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Puis il y eut un cri, et le drone regarda en bas en s’efforçant de percer l’écran de fumée et de mousse. Horza quitta en courant sa niche dans le mur, située près de la limite la plus avancée de la masse métallique en flammes.

Hurlant et pressant sans cesse la détente de son arme, l’homme remonta à toute allure le quai jonché de débris. Le drone vit la roche se fracturer et exploser autour de l’entrée du tunnel, où Xoxarle s’était réfugié. La machine crut que ce dernier allait riposter, que Horza allait s’effondrer, mais non. Le Métamorphe courait et tirait toujours tout en vociférant de manière incohérente. Le drone ne vit pas Balvéda.

Xoxarle avait replacé le canon de son arme à l’angle du tunnel et de la station dès que le fracas s’était calmé ; c’était à ce moment-là que l’homme avait surgi de sa cachette et s’était mis à l’arroser. Xoxarle eut le temps de viser, mais non de faire feu. Un tir atteignit le mur non loin de son arme, et Xoxarle sentit un impact sur sa main ; son fusil-laser se mit à crachoter, puis se tut pour de bon. Un éclat rocheux saillait du châssis de l’arme. Xoxarle jura, puis jeta celle-ci dans le tunnel. Le Métamorphe recommença à tirer et l’entrée du tunnel fut tout à coup criblée d’explosions laser. Xoxarle baissa les yeux sur Aviger, qui remuait faiblement par terre ; couché sur le ventre, il agitait ses quatre membres en l’air et contre le sol, comme s’il essayait de nager.

Xoxarle lui avait laissé la vie pour qu’il puisse servir d’otage, mais à présent, l’homme ne lui serait plus d’aucune utilité. Yalson était morte, il l’avait tuée, et Horza voulait la venger.

Xoxarle écrasa le crâne d’Aviger sous son pied, puis fit demi-tour et se mit à courir.

Vingt mètres le séparaient du premier virage. Il courut aussi vite qu’il put, sans tenir compte des élancements qu’il ressentait dans ses jambes et dans son torse. Une explosion retentit du côté de la station. Une espèce de sifflement passa au-dessus de sa tête et le système anti-incendie intégré au plafond se mit à cracher des jets d’eau.

Le feu laser embrasait l’air tout autour de lui ; il plongea vers le premier tunnel latéral qu’il rencontra. Le mur lui explosa au visage et quelque chose lui heurta violemment les jambes et le dos. Il continua de courir en boitant.

Il entrevit des portes devant lui, sur la gauche, et tenta de se remémorer le plan des gares. Ces portes devaient s’ouvrir sur la salle de contrôle et sur les dortoirs : il pouvait couper par là, traverser le secteur entretien-réparation par le pont suspendu et remonter par un tunnel secondaire jusqu’au circuit du transtube. De là, il pourrait s’échapper. Il avança aussi rapidement que le lui permettait son pas claudicant et pesa de tout son poids contre les portes. Les pas du Métamorphe s’élevaient, sonores, quelque part derrière lui.

Le drone regarda Horza traverser toute la station comme un fou, au pas de course, sans cesser de tirer et de vociférer tout en sautant par-dessus les piles de décombres. L’homme s’arrêta à l’endroit où était retombé le corps de Yalson avant d’être emporté par les wagons déséquilibrés, puis repartit en courant, précédé du cône de lumière rougeoyante qu’émettait son arme. Il dépassa à toute allure l’ancien emplacement de la palette, tout au bout de la gare, près du poste de tir de Xoxarle, et disparut dans le tunnel secondaire.

Unaha-Closp se laissa doucement tomber vers le sol. Les ruines crépitaient et fumaient ; la mousse pleuvait toujours. Une âcre odeur de gaz délétère se répandait dans l’air. Les capteurs du drone enregistraient un taux de radiations assez élevé. Une série d’explosions limitées se produisirent dans les wagons broyés, et engendrèrent de nouveaux foyers d’incendie à la place des flammes étouffées par la mousse qui tapissait à présent le capharnaüm de métal disloqué comme une couche de neige sur des montagnes au relief accidenté.

Unaha-Closp rejoignit le Mental tombé au pied du mur. Sa surface était ridée, assombrie, ternie, et ses couleurs évoquaient une nappe de pétrole flottant à la surface de l’eau.

— Tu t’es cru malin, hein ? fit tranquillement Unaha-Closp. (Peut-être l’autre pouvait-il l’entendre, mais peut-être était-il mort ; la machine n’avait aucun moyen de le savoir.) À te cacher comme ça dans le réacteur. Je crois savoir ce que tu as fait de la pile, en plus. Tu l’as laissée tomber dans un de ces puits très profonds, près du générateur de la ventilation de secours ; peut-être même dans celui que nous avons aperçu, le premier jour, sur l’écran du détecteur de masse. Ensuite, tu t’es planqué dans le train. Tout content de toi, sans doute.

« Et regarde où ça t’a mené !

Le drone contempla le Mental silencieux, sur lequel la mousse neigeuse commençait à s’amasser, et nettoya sa propre coque d’un coup de champ de force.

Tout à coup, le Mental bougea ; il s’éleva d’un bon mètre, une extrémité après l’autre, et, l’espace d’une seconde, l’air fut empli de chuintements et de crépitements divers. Sa surface miroita brièvement tandis qu’Unaha-Closp reculait, ne sachant pas très bien ce qui se passait. Puis le Mental retomba doucement au sol et ne bougea plus. Sur sa surface ovoïde, les couleurs changeantes se mouvaient paresseusement. Le drone détecta une odeur d’ozone.

— Touché mais pas encore coulé, hein ?

La station était de plus en plus sombre : les lampes qui fonctionnaient encore se trouvaient obscurcies par la fumée qui s’élevait vers le plafond.

Quelqu’un toussa. En se retournant, Unaha-Closp vit Pérosteck Balvéda sortir en chancelant d’une niche dans le mur. Pliée en deux, une main pressée au creux des reins, elle était prise d’une véritable quinte de toux. Elle avait une blessure sanglante à la tête et sa peau était couleur de cendre. Le drone s’approcha.

— Et de deux, déclara-t-il sans vraiment s’adresser à la jeune femme.

Il se plaça à côté d’elle et la soutint en étendant un champ. Les vapeurs qui flottaient l’asphyxiaient. Le sang coulait sur son front, et on voyait une tache rouge et humide dans le dos de sa veste.

— Qui… ? (Elle s’interrompit pour tousser.) Qui d’autre ?

Elle avançait d’un pas mal assuré, et le drone dut l’aider : elle trébuchait sur les morceaux épars de wagons et de rails. Partout gisaient des éclats rocheux arrachés aux murs de la gare par le déraillement.

— Yalson est morte, annonça la machine d’un ton neutre. Et Wubslin aussi, selon toute probabilité. Horza s’est lancé à la poursuite de Xoxarle. Pour Aviger, je ne sais pas ; je ne l’ai pas vu. Il me semble que le Mental est toujours vivant. En tout cas, il a bougé.

Ils approchaient du Mental, dont une extrémité s’animait occasionnellement de petits sursauts, comme s’il essayait de décoller. Balvéda voulut se rendre compte de plus près, mais Unaha-Closp la retint.

— Laissez-le, fit-il en l’entraînant vers le bout du quai. (Elle continuait à déraper sur les débris et à tousser, le visage contracté par la douleur.) Vous allez vous asphyxier dans cet air si vous restez là, reprit-il avec douceur. Le Mental saura bien prendre soin de lui-même ; et, sinon, il n’y a rien que tu puisses faire pour lui.

— Mais je vais très bien, protesta Balvéda.

Elle s’arrêta et se redressa ; son visage s’apaisa et elle cessa de tousser. Le drone s’immobilisa à son tour et la regarda. Elle se tourna vers lui. Elle respirait normalement et, si son teint était toujours terreux, son visage exprimait à présent la sérénité. Elle ramena de derrière son dos une main pleine de sang, et de l’autre elle essuya son front et son œil rougis. Puis elle sourit.

— Tu vois, fit-elle encore.

Alors ses yeux se fermèrent, elle se plia en deux, ses genoux fléchirent et elle tomba la tête la première vers le quai.