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— Pour être différents, vous êtes différents, constata Horza. Mais tout ce qui m’importe à moi, c’est que vous combattiez la Culture. Que vous soyez un cadeau du ciel ou au contraire une plaie, en définitive, ce que je vois, moi, c’est que pour le moment vous êtes contre eux, fit-il en indiquant d’un mouvement de tête Balvéda, qui n’ouvrit pas les yeux mais eut tout de même un sourire.

— Quel pragmatisme, remarqua Xoxarle. (Horza se demanda si les autres décelaient aussi la nuance ironique dont se teintait la voix du géant.) Je me demande bien ce que la Culture a pu vous faire pour que vous la détestiez à ce point.

— Elle ne m’a rien fait personnellement. Il se trouve simplement que je ne suis pas d’accord avec elle.

— Ma foi, reprit Xoxarle, vous autres humains ne cesserez jamais de m’étonner.

Tout à coup, il rentra la tête dans les épaules et un bruit de tonnerre sortit de sa bouche, entrecoupé de craquements évoquant le roc qu’on écrase. Tout son grand corps tressautait. Puis il se détourna, cracha par terre et demeura dans cette position tandis que les humains s’entre-regardaient en se demandant à quel point ses blessures étaient graves. Alors Xoxarle se tut, se pencha pour examiner de plus près ce qu’il venait d’expectorer, et émit un son guttural qui leur parut lointain et résonnant d’échos. Puis il se tourna à nouveau vers Horza ; lorsqu’il reprit la parole, ce fut d’une voix rauque et éraillée.

— Oui, monsieur le Métamorphe, vous êtes décidément un bien curieux personnage. Vous tolérez un peu trop de dissensions dans vos rangs, voyez-vous.

Sur ces mots, Xoxarle regarda Aviger, qui leva la tête et lui renvoya un regard apeuré.

— Je fais ce que je peux, dit Horza au chef de section idiran. (Il se leva et regarda ses compagnons un par un en étirant ses jambes lasses.) Il est temps de repartir. (Il se tourna vers Xoxarle.) Êtes-vous en état de marcher ?

— Détache-moi et je courrai si vite que tu ne pourras pas m’échapper, humain, ronronna l’autre en dépliant sa grande carcasse.

Horza leva les yeux vers le large visage en V de la créature et hocha lentement la tête.

— Contentez-vous de rester en vie afin que je puisse vous ramener à la Flotte, Xoxarle. Finies les poursuites maintenant. À présent, nous sommes tous à la recherche du Mental.

— Piètre quête que la tienne, humain. Conclusion ignominieuse de tous nos efforts. J’ai honte pour toi, mais après tout, tu n’es qu’un humain.

— Oh, la ferme et en route ! lui intima Yalson.

Elle enfonça d’un coup sec les boutons de l’unité de commande intégrée à sa combinaison et s’éleva dans les airs jusqu’à la hauteur de la tête de l’Idiran. Celui-ci renifla, se détourna et partit en claudiquant vers l’extrémité du tunnel piéton. L’un après l’autre, ils lui emboîtèrent le pas.

Horza remarqua que l’Idiran commençait à se fatiguer au bout de quelques kilomètres. Ses enjambées étaient plus courtes, il faisait de plus en plus souvent jouer les grandes plaques cornées recouvrant ses épaules, comme pour tenter de soulager une douleur interne et, de temps à autre, il secouait la tête comme pour s’éclaircir les idées. Deux fois déjà il s’était tourné pour cracher contre les murs. Horza examina en passant les taches de fluide dégoulinant : c’était bien du sang idiran.

Finalement, Xoxarle trébucha et ses pas l’entraînèrent de côté. À ce moment-là, Horza marchait derrière lui, après avoir pris son tour sur la palette. Il ralentit en voyant l’Idiran vaciller et leva la main pour avertir les autres. La créature émit une longue plainte, se tourna à demi, puis chancela et fit un pas de côté pour recouvrer son équilibre ; là, tandis que les fils électriques qui lui entravaient les jambes se tendaient au maximum et vibraient comme des cordes d’instrument de musique, Xoxarle tomba en avant, s’abattit au sol et ne bougea plus.

— Oh… ! fit quelqu’un.

— N’approchez pas ! lança Horza en s’avançant prudemment vers le long corps inerte de l’Idiran.

Il observa sa grosse tête immobile et vit qu’à sa hauteur le sang formait déjà une mare sur le sol du tunnel. Yalson vint le rejoindre, prête elle aussi à tirer sur la créature.

— Il est mort ? demanda-t-elle.

Horza se contenta de hausser les épaules. Puis il s’agenouilla et posa sa main nue en un endroit proche du cou où il était parfois possible de sentir le flot régulier du sang dans les veines des Idirans, mais ne sentit rien. Alors il essaya de clore puis de rouvrir un des yeux de la créature.

— Je ne crois pas. (Il effleura la flaque de sang qui s’élargissait.) Mais il a une sacrée hémorragie interne.

— Qu’est-ce qu’on peut faire ? interrogea-t-elle.

— Pas grand-chose, répondit-il en se frottant le menton d’un air pensif.

— Et si on essayait les anticoagulants ? Proposa Aviger depuis l’arrière de la palette, où Balvéda était assise et d’où elle contemplait la scène avec son habituelle sérénité.

— Les nôtres n’agissent pas sur eux, répliqua Horza.

— Dermospray, intervint Balvéda. (Tous les regards se tournèrent vers elle, et la jeune femme hocha la tête en dévisageant Horza.) Si vous avez de l’alcool et du dermospray, mélangez-les en quantités égales. Ça sera utile s’il y a des lésions du tube digestif. Mais s’il est touché au niveau du système respiratoire, il est fichu, ajouta-t-elle en haussant les épaules.

— Bon, si on faisait quelque chose au lieu de rester plantés là, dit Yalson.

— Ça vaut le coup d’essayer, acquiesça Horza. Il faut le redresser en position assise, si on veut lui faire avaler ce truc.

La voix lasse du drone sortit de sous la palette.

— Là, je me sens visé.

La machine s’avança donc dans les airs et déplaça la palette près des pieds de Xoxarle. Balvéda en descendit, et le drone transféra au sol la charge qu’il supportait jusque-là. Ensuite, il alla rejoindre Horza et Yalson à côté de l’Idiran tombé.

— Je vais donner un coup de main au tas de ferraille, déclara Horza en posant son arme par terre. Toi, tu ne le quittes pas des yeux.

Wubslin, qui s’était mis à genoux et manipulait les boutons du détecteur de masse, se mit à siffler doucement. Balvéda contourna la palette pour venir voir ce qui se passait.

— Le voilà, déclara Wubslin en souriant à la jeune femme et en indiquant d’un hochement de tête un point lumineux radieux sur fond de parallèles vertes. Superbe, non ?

— D’après toi, c’est la station 7 ? interrogea Balvéda en voûtant ses épaules minces et en enfonçant profondément ses poings dans les poches de sa veste.

Elle fronça le nez tout en scrutant l’écran. Elle venait de sentir sa propre odeur corporelle. Ils dégageaient tous une mauvaise odeur, après tout ce temps passé dans les souterrains sans se laver.

Wubslin hocha la tête.

— Forcément, répondit-il à l’agent de la Culture.

Horza et le drone s’efforçaient tant bien que mal d’asseoir l’Idiran, dont les membres ballottaient. Aviger vint à leur secours après avoir ôté son casque.

— Forcément, souffla à nouveau Wubslin, davantage pour lui-même qu’à l’intention de Balvéda.

Son fusil lui glissa de l’épaule et il dégagea carrément son bras ; les sourcils froncés, il examina le mécanisme censé rembobiner automatiquement la sangle quand il y avait du mou. Puis il déposa l’arme sur la palette et se remit à tripoter le détecteur de masse. Balvéda se rapprocha encore un peu en regardant par-dessus l’épaule de l’ingénieur. Wubslin tourna la tête et leva les yeux vers elle tandis que Horza et Unaha-Closp soulevaient lentement de terre le corps flasque de Xoxarle. Avec un sourire gêné, il poussa l’arme sur la palette pour l’éloigner de la femme de la Culture. Celle-ci lui rendit son sourire et fit un pas en arrière. Puis elle sortit ses mains de ses poches et croisa les bras en allant observer Wubslin d’un peu plus loin.