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Un courant d’air ?

Xoxarle se dit qu’il avait dû rêver. Mais peut-être était-ce une unité de circulation d’air qui se remettait en route. On pouvait admettre que la chaleur dégagée par l’éclairage et les divers mécanismes de la station nécessitait une ventilation supplémentaire au-delà d’une certaine température.

Seulement, tout faible et régulier qu’il fût, le courant d’air s’accentuait. Lentement, presque imperceptiblement, il gagnait en puissance. Xoxarle se creusa la cervelle ; qu’est-ce que ça pouvait bien être ? Pas un train ; non, sûrement pas un train.

Il tendit l’oreille, mais en vain. Puis il reporta son regard sur le vieil homme et le vit regarder en arrière. Avait-il, lui aussi, remarqué quelque chose ?

— Alors, on n’a plus ni batailles ni victoires à me raconter ? fit Aviger d’un ton las.

Il toisa l’Idiran, qui partit d’un rire un peu trop sonore, et peut-être même un peu nerveux… Mais pour constater la différence, il aurait fallu qu’Aviger connaisse mieux le langage gestuel et les tonalités vocales des Idirans.

— Pas du tout ! protesta Xoxarle. Je songeais simplement que…

Sur quoi il se lança dans un autre récit de défaite ennemie. Un récit qu’il avait déjà raconté maintes fois : chez les siens, dans des réfectoires de vaisseaux, dans des cales de navettes d’assaut ; il le connaissait si bien qu’il aurait pu le narrer en dormant. Tandis que sa voix emplissait la caverne brillamment éclairée où le vieil humain contemplait obstinément le fusil qu’il tenait, l’Idiran laissa ses pensées tourner à nouveau vers ce fameux courant d’air, et tenter de trouver une explication. Et tout cela sans cesser de tirer sur les fils qui lui ligotaient le bras ; il ne savait pas ce qui se passait, mais une chose était sûre : une main libre, ça ne suffisait pas. Il fallait poursuivre l’effort ; c’était vital. Le courant d’air était de plus en plus prononcé. Et pourtant, Xoxarle n’entendait toujours rien. Un filet de poussière s’écoulait régulièrement de la poutrelle au-dessus de sa tête.

Il fallait que ce soit un train. Était-il possible qu’on en ait laissé un tourner dans le Complexe ? Mais non, voyons…

Quayanorl ! Les réglages que nous avons faits sont-ils susceptibles de… Mais non, ils n’avaient pas cherché à mettre le véhicule en marche. Ils s’étaient contentés d’apprendre comment il fonctionnait et de vérifier que tout était en état de marche, rien de plus. Inutile de le faire démarrer ; et, de toute façon, ils n’avaient pas le temps.

C’était donc Quayanorl lui-même, qui avait pu agir, qui était donc vivant ! Ça ne pouvait être que lui qui avait envoyé ce train.

L’espace d’un instant – tout en tiraillant sur ses liens avec l’énergie du désespoir, sans hâte et sans quitter des yeux le vieil homme – Xoxarle se représenta son compagnon toujours en vie quelque part dans la station 6, puis se remémora la gravité de ses blessures. Tant que Quayanorl gisait encore sur la passerelle d’accès, Xoxarle avait conservé quelque espoir, mais à un moment, le Métamorphe avait dit à Aviger, son gardien, de rebrousser chemin et d’aller tirer une balle dans la tête de l’Idiran blessé. Cela aurait dû l’achever ; mais manifestement, il n’en était rien.

Tu as manqué ton coup, vieillard ! exulta Xoxarle tandis que le souffle d’air se muait indubitablement en brise. Une sonnerie plaintive s’éleva au loin, presque inaudible tant elle était aiguë. Assourdie, elle provenait de l’intérieur du train. Un signal d’alarme !

Retenu par un ultime lien juste au-dessus du coude, le bras de Xoxarle était presque libre. L’Idiran eut un léger haut-le-corps ; le fil remonta sur son bras et s’immobilisa, détendu, au niveau de son épaule.

— Vieil homme, Aviger mon ami, annonça-t-il.

L’autre leva promptement les yeux, surpris par cette interruption dans l’interminable monologue du prisonnier.

— Quoi ?

— Cela va vous paraître idiot, et je ne vous en voudrais pas d’avoir peur, mais mon œil droit me démange atrocement. Vous voulez-bien le gratter pour moi ? Je sais bien que ça a l’air bête, un guerrier qui souffre mille morts à cause d’un œil qui le démange, mais depuis dix minutes j’en deviendrais presque fou. Alors, vous voulez bien ? Avec le canon du fusil, si vous voulez ; je prendrai bien garde à ne pas bouger un seul muscle, à ne rien faire qui vous surprenne si vous vous servez du bout du canon. C’est comme vous voulez. Vous acceptez ? Je vous jure sur mon honneur de guerrier que je dis la vérité.

Aviger se leva et regarda vers l’avant du train.

Il n’entend pas le signal d’alarme. Il est vieux. Et les autres, les plus jeunes, l’entendent-ils ? Il est peut-être trop aigu pour eux aussi. Et cette machine ? Oh, approche donc, vieille bête, approche !

Unaha-Closp écarta les câbles sectionnés. Maintenant il pouvait expédier un champ à l’intérieur de la gaine et s’ouvrir une voie pour pénétrer plus loin.

— Allô, drone ? Drone, tu m’entends ?

De nouveau Yalson.

— Quoi encore ?

— Horza vient de voir s’éteindre certains témoins correspondant au wagon du réacteur. Il veut savoir ce que tu fabriques.

— Je ne le veux pas, je l’exige, marmotta Horza en fond.

— J’ai dû couper quelques câbles. Apparemment, c’est le seul moyen de parvenir jusqu’au réacteur. Je les réparerai plus tard, si vous insistez.

Le canal com se tut quelques secondes et, pendant cet intervalle, Unaha-Closp crut percevoir un son très haut perché. Mais il n’aurait pas pu en jurer. Sans doute une sensation marginale, se dit-il. Le canal se manifesta à nouveau, et Yalson reprit :

D’accord. Mais Horza te demande de l’avertir la prochaine fois que tu voudras couper quelque chose, surtout si ce sont des câbles.

— Ça va, ça va ! Et maintenant, fichez-moi la paix !

Le canal se tut. La machine réfléchit quelques instants. L’idée qu’un signal d’alarme retentissait peut-être quelque part l’avait brièvement effleurée mais, en toute logique, il aurait dû être repris dans la cabine de pilotage ; or, il n’avait rien entendu derrière la voix de Yalson. Seulement la remarque à peine intelligible du Métamorphe. Donc, pas de signal d’alarme.

Il introduisit un champ sectionneur dans la gaine.

— C’est lequel ? interrogea Aviger tout en demeurant prudemment à distance de l’Idiran.

La brise chassait sur son front une maigre mèche de cheveux jaunâtres. Xoxarle craignit que son gardien ne flaire quelque chose, mais non. Le vieil homme se contenta de remettre sa mèche en place et, l’arme au poing, l’air hésitant, leva un regard interrogateur vers la tête de la créature.

— Celui-là, le droit, répondit Xoxarle en tournant lentement la tête.

Aviger jeta un nouveau regard vers l’avant du train, puis revint à Xoxarle.

— Ne le dites pas à vous-savez-qui, hein ?

— C’est promis. Dépêchez-vous, s’il vous plaît. Ça devient insupportable.

Aviger fit un pas en avant, mais se maintint hors de portée de l’Idiran.

— Vous me jurez sur l’honneur que vous n’êtes pas en train de me jouer un tour ?

— Vous avez ma parole de guerrier. Je vous le jure sur le nom jamais souillé de mon parent-mère. Sur mon clan, et sur tous les miens ! Que la galaxie tombe en poussière si je mens !