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— Tout va bien ? lui demanda Norma qui ressentait le trouble du professeur.

Fernstein s’écarta de la table d’opération.

— Comment ce jeune homme est-il arrivé chez nous ?

— C’est une histoire qui vous semblera difficile à croire, répondit Lauren d’une voix à peine audible.

— Nous allons avoir tout le temps de l’entendre, insista-t-il en prenant place derrière le neuronavigateur.

Lauren expliqua le parcours chaotique qui avait conduit Arthur pour la deuxième fois aux Urgences du Memorial Hospital et l’avait soustrait aux mains malheureuses de Brisson.

— Pourquoi ne pas avoir pratiqué un contrôle neurologique plus approfondi lorsque vous l’avez examiné la première fois ? demanda Fernstein en vérifiant le bon fonctionnement de son appareil.

— Il n’y avait pas de traumatisme crânien, pas de perte de connaissance, le bilan neuromoteur était satisfaisant. Nous avons pour consignes de limiter les examens inutilement coûteux…

— Vous n’avez jamais respecté les consignes, ne me dites pas que vous avez subitement décidé de vous y plier aujourd’hui, pour une première fois ce ne serait vraiment pas de chance !

— Je n’avais aucune raison d’être inquiète.

— Et Brisson…

— Fidèle à lui-même, rétorqua Lauren.

— Il vous a laissée emmener son patient ?

— Pas vraiment…

Paul simula une incroyable quinte de toux. Toute l’équipe chirurgicale le regarda. Granelli abandonna son poste et vint lui tapoter le dos.

— Vous êtes sûr que vous allez bien, cher confrère ?

Paul rassura l’anesthésiste d’un signe de la tête et s’éloigna de lui.

— Alors voilà une excellente nouvelle ! s’exclama Granelli. Maintenant et tout à fait confidentiellement, si vous pouviez éviter de badigeonner cette pièce de vos bacilles, le corps médical dont je fais partie vous en serait infiniment reconnaissant. Je parle au nom de ce cher patient qui souffre déjà à l’idée que vous vous approchiez de lui.

Paul, qui avait l’impression qu’une colonie de fourmis avait élu domicile dans ses jambes, se rapprocha de Lauren et murmura à son oreille, suppliant :

— Sortez-moi d’ici avant que ça ne commence, je ne supporte pas la vue du sang !

— Je fais de mon mieux, chuchota la jeune interne.

— Ma vie se transforme en calvaire quand vous êtes réunis tous les deux, si un jour vous pouviez essayer de vous fréquenter un tout petit peu comme tout le monde, ça m’arrangerait beaucoup.

— De quoi parlez-vous ? demanda Lauren, étonnée.

— Je me comprends ! Trouvez-moi un moyen de quitter cet endroit avant que je tourne de l’œil.

Lauren s’écarta de Paul.

— Vous êtes prêt ? demanda-t-elle à Granelli.

— Plus prêt serait presque impossible, ma chère, j’attends le signal, répondit l’anesthésiste.

— Encore quelques minutes, annonça Fernstein.

Norma posa le champ opératoire sur la tête d’Arthur. Son visage disparut sous un linge vert.

Fernstein voulait vérifier une dernière fois les clichés, il se retourna vers le panneau rétro éclairé mais ce dernier était vierge de toute image. Il fustigea Lauren du regard.

— Elles sont restées de l’autre côté de la vitre, je suis désolée.

Lauren ressortit de la pièce pour chercher les planches d’IRM. La porte du bloc opératoire se referma pendant que Norma apaisait Fernstein d’un sourire complice.

— Tout cela est inadmissible, dit-il en prenant les poignées du neuronavigateur. Elle nous réveille au milieu de la nuit, personne n’est prévenu de cette intervention, nous avons à peine eu le temps de nous préparer, il y a quand même un minimum de procédures à respecter dans cet hôpital !

— Mais mon cher collègue, s’exclama Granelli, le talent s’exprime souvent dans la spontanéité de l’imprévu.

Tous les visages se tournèrent vers l’anesthésiste. Granelli toussota.

— Enfin quelque chose comme ça ! Non ?

Les portes de la salle de préparation où Lauren recueillait les derniers comptes rendus d’analyses s’ouvrirent brusquement. Un policier en uniforme précédait un inspecteur de police. Lauren reconnut aussitôt le médecin en blouse qui la pointait du doigt.

— C’est elle, arrêtez-la tout de suite !

— Comment êtes-vous arrivés jusque-là ? demanda Lauren, stupéfaite, au policier.

— Il semblait y avoir urgence, nous l’avons emmené avec nous pour qu’il nous guide, répondit l’inspecteur en désignant Brisson.

— Je suis venu assister à votre interpellation pour tentative d’assassinat, séquestration de médecin dans l’exercice de ses fonctions, enlèvement d’un de ses patients et vol d’une ambulance !

— Si vous le permettez, docteur, je vais faire mon métier, reprit l’inspecteur Erik Brame à l’attention de Brisson.

Il demanda à Lauren si elle reconnaissait les faits. Elle inspira profondément et jura qu’elle n’avait agi que dans l’intérêt du blessé. Il s’agissait d’un cas de légitime défense…

L’inspecteur Brame était désolé, il ne lui appartenait pas de juger de cela, et il n’avait d’autre choix que de lui passer les menottes.

— C’est vraiment nécessaire ? supplia Lauren.

— C’est la loi ! jubila Brisson.

— J’en ai une deuxième paire ; si vous parlez encore une fois à ma place, dit l’inspecteur, je vous embarque pour usurpation de la fonction d’agent de la force publique !

— Ça existe ce délit ? demanda l’interne.

— Vous voulez le vérifier ? répondit Brame d’un ton ferme.

Brisson recula d’un pas, laissant le policier poursuivre son interrogatoire.

— Qu’avez-vous fait de l’ambulance ?

— Elle est sur le parking. Je l’aurais ramenée au petit matin.

Le haut-parleur crépita, Lauren et le policier se retournèrent pour voir Fernstein qui s’adressait à eux depuis le bloc opératoire.

— Pouvez-vous me dire ce qui se passe ?

Les joues de la jeune neurologue avaient viré au pourpre, elle se pencha sur le pupitre, les épaules lourdes, et appuya sur la touche de l’interphone.

— Pardon, murmura-t-elle, je suis tellement désolée.

— Est-ce que cette intrusion policière a un rapport avec le patient qui se trouve sur cette table ?

— En quelque sorte, avoua Lauren.

Granelli s’approcha de la vitre.

— S’agit-il d’un bandit ? demanda-t-il, presque extatique.

— Non, répondit Lauren. Tout est de ma faute, je suis tellement confuse.

— Ne soyez pas confuse, reprit l’anesthésiste, moi-même lorsque j’avais votre âge, j’ai fait deux ou trois plaisanteries qui m’ont valu quelques soirées en compagnie des carabinieri, leurs costumes sont bien plus élégants que ceux de votre police, d’ailleurs.

Le réanimateur fut coupé dans son élan par l’inspecteur Brame qui s’approcha du micro.

— Elle a volé une ambulance et enlevé ce patient dans un autre hôpital.

— Toute seule ? s’exclama l’anesthésiste au comble de l’excitation, mais cette fille est épatante !

— Elle avait un complice, souffla Brisson, je suis certain qu’il est dans le hall, il faut l’embarquer, lui aussi.

Fernstein et Norma se tournèrent vers le seul médecin qui ne s’était toujours pas présenté, mais à leur grande surprise il avait disparu. Recroquevillé dans le compartiment qui se trouvait sous la table d’opération, Paul ne comprenait pas comment sa soirée avait pu virer à un tel cauchemar. Il y a quelques heures, il était un homme heureux et serein qui dînait en compagnie d’une femme ravissante.