qui vint maculer la combinaison d’Aviger à hauteur de poitrine. Le vieil homme versa sur la tache un peu d’eau contenue dans sa gourde et la laissa dégoutter.