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Mazarin lui donna la clef, d’Artagnan ouvrit et remit la clef dans sa poche; il comptait rentrer par là.

Le marchepied était abaissé, la porte ouverte; Mousqueton se tenait à la portière, Porthos était au fond de la voiture.

– Montez, Monseigneur, dit d’Artagnan.

Mazarin ne se le fit pas dire à deux fois et il s’élança dans le carrosse.

D’Artagnan monta derrière lui, Mousqueton referma la portière et se hissa avec force gémissements derrière la voiture. Il avait fait quelques difficultés pour partir sous prétexte que sa blessure le faisait encore souffrir, mais d’Artagnan lui avait dit:

– Restez si vous voulez, mon cher monsieur Mouston, mais je vous préviens que Paris sera brûlé cette nuit.

Sur quoi Mousqueton n’en avait pas demandé davantage et avait déclaré qu’il était prêt à suivre son maître et M. d’Artagnan au bout du monde.

La voiture partit à un trot raisonnable et qui ne dénonçait pas le moins du monde qu’elle renfermât des gens pressés. Le cardinal s’essuya le front avec son mouchoir et regarda autour de lui.

Il avait à sa gauche Porthos et à sa droite d’Artagnan; chacun gardait une portière, chacun lui servait de rempart.

En face, sur la banquette de devant, étaient deux paires de pistolets, une paire devant Porthos, une paire devant d’Artagnan; les deux amis avaient en outre chacun son épée au côté.

À cent pas du Palais-Royal une patrouille arrêta le carrosse.

– Qui vive? dit le chef.

– Mazarin! répondit d’Artagnan en éclatant de rire.

Le cardinal sentit ses cheveux se dresser sur sa tête.

La plaisanterie parut excellente aux bourgeois, qui, voyant ce carrosse sans armes et sans escorte, n’eussent jamais cru à la réalité d’une pareille imprudence.

– Bon voyage! crièrent-ils.

Et ils laissèrent passer.

– Hein! dit d’Artagnan, que pense Monseigneur de cette réponse?

– Homme d’esprit! s’écria Mazarin.

– Au fait, dit Porthos, je comprends…

Vers le milieu de la rue des Petits-Champs, une seconde patrouille arrêta le carrosse.

– Qui vive? cria le chef de la patrouille.

– Rangez-vous, Monseigneur, dit d’Artagnan.

Et Mazarin s’enfonça tellement entre les deux amis, qu’il disparut complètement caché par eux.

– Qui vive? reprit la même voix avec impatience.

Et d’Artagnan sentit qu’on se jetait à la tête des chevaux.

Il sortit la moitié du corps du carrosse.

– Eh! Planchet, dit-il.

Le chef s’approcha: c’était effectivement Planchet. D’Artagnan avait reconnu la voix de son ancien laquais.

– Comment! monsieur, dit Planchet, c’est vous?

– Eh! mon Dieu, oui, mon cher ami. Ce cher Porthos vient de recevoir un coup d’épée, et je le reconduis à sa maison de campagne de Saint-Cloud.

– Oh! vraiment? dit Planchet.

– Porthos, reprit d’Artagnan, si vous pouvez encore parler, mon cher Porthos, dites donc un mot à ce bon Planchet.

– Planchet, mon ami, dit Porthos d’une voix dolente, je suis bien malade, et si tu rencontres un médecin, tu me feras plaisir de me l’envoyer.

– Ah! grand Dieu! dit Planchet, quel malheur! Et comment cela est-il arrivé?

– Je te conterai cela, dit Mousqueton.

Porthos poussa un profond gémissement.

– Fais-nous faire place, Planchet, dit tout bas d’Artagnan, ou il n’arrivera pas vivant: les poumons sont offensés, mon ami.

Planchet secoua la tête de l’air d’un homme qui dit: En ce cas, la chose va mal.

Puis, se retournant vers ses hommes:

– Laissez passer, dit-il, ce sont des amis.

La voiture reprit sa marche, et Mazarin, qui avait retenu son haleine, se hasarda à respirer.

– Bricconi! murmura-t-il.

Quelques pas avant la porte Saint-Honoré, on rencontra une troisième troupe; celle-ci était composée de gens de mauvaise mine et qui ressemblaient plutôt à des bandits qu’à autre chose: c’étaient les hommes du mendiant de Saint-Eustache.

– Attention, Porthos! dit d’Artagnan.

Porthos allongea la main vers ses pistolets.

– Qu’y a-t-il? dit Mazarin.

– Monseigneur, je crois que nous sommes en mauvaise compagnie.

Un homme s’avança à la portière avec une espèce de faux à la main.

– Qui vive? demanda cet homme.

– Eh! drôle, dit d’Artagnan, ne connaissez-vous pas le carrosse de M. le Prince?

– Prince ou non, dit cet homme, ouvrez! nous avons la garde de la porte, et personne ne passera que nous ne sachions qui passe.

– Que faut-il faire? demanda Porthos.

– Pardieu! passer, dit d’Artagnan.

– Mais comment passer? dit Mazarin.

– À travers ou dessus. Cocher, au galop.

Le cocher leva son fouet.

– Pas un pas de plus, dit l’homme qui paraissait le chef, ou je coupe le jarret à vos chevaux.

– Peste! dit Porthos, ce serait dommage, des bêtes qui me coûtent cent pistoles pièce.

– Je vous les paierai deux cents, dit Mazarin.

– Oui; mais quand ils auront les jarrets coupés, on nous coupera le cou, à nous.

– Il en vient un de mon côté, dit Porthos; faut-il que je le tue?

– Oui; d’un coup de poing, si vous pouvez: ne faisons feu qu’à la dernière extrémité.

– Je le puis, dit Porthos.

– Venez ouvrir alors, dit d’Artagnan à l’homme à la faux, en prenant un de ses pistolets par le canon et en s’apprêtant à frapper de la crosse.

Celui-ci s’approcha.

À mesure qu’il s’approchait, d’Artagnan, pour être plus libre de ses mouvements, sortait à demi par la portière; ses yeux s’arrêtèrent sur ceux du mendiant, qu’éclairait la lueur d’une lanterne.

Sans doute il reconnut le mousquetaire, car il devint fort pâle; sans doute d’Artagnan le reconnut, car ses cheveux se dressèrent sur sa tête.

– Monsieur d’Artagnan! s’écria-t-il en reculant d’un pas, monsieur d’Artagnan! laissez passer!

Peut-être d’Artagnan allait-il répondre de son côté, lorsqu’un coup pareil à celui d’une masse qui tombe sur la tête d’un bœuf retentit: c’était Porthos qui venait d’assommer son homme.

D’Artagnan se retourna et vit le malheureux gisant à quatre pas de là.

– Ventre à terre, maintenant! cria-t-il au cocher; pique! pique.

Le cocher enveloppa ses chevaux d’un large coup de fouet, les nobles animaux bondirent. On entendit des cris comme ceux d’hommes qui sont renversés. Puis on sentit une double secousse: deux des roues venaient de passer sur un corps flexible et rond.

Il se fit un moment de silence. La voiture franchit la porte.

– Au Cours-la-Reine! cria d’Artagnan au cocher.

Puis se retournant vers Mazarin:

– Maintenant, Monseigneur, lui dit-il, vous pouvez dire cinq Pater et cinq Ave pour remercier Dieu de votre délivrance; vous êtes sauvé, vous êtes libre!

Mazarin ne répondit que par une espèce de gémissement, il ne pouvait croire à un pareil miracle.

Cinq minutes après, la voiture s’arrêta, elle était arrivée au Cours-la-Reine.

– Monseigneur est-il content de son escorte? demanda le mousquetaire.

– Enchanté, monsou, dit Mazarin en hasardant sa tête à l’une des portières; maintenant faites-en autant pour la reine.

– Ce sera moins difficile, dit d’Artagnan en sautant à terre. Monsieur du Vallon, je vous recommande Son Éminence.

– Soyez tranquille, dit Porthos en étendant la main.

D’Artagnan prit la main de Porthos et la secoua.

– Aïe! fit Porthos.

D’Artagnan regarda son ami avec étonnement.

– Qu’avez-vous donc? demanda-t-il.

– Je crois que j’ai le poignet foulé, dit Porthos.

– Que diable, aussi, vous frappez comme un sourd.

– Il le fallait bien, mon homme allait me lâcher un coup de pistolet; mais vous, comment vous êtes-vous débarrassé du vôtre?