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Je suis comme un tout petit enfant qui se traîne au sol… Viens à moi, petit bonhomme, dit le train.

Nous cherchions quelque chose, mais je n’arrive pas à me souvenir… au juste… de ce que…

Ils fouillèrent du regard la vaste caverne, puis escaladèrent des marches menant à une galerie, elle-même donnant accès aux wagons d’habitation et de stockage.

Balvéda se tenait au bord de la grande terrasse qui courait tout autour de la caverne, à mi-chemin entre le plancher et le plafond. Yalson surveilla l’agent de la Culture pendant que Horza ouvrait les portes conduisant à la section habitation. Balvéda plongeait son regard dans le vaste espace dégagé de la salle ; ses mains fines reposaient sur la balustrade, dont la rambarde supérieure lui arrivait aux épaules : pour les constructeurs du Complexe, elle serait montée à hauteur de hanches.

Non loin de la jeune femme, un long portique suspendu au plafond par des câbles enjambait le vide pour rejoindre la terrasse du côté opposé de la caverne, où un étroit tunnel brillamment éclairé s’enfonçait dans le roc. Le regard de Balvéda courut sur toute la longueur de la passerelle, jusqu’à la lointaine entrée du conduit.

Yalson se demanda un instant si la femme de la Culture envisageait de s’y précipiter subitement, mais elle savait très bien que Balvéda n’en ferait rien ; peut-être désirait-elle seulement la voir tenter le tout pour le tout, ce qui lui permettrait à elle, Yalson, de lui tirer dessus et de s’en débarrasser une fois pour toutes.

Balvéda détourna son regard de l’étroit pont métallique et Horza ouvrit d’un coup les portes de la zone habitation.

Xoxarle fit rouler ses épaules. Les fils glissèrent légèrement et s’amassèrent par paquets.

L’humain qu’ils avaient laissé sur place pour monter la garde auprès de lui avait l’air fatigué ; peut-être même avait-il envie de dormir, mais Xoxarle se doutait bien que les autres ne resteraient pas longtemps absents. Il ne pouvait pas se permettre de trop avancer en besogne pour le moment, au cas où, en rentrant, le Métamorphe remarquerait le déplacement de ses liens.

De toute manière – même si ce n’était pas la conclusion la plus intéressante à laquelle pût aboutir la situation présente – il existait apparemment une forte possibilité pour que les humains ne trouvent jamais le calculateur intelligent-conscient qu’ils recherchaient tous. Auquel cas la meilleure ligne de conduite à adopter était la passivité totale. Il laisserait les petits hommes le ramener à leur vaisseau. Le dénommé Horza demanderait sans doute une rançon pour sa restitution ; d’ailleurs c’était certainement pour cela qu’on le laissait en vie, il venait de s’en rendre subitement compte.

Il se pouvait que la Flotte paie pour récupérer un de ses guerriers, même si sa famille à lui – qui, de toute façon, n’était pas riche – n’en avait pas le droit. Il ne savait plus très bien s’il avait envie de vivre, s’il devait racheter par de futurs exploits la honte de s’être fait prendre puis restituer contre rançon, ou bien faire son possible pour s’enfuir… ou mourir. C’était vers l’action qu’il se sentait le plus attiré ; l’action, c’était la vocation du guerrier. En cas de doute, agis.

Le vieil humain se leva de sa palette et la contourna. Il s’approcha suffisamment près de Xoxarle pour inspecter ses liens, mais sans beaucoup de soin. L’Idiran jeta un regard au fusil-laser, et ses grandes mains liées derrière son dos s’ouvrirent puis se refermèrent lentement sans même qu’il s’en rende compte.

Wubslin déboucha dans la salle de contrôle située à l’avant du train. Il ôta son casque et le posa sur le tableau de bord en s’assurant qu’il ne touchait aucune commande, puis constata qu’il prenait seulement appui contre une série de petits cadrans éteints. Il resta immobile au centre de la pièce en promenant autour de lui un regard fasciné.

Le train vibrait sous ses pieds. Cadrans, voyants, écrans et panneaux divers indiquaient bien que le train était prêt à partir. L’ingénieur fixa un panneau de commande situé face à deux énormes fauteuils, eux-mêmes disposés devant la partie avant du tableau de bord ; ensuite venait le vitrage blindé formant une partie du nez de l’engin. Au-delà s’ouvrait le tunnel, dont seules quelques petites ampoules murales dissipaient l’obscurité.

Cinquante mètres plus loin, un ensemble d’aiguillages complexe divisait les rails en deux tunnels distincts ; l’un partait tout droit – Wubslin y aperçut l’arrière du second train –, et l’autre s’incurvait pour contourner la zone entretien-réparation et rejoindre perpendiculairement la station suivante.

Wubslin tendit le bras par-dessus la console pour effleurer le vitrage et en éprouver la surface lisse et froide. Il sourit : c’était bien du verre, et non un écran. Il préférait cela. Les concepteurs de l’engin connaissaient les écrans holographiques, les supraconducteurs et la lévitation magnétique – puisqu’ils avaient utilisé toutes ces techniques dans leurs transtubes –, mais pour leur grand œuvre, ils n’avaient pas craint de s’en tenir à une technologie plus rudimentaire, mais moins fragile. C’était ainsi que le train comportait des vitrages blindés et roulait sur des rails en métal. Wubslin se frotta lentement les mains et examina tour à tour les nombreux instruments et manettes de contrôle.

— Pas mal, souffla-t-il.

Il se demanda s’il serait capable de deviner quels boutons commandaient l’ouverture des portes du wagon-réacteur.

Quayanorl atteignit la salle de pilotage.

Elle n’avait pas souffert. De haut en bas, du plancher au plafond, on y voyait successivement des pieds de fauteuils en métal, des tableaux de commande en surplomb, puis des plafonniers dispensant une vive lumière. Perclus de douleurs, marmonnant des mots sans suite, il se traînait sur le sol en s’efforçant de se rappeler pourquoi il avait fait tout ce chemin.

Il se reposa en appuyant sa joue contre le sol glacial de la cabine. Le train bourdonnait sous son visage et lui transmettait ses vibrations. L’engin était toujours vivant ; abîmé, certes – et, comme l’Idiran, il ne s’en remettrait jamais –, mais vivant. Ce dernier avait eu jusque-là quelque chose en tête, il le sentait confusément, mais quoi ? Cela lui échappait à présent. Il en aurait pleuré de frustration, mais n’avait même plus assez d’énergie pour cela.

Qu’est-ce que c’était ? se demandait-il (tandis que le train ronronnait). J’allais… j’allais faire… mais quoi ?

Unaha-Closp examina le wagon-réacteur. Il lui parut tout d’abord en grande partie inaccessible, mais le drone finit par trouver un accès par le biais d’une gaine de câbles.

La machine se promena çà et là dans le wagon en repérant le fonctionnement de l’ensemble : les déflecteurs absorbants abaissés destinés à empêcher la surchauffe de la pile ; la plaque d’uranium appauvri prévue pour protéger les fragiles organismes humanoïdes, le système d’évacuation de la chaleur canalisant cette dernière vers une batterie de petites cuves, où la vapeur produite alimentait des génératrices, qui à leur tour produisaient la force motrice des roues. Tout cela est d’un sommaire ! songea Unaha-Closp. Compliqué et sommaire à la fois. Tellement enclin à se détraquer, malgré tous leurs systèmes de sécurité !

Mais de toute façon, si les humains et lui avaient à se déplacer dans un véhicule tracté par ce genre de locomotive à vapeur nucléaire, ils utiliseraient l’énergie du système principal. Le drone tomba d’accord avec le Métamorphe : c’était de la folie, de la part des Idirans, que de vouloir remettre en marche toute cette antique ferraille.