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Voyons un peu, quel âge aurait à présent Ricky ? 40… non, 41 ans. C’était chose difficile que d’imaginer Ricky à 41 ans ! De toute façon, cela pouvait être considéré comme un jeune âge, à présent – et même déjà à l’époque du début de ma cure.

Si elle était riche, je lui permettrais de m’offrir un verre, et nous porterions un toast à la mémoire de la chère petite âme, à présent disparue, de Pete.

Et si quelque chose n’avait pas marché, et qu’elle fût pauvre malgré les actions que je lui avais laissées… dans ce cas… eh bien, fichtre ! Je l’épouserais ! Oui. Parfaitement. Qu’elle eût dix ans de plus que moi, maintenant, était sans importance. A voir mon incroyable propension à me faire pigeonner, j’avais besoin de quelqu’un de plus âgé que moi pour avoir l’œil et me conseiller. Ricky était bien la fille qu’il me fallait. Elle s’était occupée de Miles et avait tenu son intérieur avec tout le sérieux des petites filles alors qu’elle avait moins de dix ans. A présent, elle aurait les mêmes qualités… adoucies par l’âge.

Je me sentais réchauffé ; cette sensation d’être perdu en terre étrangère s’éloignait pour la première fois depuis mon réveil. Ricky était la réponse à tout.

Alors, au fond de moi, se fit entendre une voix :

« Crétin, voyons, tu ne pourras pas épouser Ricky ! La fille charmante qu’elle promettait de devenir doit s’être mariée depuis une vingtaine d’années. Elle aura quatre gosses – peut-être un fils plus grand que toi – et sans doute un mari oui risque de ne pas t’apprécier dans le rôle du cher vieil oncle Danny. »

En m’écoutant, je demeurai bouche bée. Je répondis faiblement :

« Bon, bon, c’est entendu, j’ai encore raté le coche. Mais cela n’empêche pas que je vais tout de même me mettre à sa recherche. On ne peut me le reprocher. Et, après tout, elle est la seule personne qui comprenait vraiment Pete. »

Subitement assombri à l’idée d’avoir perdu et Ricky et Pete, je tournai une autre page. Au bout d’un moment, je m’assoupis, le nez sur le journal, et ne m’éveillai que lorsque mon infirmier – ou son frère jumeau – apporta le déjeuner.

Pendant mon sommeil, j’avais rêvé que Ricky me tenait sur ses genoux et disait :

— Tout va bien, Danny. J’ai retrouvé Pete, et maintenant, nous ne te quitterons plus. N’est-ce pas, Pete ?

— Ouii ! faisait Pete.

* * *

Le vocabulaire additionnel était coriace, mais j’en vins à bout assez facilement. Je passai bien plus de temps sur les événements historiques. Quantité de choses défilent en trente années, mais pourquoi les noter quand tout le monde les connaît mieux que soi ? Je ne fus pas étonné d’apprendre que la Grande République Asiatique nous éjectait comme fournisseurs du commerce sud-américain ; la chose était prévue depuis le traité de Formose. Je ne fus pas non plus surpris du fait que l’Inde fût plus balkanisée encore qu’avant. La transformation de l’Angleterre en province du Canada me retint un moment. Qui était la queue et qui était le chien ? Je glissai sur la Panique de 1987 ; la seule utilité de l’or, à mes yeux, était de constituer une matière première merveilleuse pour certains usages techniques ; je ne trouvais pas tragique qu’il fût à présent trop bon marché pour servir davantage d’étalon-monnaie ; peu m’importait le nombre de gens ruinés dans la transaction.

J’interrompis ma lecture et me mis à penser à tout ce que l’on peut faire avec de l’or bon marché, étant donné sa haute densité, sa parfaite conductivité, sa ductilité extrême… Je songeai qu’il me faudrait lire la littérature technique en premier lieu. Fichtre ! Rien que dans le domaine atomique l’or serait d’une valeur incalculable. La manière dont on pouvait le travailler, bien mieux que n’importe quel autre métal, s’il était possible de l’employer pour la miniaturisation mécanique… Je me sentis moralement persuadé que le Robot U 1 avait sa « tête » pleine d’or. Il allait falloir se mettre au boulot, apprendre vite ce que les gars avaient mis au point pendant mon absence.

Le sanctuaire de Sawtelle n’était pas équipé pour me permettre des études d’ingénieur. Il me fallut donc demander ma mise en liberté au Dr Albrecht. Il haussa les épaules, me traita d’idiot et consentit. Pourtant, je restai encore une nuit : j’étais épuisé rien que d’avoir vu défiler des mots imprimés.

Le lendemain matin, après le petit déjeuner, on m’apporta des vêtements modernes… que l’on dut m’aider à revêtir. Non qu’ils fussent particulièrement étranges par eux-mêmes (encore que je n’eusse jamais porté de pantalons cerise avec des boutons en forme de clochettes), mais je ne parvenais pas à m’en tirer avec les fermetures… Je suppose que mon grand-père aurait eu les mêmes difficultés avec les fermetures Éclair s’il ne les avait pas connues petit à petit. Celles-ci étaient des fermetures Éclair électrostatiques. Je pensai que j’allais devoir engager un gamin pour me conduire aux lavabos, avant d’être parvenu à comprendre que l’adhésion s’effectuait dans le sens de la longueur.

Je faillis ensuite perdre mes pantalons quand je voulus relâcher la ceinture. Personne ne se moqua de moi.

Le Dr Albrecht me demanda :

— Quelles sont vos intentions ?

— Moi ? Me procurer d’abord une carte de la ville. Ensuite chercher un logement, puis me mettre à lire exclusivement des textes professionnels, mettons pendant un an. Docteur, je suis un ingénieur hors circuit, mais je n’ai pas l’intention de le demeurer.

— Mmm. Eh bien, bonne chance. N’hésitez pas à m’appeler en cas de besoin.

Je lui tendis la main.

— Merci, docteur. Vous avez été très chic. Heu… Je ne devrais peut-être pas vous dire ceci sans avoir d’abord consulté mes assureurs pour savoir où en sont mes finances, mais je n’ai pas l’intention de ne vous laisser que de bonnes paroles pour tout souvenir. J’aimerais que mes remerciements soient un peu plus substantiel. Vous me comprenez ?

Il secoua la tête.

— La pensée me touche, mais tous mes honoraires sont prévus par mon contrat avec le sanctuaire.

— Pourtant…

— Non. Je ne puis rien accepter. Je vous en prie, n’en parlons plus.

Il me serra la main, et ajouta :

— Au revoir… Si au début vous trouvez la vie un peu fatigante, sachez que vous avez encore droit à quatre jours de récupération avec réadaptation, sans frais supplémentaires. C’est compris dans votre contrat. Usez-en à votre convenance. Vous êtes libre d’aller et venir comme vous voulez.

Je lui souris.

— Merci, docteur. Soyez tranquille, vous ne me reverrez qu’en visiteur de passage pour un salut amical.

Je descendis devant le bureau d’entrée, donnai mon nom au réceptionniste. Il me tendit une enveloppe qui contenait un message de Mrs Schultz (encore elle). Je ne l’avais toujours pas appelée, car j’ignorais qui elle était et la maison de repos ne permettait ni visites ni appels à un pensionnaire revivifié sans que ce dernier en eût exprimé le souhait. Je lançai un coup d’œil à l’enveloppe et l’enfouis dans mon blouson, songeant que j’avais peut-être commis une bourde en rendant mon Robot-à-tout-faire aussi propre à tous les usages. Les réceptionnistes étaient de jolies filles, dans le temps, et non des machines.

Le réceptionniste dit :

— Par ici, s’il vous plaît. Notre trésorier désire vous voir.

Moi aussi, je désirais le voir. J’allai donc « par ici ».

Je me demandais quelle somme j’avais bien pu gagner pendant mon Sommeil et me félicitais d’avoir misé comme je l’avais fait plutôt que sur des actions de père de famille. Sans doute les miennes avaient-elles dégringolé quelque peu pendant la panique de 87, mais elles devaient avoir regrimpé à présent. Au fait, je savais que deux d’entre elles, au moins, devaient avoir une grosse valeur. J’avais lu la colonne financière dans le Times. J’avais même gardé le journal sur moi, à toutes fins utiles.