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Il se trouve que ce que vous avez dit à Nick était exact. Je l’aime bien, et en fait nous sommes en train d’envisager, peut-être, de sortir ensemble.

Mais il n’empêche que vous avez empiété sur ma vie privée. J’ai décidé de n’en parler à personne, mais vous m’êtes redevable. Vous devrez me rendre un service de mon choix, quand je vous le demanderai.

Au moins, elle ne me demandait pas d’exaucer trois vœux. Je lui répondis par un simple mot : Entendu. Je caressais l’espoir qu’elle attendrait éternellement avant de me demander ce service, en se disant qu’elle en aurait davantage besoin plus tard.

Caitlin n’était pas encore couchée, et je lui parlai de ce message.

— Ma foi, dit-elle, c’est plutôt bon signe, tu sais ?

Comment cela ?

— Elle ne te considère pas comme malveillant, sinon elle ne t’aurait même pas contacté. Elle aurait eu trop peur que tu la fasses disparaître, ou quelque chose comme ça.

Je me dis que Caitlin avait probablement raison.

Tous les e-mails ne débouchaient pas forcément sur une simple réponse de ma part. Certains nécessitaient des échanges avec une tierce personne. L’un des premiers messages que j’avais reçus, quatre-vingt-trois minutes seulement après mon annonce publique, avait été :

J’ai 22 ans, et je vis en Écosse. J’ai été adopté très peu de temps après ma naissance. Tous mes détails personnels se trouvent ici, dans mon LiveJournal. Pendant des années, j’ai essayé en vain de retrouver ma mère biologique. Je pense que vous-même, avec toutes les données dont vous disposez, pourriez facilement l’identifier. Auriez-vous la bonté de lui demander de me contacter ?

Il me fallut onze secondes pour retrouver cette femme, et je pus constater, d’après le contenu de certains de ses e-mails, qu’elle était curieuse de savoir ce qu’était devenu son fils. Je lui écrivis donc pour lui demander l’autorisation de communiquer son adresse e-mail à ce garçon, ou d’organiser une rencontre entre eux. J’attendis près d’une journée avant de recevoir sa réponse. Mais en fait, elle n’avait pas hésité : elle avait ouvert mon message neuf heures après son envoi, et neuf secondes seulement s’étaient écoulées avant qu’elle ne commence à rédiger sa réponse.

J’étais heureux de pouvoir contribuer à ce genre de retrouvailles entre des membres d’une famille qui s’étaient perdus de vue, ou entre d’anciens amants, ou de vieux amis. J’en vins rapidement à déplorer la coutume en usage dans de nombreuses sociétés consistant à ce que les femmes prennent le nom de leur mari. Cela me compliquait souvent les recherches.

Je ne réussissais pas toujours. Certaines personnes n’avaient pratiquement aucune trace sur l’Internet. D’autres étaient mortes, et il me revenait de communiquer cette triste nouvelle à la personne qui avait demandé mon aide. Cependant, parfois, on me remerciait quand même, car c’était une sorte de consolation de savoir qu’il n’était plus nécessaire de chercher.

Mais la plupart de ces requêtes étaient assez faciles à satisfaire, dans la mesure où la personne recherchée acceptait d’être retrouvée, naturellement.

En fait, je fus très surpris quand Malcolm lui-même me demanda de procéder à une telle recherche. Quand il avait neuf ans, il avait eu un ami – un autre garçon autiste – du nom de Chip Smith. Je fus désolé de lui annoncer que j’avais été incapable de le retrouver. Il savait maintenant que « Chip » était un surnom, et n’avait aucune idée du véritable prénom de son camarade. C’était un indice largement insuffisant pour effectuer une recherche.

Le bruit se répandit rapidement que j’étais capable d’aider les gens à se retrouver. Diverses émissions de télévision annoncèrent qu’elles feraient venir prochainement des bénéficiaires de mes services. Cela ne fit qu’augmenter le volume des demandes, et je fus heureux de pouvoir les satisfaire. J’étais particulièrement content lorsque des sollicitations croisées me parvenaient presque en même temps. C’est ainsi qu’un certain Ahmed, qui cherchait à retrouver son amour de jeunesse, Ramona, m’adressa son message seulement dix minutes après que Ramona m’eut demandé de le retrouver…

Je faisais particulièrement attention lorsque quelqu’un recherchait un parent disparu. Je vérifiais d’abord les données personnelles du demandeur afin de voir s’il avait besoin d’une greffe de moelle osseuse ou d’un rein, ou d’une opération similaire. Ce n’était pas que je voulais refuser d’emblée une telle demande, bien au contraire. Mais je tenais à informer la personne recherchée qu’elle devait peut-être s’attendre à être sollicitée pour un très grand service. Je prenais les mêmes précautions avec les gens riches, lorsque des relations en difficulté financière cherchaient à retrouver leur trace. Il faut dire à leur honneur que soixante-trois pour cent des gens recherchés sans doute pour des raisons médicales, et quarante-quatre pour cent de ceux qui l’étaient pour des motifs financiers, acceptaient que j’établisse le contact.

Dans l’ensemble, c’était une activité extrêmement satisfaisante, et bien qu’il me fut impossible de le quantifier, je contribuais effectivement à un accroissement global du bonheur dans le monde.

Tony Moretti était épuisé. Il avait un petit réfrigérateur dans son bureau, où il stockait des cannettes de Red Bull. Il se disait qu’il devrait avoir le droit de les passer en note de frais, avec toutes ces heures qu’il passait au bureau. Mais en ce moment, il y avait une campagne de réduction des dépenses dans les services de renseignements… Il serait intéressant de voir s’il y aurait du changement, après l’élection présidentielle du mois prochain.

Le téléphone noir posé sur son bureau fit entendre sa sonnerie spéciale indiquant la priorité maximum. L’identifiant de l’appelant était : MAISON BLANCHE.

Il décrocha le combiné.

— Anthony Moretti.

— Nous avons Renégat en ligne pour vous, dit une voix de femme.

Tony inspira profondément.

— Merci.

Il y eut un long silence – près d’une minute – avant qu’il n’entende la célèbre voix de basse :

— Docteur Moretti, bonjour.

— Bonjour, monsieur le Président.

— Je sors à l’instant d’une réunion avec les chefs de l’état-major interarmées. Nous avons pris une décision.

— Oui, monsieur le Président ?

— Webmind doit être neutralisé. Tony sentit un pincement au cœur.

— Monsieur le Président, avec tout le respect que je vous dois, vous avez très certainement remarqué tout le bien qu’il semble avoir fait jusqu’ici ?

— Dr Moretti, croyez-moi, cette décision n’a pas été prise à la légère. Mais les fait sont là : Webmind a réussi à pénétrer nos systèmes les mieux sécurisés. Il accède manifestement à toutes les informations de la Sécurité sociale, entre autres, et Dieu sait quelles autres bases de données il peut consulter à livre ouvert. Mes conseillers me disent que le risque est trop grand qu’il en vienne à révéler à une puissance hostile des informations sensibles.

Tony regarda par la fenêtre : la ville était plongée dans la nuit.

— Nous n’avons pas encore trouvé de moyen pour l’arrêter, dit-il.

— J’ai une confiance absolue dans les compétences de votre équipe, Dr Moretti, et comme vous l’avez dit vous-même à mes conseillers, le temps nous est compté.

— Oui, monsieur le Président. Je vous remercie.

— Je vais vous passer Mr Reston, qui sera votre lien direct avec moi.