Выбрать главу

Fernstein s’approcha de la vitre et demanda à Lauren pourquoi elle avait commis un acte aussi stupide. Son élève releva la tête et le regarda, les yeux pleins de tristesse.

— Brisson allait le tuer.

— Bonsoir, professeur, dit le jeune interne, ravi. Je veux récupérer mon patient tout de suite ! Je vous interdis de commencer cette intervention, je le ramène avec moi.

— J’en doute fort, objecta Fernstein furieux.

— Monsieur le professeur, je vous invite à laisser faire le docteur Brisson, dit l’inspecteur de police, embarrassé.

Granelli recula à pas feutrés jusqu’à la table d’intervention. Il vérifia la condition d’Arthur et débrancha une électrode à son poignet. Aussitôt le signal d’alarme de l’électrocardiographe retentit Granelli leva les bras au ciel.

— Et voilà ! On parle, on parle et ce jeune homme va de plus en plus mal. À moins que ce monsieur qui nous enquiquine ne prenne la responsabilité de l’aggravation inévitable de la condition de notre malade, je pense qu’il serait temps d’opérer. De toute façon, l’anesthésie a déjà commencé et il n’est plus transportable ! conclut-il, triomphal.

Le masque chirurgical de Norma ne pouvait cacher son sourire. Brisson, fou de rage, pointa un doigt rageur vers Fernstein.

— Vous me le paierez tous !

— Je crois que nous n’avons pas fini de faire nos comptes, jeune homme, maintenant partez d’ici et laissez-nous travailler ! ordonna le professeur, en se retournant sans adresser le moindre regard à Lauren.

L’inspecteur Brame rangea sa paire de menottes et prit la jeune neurologue par le bras. Brisson leur emboîta le pas.

— Le moins que l’on puisse dire, reprit Granelli en remettant l’électrode au poignet d’Arthur, c’est que cette soirée est très originale.

Le ronronnement des appareils recouvrit le silence qui s’installa dans la salle d’opération. Le liquide anesthésiant descendit le long du tube de perfusion et entra dans les veines d’Arthur. Granelli vérifia la saturation des gaz sanguins et fit signe à Fernstein que l’intervention pouvait enfin commencer.

*

Lauren avait pris place à bord de la voiture banalisée de l’inspecteur Erik Brame, Brisson était monté dans celle du policier en uniforme. Au croisement de California Street, les deux véhicules se séparèrent. Brisson rentrait finir sa garde au San Pedro. Il viendrait signer sa plainte dans la matinée.

— Il était vraiment en danger ? demanda l’inspecteur.

— Il l’est toujours, répondit Lauren depuis la banquette arrière.

— Et ce Brisson y est pour quelque chose ?

— Ce n’est pas lui qui l’a projeté dans une vitrine, mais disons que son incompétence a aggravé la situation.

— Alors, vous lui avez sauvé la vie ?

— J’allais l’opérer quand vous m’avez arrêtée.

— Et vous faites ce genre de choses pour tous vos patients ?

— Oui et non, enfin essayer de les sauver oui, les enlever dans un autre hôpital, non.

— Vous avez pris tous ces risques pour un inconnu ? poursuivit l’inspecteur. Là, vous m’épatez.

— Ce n’est pas ce que vous faites tous les jours dans votre métier, prendre des risques pour des inconnus ?

— Si, mais moi je suis policier.

— Moi, médecin…

La voiture entra dans Chinatown, Lauren pria l’officier d’ouvrir la fenêtre, ce n’était pas vraiment réglementaire mais il accepta, ce soir il en avait assez du règlement.

— Ce type m’était très antipathique, mais je n’avais pas le choix, vous comprenez ?

Lauren ne répondit pas, la tête penchée à la fenêtre, elle respira l’air marin qui gagnait les quartiers est de la ville.

— J’aime cet endroit plus que tout, dit-elle.

— Dans d’autres circonstances je vous aurais emmenée manger le meilleur canard laqué du monde.

— Chez les frères Tang ?

— Vous connaissez l’endroit ?

— C’est ma cantine, enfin c’était, depuis deux ans je n’ai plus eu le temps d’y mettre les pieds.

— Vous êtes inquiète ?

— Je préférerais être avec eux dans la salle d’opération, mais Fernstein est le meilleur neurochirurgien de cette ville, alors non je ne devrais pas être soucieuse.

— Vous avez déjà réussi à répondre à une question seulement par oui ou par non ?

Elle sourit.

— Vous avez vraiment fait ce coup-là, toute seule ? reprit l’inspecteur.

— Oui !

La voiture se rangea sur le parking du 7e district. L’inspecteur Brame aida Lauren à descendre du véhicule. Dès qu’ils entrèrent dans le commissariat, il confia sa passagère à l’officier de permanence.

Nathalia n’aimait pas passer la nuit loin de son compagnon, mais les heures entre minuit et six heures du matin comptaient double. Plus que trois mois et elle aussi prendrait sa retraite. Son vieux flic bourru lui avait promis de l’emmener faire ce grand voyage dont elle rêvait depuis tant d’années. À la fin de l’automne ils s’envoleraient pour l’Europe. Elle l’embrasserait sous la tour Eiffel, ils visiteraient Paris et ils partiraient à Venise pour s’unir enfin devant Dieu. En amour la patience a ses vertus. Il n’y aurait aucune cérémonie, ils entreraient simplement tous les deux dans une petite chapelle, la ville en comptait des dizaines.

Nathalia entra dans la salle d’interrogatoire pour relever l’identité de Lauren Kline, une interne en neurochirurgie qui avait dérobé une ambulance et enlevé un patient dans un hôpital.

11.

Nathalia posa son bloc-notes sur la table.

— J’ai vu des choses originales dans mon métier, mais là vous battez un record, dit-elle en prenant la cafetière sur le réchaud.

Elle regarda longuement Lauren. En trente ans de carrière elle avait assisté à un grand nombre d’interrogatoires et pouvait juger de la sincérité d’un prévenu en moins de temps qu’il n’en avait fallu à ce dernier pour commettre son délit. La jeune interne décida de coopérer ; hormis la complicité de Paul, elle n’avait rien à cacher. Elle assumait ses actes. Si une situation identique se représentait, elle adopterait la même attitude.

Une demi-heure s’écoula, Lauren racontait, Nathalia l’écoutait, resservant du café de temps à autre.

— Vous n’avez pas noté un mot de ma déposition, répondit Lauren.

— Je n’étais pas là pour ça, un inspecteur viendra demain matin. Je vous recommande d’attendre un avocat avant de raconter à quiconque d’autre ce que vous venez de me dire. Votre patient a-t-il des chances de s’en sortir ?

— On ne le saura qu’à la fin de l’intervention, pourquoi ?

Si Lauren lui avait vraiment sauvé la vie Nathalia pensait que cela dissuaderait probablement les administrateurs du Mission San Pedro de se porter partie civile.

— Il n’y a aucun moyen de me laisser sortir, le temps de l’opération ? Je jure de me représenter ici demain matin.

— Il faudra d’abord qu’un juge fixe le montant de votre caution. Dans le meilleur des cas il vous recevra dans le courant de l’après-midi, sauf si votre collègue retirait sa plainte.

— N’y comptez pas, il n’a pas pu m’avoir quand nous étions à la faculté, vous pensez bien qu’il tient là sa revanche.

— Vous vous connaissiez ?

— J’ai eu à le supporter comme voisin de banc en quatrième année.

— Et il prenait un peu trop de place ?

— Le jour où il a posé ses mains sur mes cuisses, je l’ai éconduit assez brusquement.

— Mais encore ?