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— Planteur est…

— Planteur adore l’idée de devenir un martyr. Il veut mourir.

— Planteur te demande de venir lui parler.

— Non.

— Pourquoi pas ?

— Allons, Miro. Ils m’envoient un infirme. Ils veulent que je parle à un pequenino mourant. Comme si je trahirais toute une espèce parce qu’un ami moribond – qui était volontaire pour mourir, en plus – me le demande dans son dernier souffle.

— Quara.

— Oui, j’écoute.

— Vraiment ?

— Disse que sim ! aboya-t-elle. Puisque je te le dis.

— Il se peut que tu aies raison sur toute la ligne.

— Comme c’est gentil de ta part !

— Mais eux aussi.

— Impartial jusqu’au bout, hein ?

— Tu dis qu’ils ont eu tort de prendre une décision qui risquerait de tuer les pequeninos sans les consulter. Est-ce que tu n’es pas…

— En train de faire la même chose ? Qu’est-ce que je devrais faire, d’après toi ? Publier mon point de vue et demander un référendum ? Quelques milliers d’humains, des millions de pequeninos vont voter pour ta proposition, mais il y a des trillions de virus de la descolada. Majorité absolue. Affaire classée.

— La descolada n’est pas intelligente, dit Miro.

— Je te signale, dit Quara, que je sais tout sur cette dernière manœuvre. Ela m’a envoyé les transcriptions. Sur quelque colonie paumée dans l’espace, une petite Chinoise qui ne connaît rien à la xénogénétique émet une hypothèse délirante, et vous faites tous comme si elle était déjà prouvée.

— Alors, prouve qu’elle est fausse.

— Je ne peux pas. On m’a interdite de labo. C’est à vous de prouver qu’elle est vraie.

— Elle est vraie, par la règle du rasoir d’Occam : c’est l’explication la plus simple qui rende compte des faits.

— Guillaume d’Occam était un vieux pet du Moyen Âge. L’explication la plus simple qui rende compte des faits est toujours que c’est l’œuvre de Dieu. Ou peut-être… cette vieille bonne femme au détour du chemin est une sorcière. C’est elle qui l’a fait. Cette hypothèse n’est rien de plus, seulement vous ne savez même pas où est la sorcière.

— La descolada est arrivée trop brutalement.

— Elle n’est pas l’aboutissement d’une évolution, je sais. Elle est forcément venue d’ailleurs. Très bien. Le fait qu’elle ait pu être d’origine artificielle ne veut pas dire qu’elle ne soit pas intelligente maintenant.

— Elle essaie de nous tuer. Elle est varelse, et non raman.

— Oh oui, la hiérarchie de Valentine ! Bon, qu’est-ce qui me dit que la descolada est varelse et que nous sommes raman ? Autant que je le sache, il n’y a pas deux sortes d’intelligence. Varelse n’est qu’un terme inventé par Valentine pour signifier « espèce intelligente que nous avons décidé de tuer » et raman signifie « espèce intelligente que nous n’avons pas encore décidé de tuer ».

— C’est un ennemi sans pitié, incapable de raisonner.

— Autrement, ce ne serait pas un ennemi.

— La descolada n’a aucun respect pour les autres formes de vie. Elle veut nous tuer. Elle domine déjà les pequeninos. Tout ça pour pouvoir réguler cette planète et se répandre ailleurs dans l’espace.

Pour une fois, elle l’avait laissé finir une longue tirade. Cela signifiait-il qu’elle l’écoutait pour de bon ?

— Je vous accorde une partie de l’hypothèse de Wang-mu, dit Quara. Il est vraisemblable que la descolada régule la gaïalogie de Lusitania. En fait, maintenant que j’y réfléchis, c’est évident. Ça explique la plupart des communications que j’ai observées – la transmission de l’information d’un virus à l’autre. J’imagine qu’il ne faudrait que quelques mois à un message pour parvenir à tous les virus de la planète – la chose serait faisable. Mais ce n’est pas parce que la descolada régule la gaïalogie que vous avez prouvé qu’elle n’est pas intelligente. En fait, ça serait même l’inverse : la descolada, en assumant la responsabilité de la régulation globale de toute une planète, fait preuve d’altruisme. Et de sollicitude, aussi : si nous voyions une lionne se jeter sur un intrus pour protéger ses petits, nous l’admirerions. Et c’est exactement ce que fait la descolada : elle se jette sur les humains pour protéger la planète vivante dont elle est responsable.

— Comme une lionne qui protège ses lionceaux ?

— Je le pense.

— Ou un chien enragé qui dévore nos enfants.

Quara s’arrêta pour réfléchir un instant.

— Ou les deux. Et pourquoi pas ? Ici, la descolada essaie d’assurer la régulation d’une planète. Mais les humains sont de plus en plus dangereux. Pour elle, c’est nous les chiens enragés. Nous déracinons les plantes qui font partie de son système de contrôle et plantons nos propres plantes, inertes. À cause de nous, certains pequeninos ont des comportements aberrants et lui désobéissent. Nous brûlons une forêt à un moment où elle essaie d’en implanter de nouvelles. Pas étonnant qu’elle veuille se débarrasser de nous !

— Alors, elle a décidé de nous anéantir.

— Elle essaie. C’est son privilège. Quand allez-vous vous apercevoir que la descolada a des droits ?

— Et nous, alors ? Et les pequeninos ?

Nouvelle pause. Pas d’argument à lui opposer immédiatement. Ce qui donna à Miro l’espoir qu’elle était peut-être en train de l’écouter pour de bon.

— Tu sais quoi, Miro ?

— Quoi ?

— Ils ont eu raison de t’envoyer.

— Ah bon ?

— Parce que tu n’es pas dans le coup avec eux.

Ça au moins, c’est vrai, se dit Miro. Je ne serai plus jamais « dans le coup » avec personne.

— Peut-être que nous ne pouvons pas parler à la descolada. Peut-être que c’est vraiment un artefact. Un robot biologique qui applique sa programmation. Peut-être que non. Et ils m’empêchent de le savoir.

— Et s’ils t’ouvraient le laboratoire ?

— Ça ne risque pas. Si tu crois ça, alors tu ne connais pas Ela et notre mère. Elles ont décidé qu’il ne fallait pas me faire confiance, et voilà. Bon, moi, j’ai décidé qu’il ne fallait pas leur faire confiance.

— Alors, des espèces entières meurent pour une histoire d’orgueil familial !

— C’est tout ce que tu vois là-dedans, Miro ? De l’orgueil ? Tu crois que je résiste pour rien de plus noble qu’une vulgaire querelle ?

— Il y a de l’orgueil à revendre dans notre famille.

— Bon, tu peux penser ce que tu veux, mais je fais ça en mon âme et conscience, même si pour toi c’est par orgueil, par entêtement ou autre chose encore.

— Je te crois, dit Miro.

— Mais est-ce que je te crois, moi, quand tu dis que tu me crois ? C’est un cercle vicieux.

Elle se retourna vers son terminal.

— Va-t’en maintenant, Miro. Je t’ai dit que je réfléchirais, alors je le ferai.

— Va voir Planteur.

— Je réfléchirai à ça aussi, plus tard, dit-elle, les doigts suspendus au-dessus du clavier. C’est mon ami, comme tu sais. Je ne suis pas inhumaine. J’irai le voir, tu peux en être sûr.

— Bien.

Il se dirigea vers la porte.

— Miro ?

Il se retourna et attendit.

— Merci de ne m’avoir pas menacée de faire ouvrir mes dossiers par ton programme si je ne les ouvrais pas moi-même.

— Normal, non ?

— Andrew m’en aurait menacée, tu sais. Tout le monde le prend pour un saint, mais il fait toujours pression sur les gens qui ne sont pas d’accord avec lui.

— Il ne menace jamais.