Выбрать главу

— Vous voulez que je desserre les fils ?

— Un tout petit peu. Il n’y a pas du tout de mou, vois-tu, et j’apprécierais de pouvoir respirer sans me disséquer en même temps.

— Si vous tentez quoi que ce soit, cette fois-ci, dit Horza à l’Idiran en se rapprochant et en lui braquant son arme en plein visage, je vous fais sauter les deux bras et les trois jambes et je vous ramène chez vous en vous traînant sur la palette.

— Je suis convaincu par la cruauté dont tu menaces de faire preuve à mon égard, humain. Tu sais manifestement à quel point nous avons honte de porter des prothèses, même à la suite de blessures de guerre. Je ne tenterai donc rien. Desserre simplement mes liens, en bon allié que tu es.

Horza donna un peu de mou là où les fils entaillaient Xoxarle, qui contracta ses muscles et produisit une espèce de soupir très sonore.

— C’est beaucoup mieux, petit homme. Beaucoup mieux. De cette façon je survivrai jusqu’au châtiment que tu imagineras de me réserver.

— Comptez là-dessus. S’il se mettait ne serait-ce qu’à respirer de manière hostile, tire-lui dans les jambes et fais-les-lui sauter, d’accord ? dit-il à Aviger.

— Oh, oui mon commandant, répliqua ce dernier en saluant.

— Alors, Horza. On espère tomber en plein sur le Mental ? lui demanda Balvéda, qui avait interrompu son perpétuel va-et-vient pour se planter devant Yalson et lui, les mains dans les poches.

— On ne sait jamais, Balvéda.

— Pilleur de tombes, fit-elle avec un sourire nonchalant.

— Dis à Wubslin qu’on s’en va, reprit Horza en se tournant vers Yalson. Demande-lui de monter la garde sur le quai et de surveiller Aviger pour ne pas qu’il s’endorme.

Yalson appela Wubslin par communicateur.

— Mieux vaut que tu viennes avec nous, reprit-il à l’intention de Balvéda. Je n’ai pas très envie de te laisser ici avec tout ce matériel en état de marche.

— Comment, Horza, tu ne me fais donc pas confiance ? fit-elle en souriant.

— Ouvre la marche et tais-toi, dit Horza d’un ton las en lui indiquant la direction qu’il voulait la voir prendre.

Balvéda haussa les épaules et se mit en route.

— On est vraiment obligés de la prendre avec nous ? s’enquit Yalson en réglant son pas sur celui de Horza.

— On peut toujours l’enfermer quelque part, répondit-il en regardant Yalson, qui haussa à son tour les épaules.

— Oh, et puis après tout, pourquoi pas ? conclut-elle.

Unaha-Closp avançait dans le train. Dehors il voyait la zone d’entretien-réparation, avec toutes ses machines – tours, forges, bancs de soudure, bras articulés, unités de rechange et berceaux géants accrochés au plafond auxquels s’ajoutait un unique portique suspendu qui ressemblait à un pont étroit –, le tout scintillant sous la lumière vive qui tombait du plafond.

Le train présentait un intérêt certain ; dans cet environnement technologique archaïque, il y avait décidément beaucoup de choses à voir, beaucoup de pièces à toucher et à explorer, mais Unaha-Closp était surtout content de se retrouver un moment seul. La compagnie des humains s’était avérée lassante, au bout de quelques jours, et l’attitude du Métamorphe le plongeait constamment dans le plus grand désarroi. Cet homme était un spéciste ! Me traiter, moi, comme une simple machine, songeait Unaha-Closp. Comment ose-t-il ?

Quel plaisir il avait ressenti en se montrant capable de réagir plus vite que les autres, là-bas, dans le tunnel, et peut-être même de leur sauver la vie ! Sans doute avait-il même sauvé celle du Métamorphe, cet ingrat, en assommant Xoxarle. Il rechignait à se l’avouer, mais le drone s’était senti éclatant de fierté quand Horza l’avait remercié. Mais voilà, après l’incident, l’homme n’avait pas changé d’attitude à son égard ; il oublierait sans doute ce qui s’était passé, ou bien il voudrait y voir une aberration momentanée dans le comportement d’une machine indécise, anormale.

Unaha-Closp était seul à savoir ce qu’il ressentait, ce qui l’avait poussé à prendre des risques dans le seul but de protéger des humains. Ou plutôt je devrais le savoir, songea-t-il avec tristesse. Je n’aurais peut-être pas dû intervenir ; laisser tout simplement l’Idiran les descendre tous. Mais sur le moment, son instinct l’avait poussé à s’interposer. Brute, se dit-il encore.

Il se déplaçait çà et là dans le train bourdonnant, brillamment éclairé ; on aurait dit une pièce mobile faisant partie de l’engin lui-même.

Wubslin se gratta la tête. En se dirigeant vers la cabine de pilotage, il s’était arrêté dans le wagon-réacteur, dont certaines portes refusaient de s’ouvrir. Elles devaient comporter un genre de verrouillage de sécurité, sans doute commandé depuis la cabine… ou la passerelle… ou la plate-forme, il ne savait pas quel nom donner à la zone située dans le nez du train. Puis il se souvint des recommandations de Horza et regarda par une fenêtre.

Aviger était toujours assis sur sa palette et tenait en joue l’Idiran, qui se tenait parfaitement immobile contre les poutrelles. Wubslin détourna les yeux, éprouva à nouveau la porte donnant dans le wagon du réacteur, puis secoua la tête.

Sa main, son bras faiblissaient. Au-dessus de lui, des rangées de sièges faisaient face à une série d’écrans vierges. Il se propulsait en s’accrochant au pied des fauteuils ; il avait presque atteint le couloir menant à la voiture de tête.

Il ne savait pas très bien comment y arriver. À quoi pourrait-il s’agripper ? Enfin, inutile de s’en inquiéter dès maintenant. Il attrapa un nouveau pied de fauteuil et tira.

Depuis la plate-forme surplombant le secteur réparation, ils avaient vue sur le train de tête, celui où se trouvait le drone. Ainsi immobilisé au-dessus du sol en creux de la zone entretien, le long véhicule lustré, niché dans une alcôve creusée à même la paroi du fond, évoquait un astronef mince et étiré tandis que, tout autour, le roc sombre faisait penser à un espace sans étoiles.

Le front barré d’un pli soucieux, Yalson avait les yeux fixés sur le dos de l’agent de la Culture.

— Je la trouve un peu trop docile, Horza, dit-elle juste assez haut pour que son compagnon l’entende.

— Ce n’est pas moi qui m’en plaindrai, répliqua ce dernier. Plus elle se montrera docile, mieux ça vaudra.

Yalson secoua imperceptiblement la tête, sans quitter du regard la femme qui les précédait.

— Non, elle nous mène en bateau. Elle n’était pas comme ça avant. À mon avis, elle sait qu’elle peut se permettre d’attendre une occasion. Elle a un atout, et elle se décontracte en attendant le moment de l’abattre.

— Tu te fais des idées. Ce sont tes hormones qui prennent le dessus, qui te donnent des soupçons et des arrière-pensées.

Elle le regarda, transférant ainsi son regard soucieux de Balvéda au Métamorphe. Ses yeux s’étrécirent.

— Quoi ?

— Je plaisantais, l’assura Horza en levant sa main libre, le sourire aux lèvres.

Yalson n’eut pas l’air convaincue.

— Elle prépare quelque chose. J’en suis sûre, ajouta-t-elle en hochant distraitement la tête. Je le sens.

Quayanorl se traîna dans le couloir de jonction, poussa la porte donnant dans le wagon et continua de ramper lentement sur le sol.

Il commençait à ne plus très bien se rappeler son but. Il savait seulement qu’il devait continuer, aller toujours de l’avant, ramper, toujours ramper, mais pour faire quoi, cela il n’aurait su le dire. Le train était un labyrinthe-torture conçu pour multiplier ses souffrances.

Je suis en train de me traîner vers ma propre mort. J’ignore pourquoi, mais même quand je suis à bout, quand je ne peux plus ramper, je continue d’avancer. Vais-je mourir en atteignant la salle de contrôle, puis poursuivre mon voyage de l’autre côté, du côté de la mort ? Est-ce cela que j’avais en tête ?