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Le trésorier était un être humain, malgré son air de trésorier. Il me serra vivement la main.

— Bonjour, Mr Davis. Je suis Mr Doughty. Asseyez-vous, je vous prie.

— Salut, Mr Doughty. Je n’ai probablement pas besoin de vous prendre beaucoup de temps. Dites moi simplement ceci : est-ce que ma compagnie d’assurances arrange ses paiements par votre entremise ? Ou dois-je me rendre à leurs bureaux ?

— Asseyez-vous, je vous en prie. J’ai différentes choses à vous expliquer.

Je m’assis donc. Son assistant (encore mon bon vieux robot) lui apporta un dossier.

— Voici vos contrats. Voulez-vous y jeter un coup d’œil ?

J’avais certainement envie de leur jeter un coup d’œil puisque j’étais sur des charbons ardents depuis mon réveil en me demandant si Belle n’était pas parvenue à me faire une entourloupette avec le chèque barré. Un chèque barré est plus difficile à manipuler qu’un chèque ordinaire au porteur, mais Belle était une maligne !

Je fus donc tranquillisé en constatant qu’elle n’avait rien changé à mes arrangements, sauf que le contrat pour Pete manquait ainsi que celui concernant mon stock d’actions de la société Robot Maison. Je supposai qu’elle avait dû les brûler afin d’éviter les questions indiscrètes. J’examinai avec soin les quelques douze endroits où elle avait remplacé Mutual Insurance Company par Masters Insurance Company of California.

Cette fille était une véritable artiste ! Je présume qu’un criminologiste professionnel armé d’un microscope, d’un stéréoscope et de tests chimiques aurait pu prouver que chacun de ces documents avait été trafiqué, mais moi, j’en étais incapable.

Mr Doughty s’éclaircit la gorge et je levai les yeux :

— Réglons-nous toute l’affaire sur place ?

— Oui.

— Dans ce cas, je ne prononcerai qu’un seul mot : combien ?

— Hum… Mr Davis, avant que nous abordions ce côté de la question, je voudrais attirer votre attention sur ce document-ci, ainsi que sur un fait. Ceci est le contrat entre ce sanctuaire et la Masters Insurance, pour votre hibernation, votre entretien et votre remise en vie normale. Veuillez remarquer que tout a été payé d’avance. C’est à notre avantage mutuel puisque votre sécurité était assurée pendant que vous étiez endormi. La totalité des fonds était déposée auprès d’une Division d’Instance Supérieure chargée d’affaires de cet ordre, qui nous en fait virement par tranches trimestrielles.

— O.K. Cela me paraît un bon arrangement.

— En effet. Cela protège celui qui ne peut rien, l’endormi. Il faut par ailleurs que vous compreniez bien que ce sanctuaire est une affaire totalement distincte de votre compagnie d’assurances. Le contrat passé pour votre entretien est un contrat sans rapport aucun avec ceux que vous avez passés concernant vos biens.

— Mr Doughty, voulez-vous me dire à quoi vous voulez en venir ?

— Possédez-vous d’autres biens que ceux que vous avez confiés à la Masters Insurance Co ?

— Aucun.

— Dans ce cas, je regrette de devoir vous annoncer que vous ne possédez plus rien.

Je me tins tranquille pendant que mon crâne tournait en rond avant de faire un atterrissage brutal.

— Comment ? Qu’est-ce que vous me racontez-là ? J’ai un tas d’actions qui se trouvent dans une position excellente. Je le sais très bien. C’est imprimé ici.

Je sortis le Times.

Il secoua la tête.

— Je regrette, Mr Davis, vous ne possédez plus d’actions. La Masters a fait faillite.

J’appréciai le siège qu’il m’avait offert. Je me sentais pris de faiblesse.

— Comment cela est-il arrivé ? La Panique de 87 ?

— Non. Elle ne causa qu’une partie de l’effondrement du groupe Mannix, mais, évidemment, vous ne pouvez être au courant ! C’est arrivé peu après la Panique, ceci expliquant cela en quelque sorte. Pourtant, la Masters n’aurait pas sombré si elle n’avait pas été systématiquement pillée. Si cette compagnie n’avait été qu’encaisseur, ainsi qu’il se devait, quelque chose aurait pu être sauvée. Mais il ne resta rien. Quand on découvrit les dommages, il ne restait qu’une coquille vide, et les responsables s’étaient mis à l’abri. Hum, si cela peut vous consoler, sachez que la chose ne serait plus possible avec les lois actuelles.

Piètre consolation.

— Dites-moi, Mr Doughty, par pure curiosité, comment s’en est sortie la Mutual ?

— La Mutual ? Une maison sérieuse ! Pendant la Panique, ils ont pris le bouillon comme tout le monde. Mais ils ont remonté le courant. Avez-vous une police chez eux ?

— Non.

Je m’abstins d’explications. A quoi bon ? Je ne pouvais me tourner vers la Mutual, n’ayant pas rempli mes obligations à leur égard. Je ne pouvais poursuivre la Masters – à quoi bon poursuivre une boîte en faillite ?

Je pouvais poursuivre Belle et Miles, si toutefois ils étaient encore de ce monde, mais pourquoi se monter la tête ? Pas de preuves, pas la moindre preuve.

Par ailleurs, je ne désirais pas poursuivre Belle. Plutôt la tatouer des pieds à la tête avec la mention « Nulle et non avenue », en utilisant une aiguille rouillée. Ensuite je ressortirais ce qu’elle avait fait à Pete. Je n’avais pas encore trouvé de punition adéquate pour ce crime-là.

Subitement, je me rappelai que c’était avec le groupe Mannix que Miles et Belle voulaient traiter pour la vente de Robot Maison S.A., à l’époque où ils m’avaient éjecté.

— Dites, Mr Doughty, êtes-vous tout à fait sûr que la Mannix ne possédait aucune valeur ? Est-ce qu’ils n’étaient pas propriétaires de Robot Maison ?

— Robot Maison ? Vous voulez dire la firme qui possède les automates domestiques ?

— Oui.

— Cela semble à peine possible. Au fait, ce n’est pas possible du tout, puisque la Mannix n’existe plus. Je ne peux pas affirmer qu’il n’y ait jamais eu de liens entre Robot Maison et la Mannix. Pourtant, je ne crois pas que cela ait pu aller très loin, j’en aurais entendu parler.

Je n’insistai pas. Si Belle et Miles s’étaient trouvés ruinés dans le crac Mannix, cela me convenait parfaitement. Mais, d’autre part, si la Mannix avait été propriétaire de Robot Maison, et l’avait lessivé, cela devait avoir ruiné Ricky en même temps que les autres. Je ne souhaitais pas qu’il fût arrivé malheur à Ricky, quels qu’aient pu en être les bons à-côtés.

Je me levai.

— Eh bien, Mr Doughty, je vous remercie de m’avoir informé avec délicatesse.

— Ne partez pas encore, Mr Davis. Dans notre institution, nous nous sentons responsables à l’égard de nos clients. Responsabilité qui dépasse les termes de nos contrats. Sachez que vous n’êtes pas le premier à vous trouver dans cette situation délicate. La direction met une petite somme à la disposition des personnes dans votre cas et…

— Non, non, pas de charité, Mr Doughty. Je vous remercie…

— Ce n’est pas de la charité, Mr Davis. C’est un prêt. Et croyez que nos pertes sur ce genre de prêts sont pratiquement nulles. Nous ne voulons en aucun cas que vous sortiez d’ici les poches vides…