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Idir ne fit jamais l’objet d’aucune attaque, et ne fut donc concrètement jamais forcée de se rendre. Son réseau informatique fut pris sous contrôle par le biais d’effecteurs et – débarrassé des limitations qu’on lui avait imposées – se perfectionna de lui-même jusqu’à atteindre l’intelligence-conscience, devenant ainsi un Mental digne de la Culture par toutes ses caractéristiques excepté son appellation.

Parmi les Idirans, certains mirent fin à leurs jours tandis que d’autres s’exilaient chez les Homonda (qui acceptèrent de les employer, mais sans les aider à préparer de nouvelles offensives contre la Culture) ; certains allèrent fonder des habitats indépendants officiellement non militarisés au sein d’autres sphères d’influence (sous l’œil vigilant de la Culture) ou s’embarquèrent à bord de vaisseaux fuyards vers des secteurs peu connus des Nuages, ou à destination d’Andromède. Les autres, enfin, reconnurent leur défaite. Quelques-uns intégrèrent la Culture, et de rares éléments jouèrent ensuite pour elle le rôle de mercenaires.

Statistiques

Durée de la guerre : quarante-huit ans et un mois. Somme des pertes, en comptant les machines (classées par échelle logarithmique d’intelligence-conscience), les medjels et les victimes civiles : 851,4 milliards (± 0,3 %). Pertes en vaisseaux (toutes classes au-dessus de la catégorie interplanétaire) : 91 215 660 (± 200) ; en Orbitales : 14 334 ; en planètes et lunes importantes : 53 ; Anneau : 1 ; Sphères : 3 ; étoiles (ayant perdu une quantité significative de leur masse ou subi un déplacement également conséquent sur leur diagramme d’existence) : 6.

Perspective historique

Cette guerre a été d’une portée et d’une durée limitées, et n’a jamais concerné plus de 0,2 % de la galaxie en termes de volume, et 0,1 % en termes de population stellaire. On relève encore des rumeurs rapportant des conflits beaucoup plus impressionnants, qui se seraient déroulés dans des espaces et sur des durées bien plus vastes… Toutefois, les chroniques des plus anciennes civilisations de la galaxie considèrent la guerre Idirans-Culture comme la plus importante conflagration de ces cinquante mille dernières années, et la classent parmi ces Événements singulièrement intéressants qui se produisent si rarement de nos jours.

Dramatis personæ

Une fois la guerre terminée, Juboal-Rabaroansa Pérosteck Aseyn Balvéda dam T’seif se fit placer en suspension prolongée. Elle avait perdu la plupart de ses amis pendant les hostilités, et découvert ensuite son peu de goût pour les cérémonies et autres commémorations. En outre, le Monde de Schar revint la hanter une fois la paix revenue, emplissant ses rêves de tunnels sinueux et obscurs où résonnaient les échos de quelque horreur sans nom. On aurait pu la soigner, mais elle préféra le sommeil sans rêves de la suspension. Elle laissa des instructions ordonnant de la réveiller seulement le jour où la Culture pourrait « justifier » statistiquement la guerre sur le plan moral, c’est-à-dire lorsqu’il se serait écoulé suffisamment de temps – sans autre guerre dans l’intervalle – pour qu’on pût prouver que, dans son déroulement prévisible et probable, l’expansion idirane aurait causé des pertes plus lourdes que celles effectivement entraînées par la guerre. On la ramena donc à la vie en l’an 1813, avec les millions de citoyens de la Culture ayant exprimé le désir d’être placés en suspension et formulé une requête semblable, la plupart avec la même impression d’ironie macabre. Au bout de quelques mois, Balvéda s’auto-euthanasia et fut enterrée à Juboal, dans son système natal. Fal ’Ngeestra ne croisa jamais son chemin.

Le Querl Xoralundra, père-espion et prêtre guerrier de la secte tributaire des Quatre-Âmes de Farn-Idir, survécut à la destruction partielle et à la capture du croiseur léger idiran la Main de Dieu 137. En compagnie de deux officiers, il réussit à fuir l’appareil endommagé alors que l’UCG de classe Montagne Énergie Nerveuse tentait de le capturer intact ; son unité-gauchissement le renvoya sur Sorpen. Là, il fut brièvement emprisonné par la Gérontocratie, puis rendu contre une rançon symbolique au moment du débarquement de la Quatre-Vingt-Treizième Flotte idirane. Il continua de servir dans le renseignement militaire et échappa à la Seconde Purge Volontaire qui suivit le retrait de la flotte homondane. Il retrouva ultérieurement son rôle initial d’Officier de Logistique Offensive, et fut tué durant la bataille des Novæ Jumelles dont dépendait le contrôle du Bras Un-Six de la galaxie, et cela vers la fin de la guerre.

Après avoir rejoint le Commando Ghalssel sur Vavatch, Jandraligeli en vint à occuper les fonctions de lieutenant privilégié auprès du capitaine mercenaire et finit par prendre le commandement du troisième vaisseau de sa flotte, appelé Surface de Contrôle. Comme tous les membres de commandos ayant survécu aux hostilités, Jandraligeli profita largement de la guerre. Il prit sa retraite quelque temps après la mort de Ghalssel – survenue durant la séquence offensive à sept strates d’Oroarche – pour diriger jusqu’à la fin de ses jours une école indépendante de Conseillers de Vie sur la lune Décadente, dans le système du Septième Péché peuplé par les Chevaliers Bien Armés de l’Acte Infiniment Joyeux (Réformés). Il mourut d’une mort sinon paisible, du moins plaisante, dans un lit qui n’était pas le sien.

Le drone Unaha-Closp fut entièrement réparé. Il postula pour intégrer la Culture, et sa demande fut acceptée ; il servit sur le Véhicule Système Général Apocalypse Irrégulière et le Véhicule Système Limité Marge Bénéficiaire jusqu’à la fin de la guerre, puis fut transféré sur une Orbitale appelée Erbil pour y prendre ses fonctions dans une usine de moyens de transport. Il est actuellement à la retraite, et construit à titre de passe-temps de petits automates à vapeur.

Stafl-Préonsa Fal Shilde ’Ngeestra dam Crose survécut à une nouvelle chute grave en montagne, continua à prévoir l’avenir mieux et plus vite que des machines des millions de fois plus intelligentes qu’elle, changea plusieurs fois de sexe, mit au monde deux enfants, s’enrôla chez Contact après la guerre, adopta – sans autorisation – un mode de vie primitif sur un monde non contacté de stade deux en se joignant à une tribu de cavalières sauvages, travailla sur un dirigeable Hypersage dans une aérosphère Blokstaar, regagna la Culture pour la transcorporation en multimental du drone Jase, se fit surprendre par une avalanche en faisant de l’escalade mais survécut là aussi, et put donc relater maintes fois l’incident, eut encore un enfant, puis accepta de rallier Circonstances Spéciales à l’intérieur de Contact, et fut pendant cent ans l’émissaire (mâle) de la Culture dans l’Anarchie de Soveleh qui à l’époque, avec son million d’étoiles, venait tout juste d’être contactée. Par la suite, elle se fit enseignante sur une Orbitale située dans un petit amas dans la région du Nuage Mineur, publia une autobiographie très bien accueillie et disparut quelques années plus tard à l’âge de quatre cent sept ans pendant une croisière d’agrément en solitaire dans un vieil Anneau des Dra’Azon.

Quant au Monde de Schar, il fut de nouveau visité, une seule fois, mais seulement après la fin de la guerre. Suite au départ de la Turbulence Atmosphérique Claire – dirigée plus que pilotée par Pérosteck Balvéda vers un hypothétique point de rencontre avec un vaisseau de guerre de la Culture, à l’écart du théâtre des hostilités – il s’écoula plus de quarante ans avant qu’un appareil quelconque fût autorisé à franchir la Barrière de la Sérénité. Lorsque ledit vaisseau, l’UCG Conscience Prosthétique, parvint effectivement de l’autre côté et expédia au sol un détachement, ses agents de Contact trouvèrent le Complexe de Commandement en parfait état. Huit trains sans le moindre accroc étaient stationnés dans huit des neuf gares parfaites et intactes. L’UCG et ses équipes de repérage ne découvrirent aucun indice de déraillement, pas le moindre dégât ; nul cadavre et pas trace de base Métamorphe pendant les quatre jours où on les autorisa à séjourner sur la planète. À l’issue de ce délai, le Conscience Prosthétique reçut l’ordre de décoller, et, après son passage, la Barrière de la Sérénité se referma, cette fois-ci pour toujours.