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Geary vérifia et constata que la flotte se trouvait encore à près de deux heures-lumière de Wendig I. Pas franchement les conditions optimales pour soutenir une conversation. En fait, dans la mesure où sa réponse mettrait deux heures à parvenir au Syndic et celle du Syndic le même délai pour lui revenir, elles étaient même franchement exécrables. « Ici le commandant en chef de la flotte de l’Alliance. Nous ne vous leurrerons pas. La guerre n’est pas finie. Cette flotte est en mission opérationnelle et regagne l’espace de l’Alliance. Mais nous ne faisons pas la guerre aux civils ni aux enfants. Nous allons suffisamment dévier de notre trajectoire à travers ce système pour vous envoyer des navettes et évacuer vos gens. Sans délai. Vous avez ma parole, sur l’honneur de mes ancêtres, que vous serez correctement traités à bord des vaisseaux de l’Alliance et qu’on vous larguera sains et saufs dans le prochain système stellaire syndic habité que nous croiserons sur notre route. Fournissez-nous des chiffres précis sur la population à évacuer, en regroupant les gens par familles afin qu’elles ne soient pas séparées durant le transit. Nous avons localisé le terrain d’atterrissage le plus favorable pour nos navettes, au nord-ouest de la ville. Les dunes de sable qui le recouvrent partiellement devront être déblayées par votre population dans la mesure du possible. Tout le monde devra attendre l’arrivée de nos navettes devant le plus proche accès à ce terrain d’atterrissage. N’apportez pas d’armes, d’aucune sorte, ni rien qui pourrait en faire office. Les bagages seront limités à dix kilos par personne. Des questions ? »

Geary se rejeta en arrière et ferma les yeux. Si questions il y avait, il ne les entendrait pas avant au moins deux heures.

Moins de deux heures plus tard, le capitaine Desjani recevait un message puis se levait de son fauteuil de commandement et s’approchait de Geary pour lui parler à l’oreille en prenant soin d’activer le champ d’insonorisation. « Mon officier de sécurité me signale qu’on a de nouveau tenté d’implanter un ver par ce sous-réseau dont l’existence nous a été révélée avant notre départ pour Brandevin. Il a été identifié et neutralisé, mais toutes les tentatives pour en découvrir la source ont échoué.

— Et il s’agissait encore de saboter nos propulseurs de saut ?

— Non, capitaine. » Elle inclina la tête vers l’hologramme du système stellaire. « Celui-là aurait infiltré les systèmes de combat de deux vaisseaux et déclenché le bombardement cinétique de la ville occupée par les civils syndics. Une alerte de la sécurité des systèmes a été envoyée à tous les vaisseaux, les exhortant à vérifier et nettoyer tous leurs systèmes de combat au cas où des vers auraient aussi été posés par d’autres moyens. »

Geary en eut un instant le souffle coupé. « Ainsi, nos saboteurs ne sont pas moins prêts à tuer des Syndics désarmés que des camarades de l’Alliance qui ne se doutent de rien. Quels vaisseaux ?

— Les cailloux auraient été lancés par le Courageux et le Furieux, capitaine.

— Deux vaisseaux commandés par mes plus fermes partisans dans cette flotte. » Il sentit lentement bouillir sa colère. Jamais la flotte ni les navettes n’auraient rejoint les syndics survivants avant ce bombardement cinétique. « Quelqu’un qui a de la vengeance une conception démentielle est prêt aux pires agissements, si atroces soient-ils, pour l’exercer. »

Le visage de Desjani exprima son accord le plus absolu. « Ils apprendront dans une demi-heure, quand le bombardement cinétique devait se déclencher, que leur ver a été neutralisé.

— Merci, capitaine. Je dois en toucher quelques mots à deux personnes. » Geary quitta la passerelle et attendit d’être dans sa cabine, tous les systèmes de sécurité activés, pour appeler Rione et la mettre au courant. « J’ignore si l’on réagira en constatant que le ver n’opère pas, mais tu devrais demander à tes informateurs de rester à l’affût. »

Rione hocha la tête, livide.

Geary transmit la même consigne à Duellos puis patienta, en se demandant ce qu’il ferait si l’on n’avait pas détecté tous les vers et si l’un d’eux, oublié, déclenchait un bombardement cinétique sur la colonie syndic agonisante. Mais rien ne se passa et personne ne l’appela. Il ne s’était pas franchement attendu à entendre quelqu’un hurler son désappointement, mais il crevait les yeux qu’on n’avait noté aucune manifestation de dépit, si infime soit-elle. Sa seule certitude, c’était que ceux qui avaient posé ce logiciel malveillant savaient désormais leur sous-réseau compromis.

Et aussi que les individus qui avaient tenté un peu plus tôt de détruire trois vaisseaux de l’Alliance s’opposaient également, à présent, à ce que Geary portât secours à ces Syndics. Au moins avait-il désormais l’assurance qu’il agissait au mieux.

Une réponse lui parvint enfin de la colonie syndic.

L’homme qu’il avait vu la première fois semblait désormais très anxieux. Geary ne put s’empêcher de se dire qu’il serait encore plus angoissé s’il avait su que sa ville avait été à deux doigts de passer à l’état de cratère. « Mes concitoyens sont très inquiets, capitaine. Ne le prenez pas mal, je vous en prie, mais ceux qui se méfient de l’Alliance sont nombreux. À moins que la situation n’ait beaucoup changé depuis les dernières nouvelles que nous avons reçues de l’extérieur, et elles remontent à plusieurs décennies, on n’a guère montré de considération pour les civils pendant cette guerre. Je m’efforce de les convaincre de vous faire confiance, parce que je vois mal pourquoi vous prendriez la peine de nous massacrer à bord de vos vaisseaux quand vous pourriez nous laisser crever ici. Sauf… les femmes… les filles… tous les enfants. Pardonnez-moi, mais vous devez comprendre nos craintes. Que puis-je leur dire, capitaine ? »

Geary pesa ses mots. Cet homme, s’il devait effectivement en répondre devant son peuple, tenait manifestement à s’en convaincre d’abord lui-même. « Dites à vos gens que le capitaine Geary commande à cette flotte par la grâce de ses ancêtres, et qu’il ne consentira jamais à les déshonorer en s’en prenant à des innocents désarmés ou en manquant à ses serments. Je vous le répète, je vous donne ma parole d’honneur que, tant que vous n’essaierez pas de nuire à nos vaisseaux, vous ne serez pas molestés. Tout individu de cette flotte qui tenterait d’agresser l’un de vous relèverait du code pénal de la Spatiale applicable en temps de guerre. J’aurais pu vous mentir sur le conflit et la mission de cette flotte. Je ne l’ai pas fait. Votre population ne présente aucun intérêt stratégique. Mais ce sont des gens. Nous ne les laisserons pas mourir si nous pouvons l’empêcher. Veuillez nous fournir le plus tôt possible les renseignements dont nous avons besoin, s’il vous plaît. »

La demi-journée suivante s’écoula dans une atmosphère de normalité quasi surréelle. En dépit de ses craintes de voir des informations sur le dernier ver gagner aux saboteurs le soutien d’officiers opposés à porter assistance aux Syndics, Geary autorisa leur diffusion ; mais l’idée qu’on ait pu trafiquer les systèmes de combat des vaisseaux souleva plutôt une nouvelle vague de répulsion. Les hommes ne s’étaient jamais vraiment départis de leur méfiance envers les systèmes de combat automatisés, de sorte qu’un quidam piratant leur logiciel pour leur permettre de s’activer de leur propre chef se retrouvait illico de l’autre côté de la barricade.

Des navettes filaient entre les vaisseaux pour leur apporter de nouvelles cellules d’énergie, munitions, pièces détachées et autres fournitures fabriquées par les auxiliaires depuis le départ de Lakota pour pourvoir aux besoins de la flotte. Geary constata avec plaisir que le niveau moyen des réserves de cellules d’énergie s’était élevé jusqu’à soixante-cinq pour cent. Pas encore satisfaisant, et de loin, mais déjà beaucoup mieux. Le capitaine Samos, pleinement conscient du défi qu’il lui faudrait y relever, avait été transbordé sur l’Orion pour en prendre le commandement. Peut-être réussirait-il à le remettre dans le droit chemin, comme Suram l’avait fait pour le Guerrier.