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— Que dis-tu, humain ? tonna la voix de Xoxarle, répercutée par les parois du souterrain.

Pour prononcer son discours, il ne s’était même pas donné la peine de se retourner ; au lieu de cela il s’adressait à l’air limpide du tunnel piéton menant à la station 7, d’une puissante voix de basse qui parvenait aisément aux oreilles de la petite bande hétéroclite, Wubslin et Aviger fermant la marche.

— Vous vous trompez encore, lança Horza avec lassitude vers la nuque de l’Idiran. L’humain tué dans son sommeil était de sexe féminin, une femme.

— Quoi qu’il en soit, le medjel s’en est occupé. Nous les avons étendus dans la galerie. Certains de leurs aliments se sont avérés comestibles ; dans nos bouches, ils ont même pris un goût de paradis.

— Il y a combien de temps de cela ? s’enquit Horza.

— Environ huit jours, il me semble. Il n’est pas facile de comptabiliser le temps, ici. Nous avons immédiatement entrepris de fabriquer un détecteur de masse, sachant à quel point il nous serait précieux, mais nous avons échoué. Nous ne disposions que du matériel encore intact issu de la base Métamorphe, le nôtre ayant été en majorité détruit par la bête de la Barrière, laissé sur place lorsque nous avons quitté l’animal gauchisseur ou abandonné en route à mesure que les nôtres mouraient.

— Vous avez dû vous estimer drôlement heureux de tomber si vite sur le Mental.

Horza tenait l’Idiran à l’œil, et son arme restait en permanence braquée sur sa nuque. Car il avait beau être blessé (Horza en savait assez sur son espèce pour deviner qu’il souffrait rien qu’à sa façon de marcher), il n’en restait pas moins dangereux. Néanmoins, le Métamorphe ne voyait pas d’inconvénient à converser ; cela faisait passer le temps.

— Nous savions qu’il n’était pas indemne. Voyant qu’il ne bronchait pas, qu’il ne semblait pas nous identifier quand nous l’avons découvert dans la station 6, nous en avons conclu que ses dégâts l’empêchaient de réagir. Nous étions déjà au courant de votre arrivée ; cela se passait seulement hier. Nous avons profité de l’aubaine sans y réfléchir à deux fois, et nous nous sommes disposés à préparer notre fuite. C’est là que vous êtes intervenus. Quelques heures de plus et nous remettions ce train en marche.

— Je crois plutôt que vous vous seriez fait sauter la tête, et qu’à l’heure actuelle vous ne seriez plus que poussière radioactive, répliqua Horza.

— Pense ce que tu voudras, petit homme. Je savais ce que je faisais.

— Je n’en doute pas, fit le Métamorphe d’un ton au contraire empreint de scepticisme. Pourquoi avez-vous emporté toutes les armes et laissé à la surface un medjel sans défense ?

— Nous avions prévu de prendre un Métamorphe vivant afin de l’interroger, mais nous avons échoué ; d’ailleurs, ce fut certainement de notre faute. Ainsi nous aurions pu nous assurer que personne ne nous avait précédés dans les souterrains. Nous avions pris tellement de retard ! Alors nous avons fait main basse sur toutes les armes que nous avons pu trouver à la base, et posté ce serviteur en surface avec son seul communicateur, afin qu’il…

— Nous n’avons pas trouvé de communicateur, coupa Horza.

— C’est normal. Il était censé le dissimuler quand il ne s’en servait pas pour faire son rapport, l’informa Xoxarle avant de poursuivre. Nous avons donc concentré toute notre puissance de feu là où nous risquions d’en avoir le plus besoin. Dès que nous avons été sûrs d’être les seuls en bas, nous avons renvoyé un serviteur à la surface, avec une arme destinée au premier medjel. Malheureusement pour lui, il semble qu’il y soit parvenu très peu après votre irruption.

— Ne vous en faites pas, dit Horza ; il s’est très bien comporté. Pour tout dire, il a bien failli me faire sauter la cervelle.

Xoxarle partit d’un grand rire qui fit broncher le Métamorphe : non seulement il était trop bruyant, mais on y décelait aussi une trace de cruauté que jamais n’avait trahie le rire de Xoralundra.

— Sa pauvre âme d’esclave a donc à présent trouvé le repos, tonna encore Xoxarle. Sa tribu ne peut rien demander de plus.

Horza interdit toute pause avant qu’ils n’aient atteint la moitié du parcours.

Ils s’assirent par terre dans le tunnel pour prendre un peu de repos. L’Idiran s’installa un peu plus loin, et Horza se posta de l’autre côté du souterrain, à cinq ou six mètres d’écart, prêt à tirer en cas de besoin. Yalson resta à ses côtés.

— Horza, dit-elle en examinant sa combinaison, puis celle du Métamorphe. Je crois qu’on peut détacher l’anti-g de ma combi ; il est amovible. On pourrait l’attacher à la tienne ; ça fera peut-être un peu désordre, mais je suis sûre que ça marcherait.

Elle le regarda, et il détourna très brièvement son regard de l’Idiran.

— Je n’ai besoin de rien, répondit-il. Garde donc ton anti-g. (De sa main libre, il lui tapota gentiment l’épaule puis poursuivit un ton plus bas :) Après tout, tu portes quelque chose de plus que moi, non ?

Il poussa un grognement et massa le flanc de sa combinaison en simulant la douleur : elle venait de lui décocher un coup de coude assez violent pour l’obliger à faire un pas de côté.

— Aïe !

— Si tu savais comme je regrette de te l’avoir dit, fit Yalson.

— Balvéda ? proféra brusquement Xoxarle en tournant lentement sa grosse tête vers le fond du tunnel, cherchant des yeux – par-delà Horza et Yalson, puis la palette et le drone, par-delà Wubslin (qui surveillait le détecteur de masse) et enfin Aviger –, l’agent de la Culture qui, les yeux clos, s’était adossé à la paroi.

— Oui, Chef de Section ? réagit Balvéda en ouvrant des yeux sereins qui se posèrent sur l’Idiran.

— Le Métamorphe prétend que vous êtes de la Culture. Tel est le rôle dans lequel il vous cantonne. Il voudrait me faire croire que vous êtes ici à titre d’espionne. (Xoxarle pencha la tête de côté et contempla la femme assise contre la muraille incurvée, tout au bout du long couloir sombre.) Vous semblez être, tout comme moi, la prisonnière de cet homme. Confirmez-vous ses dires ?

Balvéda posa sur Horza puis sur l’Idiran un regard paresseux, presque indolent.

— Je crains d’y être obligée, en effet. Chef de Section.

La créature secoua la tête, puis battit des paupières et gronda :

— Cela est des plus étranges. Je ne vois vraiment pas pourquoi vous essayeriez tous de me jouer un tour, ni pourquoi cet homme a tant d’emprise sur vous. Et pourtant, je trouve sa version des faits à peine croyable. S’il est vraiment de mon bord, alors mes actions passées sont de nature à nuire à la cause, voire peut-être à faciliter votre tâche à vous, femme, si vous êtes bien ce que vous prétendez être. Oui, tout cela est bien étrange.

Réfléchissez encore, énonça Balvéda d’une voix traînante avant de refermer les yeux et de laisser à nouveau aller sa tête en arrière, contre la paroi du tunnel.

— Horza est du côté de Horza et un point c’est tout, commenta Aviger quelque part au bout du tunnel.

C’était à l’Idiran qu’il s’adressait, mais son regard dévia vers Horza à la fin de sa phrase, et le vieil homme baissa brusquement la tête pour fixer obstinément le récipient posé à côté de lui, et y récupérer quelques miettes de nourriture.

— Il en va toujours ainsi chez les gens de votre espèce, répondit Xoxarle, qui ne le regardait plus. C’est ainsi que vous êtes faits ; tous, durant votre bref passage dans l’univers, vous devez vous efforcer de grimper sur le dos de vos semblables en leur plantant vos griffes dans la peau ; vous vous reproduisez quand vous le pouvez, afin que les branches les plus robustes survivent et que les autres périssent. Je ne vous en blâmerais pas davantage que je ne tenterais de convertir au régime végétarien un Carnivore sans conscience. Vous êtes tous de votre côté à vous, et seulement de celui-là. Chez nous, il en va différemment. (Xoxarle regarda Horza.) Il faut t’y faire, allié Métamorphe.