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La W.T.C. était soigneusement surveillée et personne n’avait vu sortir l’instituteur. Une équipe pénétra dans les lieux, et fouilla les wagons en cours de déchargement et d’affrètement. Tout le personnel fut interrogé, et il n’y eut pas tellement de gens surpris. On liait l’événement à la mort tragique du veilleur de nuit.

Kovask apprit que le garçon engagé depuis quarante-huit heures seulement avait posé beaucoup de questions à chacun, et avait ainsi attiré l’attention sur lui.

Helliot les avait rejoints sur les lieux le plus vite possible.

— J’ai jugé inutile d’alerter le commodore Shelby. Il apprendra toujours assez tôt la chose.

Ils lui en furent reconnaissants.

— Croyez-vous que Gann ait trouvé un indice quelconque sur la cachette de sa femme, et ait voulu partir seul à sa recherche ?

— Peut-être en effet. À se demander s’il ne s’est pas emballé un peu trop vite.

Helliot ôta ses lunettes et les essuya méticuleusement.

— Vous êtes vexé mon cher. Votre confiance a été trompée n’est-ce pas ?

— Oui. Je l’avoue. Gann n’aurait jamais dû agir ainsi.

Quand le F.B.I. eut renoncé à découvrir la moindre piste il s’obstina et Helliot finit par lui serrer la main.

— Si jamais vous avez besoin de moi, n’hésitez pas.

Il les laissa et Michael soupira.

— Je crois qu’il a raison. Nous ne trouverons rien.

— Je ne capitule pas facilement, mon vieux. Shelby a dû vous le dire.

Ostensiblement l’enseigne consulta sa montre. Kovask s’emporta violemment.

— Si vous avez faim allez vous goinfrer tout seul. Vous avez voulu voir de près ce qu’était le service de renseignements. Ne vous plaignez pas des heures supplémentaires.

Michael encaissa avec bonne humeur.

— Je préférerais aller faire un tour du côté de Sacramento. Qui nous dit que notre bonhomme n’a pas filé là-bas ?

Ce n’était pas tout à fait stupide, mais Kovask se fiait à son flair et il était certain que Gann n’avait pas quitté l’entrepôt et attendait l’instant favorable pour le quitter. Il utilisait là une ruse vieille comme le monde et qui réussissait neuf fois sur dix. Helliot avait laissé des hommes autour de l’entrepôt, mais l’instituteur pouvait se glisser dans un wagon. Il n’y aurait plus de fouille désormais.

Le coup de sirène annonça la pause de midi trente. Les ouvriers et employés étaient à la journée continue, mais disposaient de trois quarts d’heure pour manger un sandwich, fumer une cigarette et boire des cafés ou du coca-cola aux deux machines distributrices.

Suivi de Michael il se dirigea vers les entrepôts, jeta un coup d’œil aux balles de farine, aux caisses de conserves de poissons, et aux piles de bois de construction attendant d’être embarqués pour une quelconque direction de la côte Ouest.

— Il peut très bien se planquer par là, dit-il.

— Bien sûr, dit Michael en furetant derrière les piles de bois.

Au-dehors Kovask s’installa sur le marchepied d’un vieux wagon de marchandises découvert et alluma une cigarette. Cette voie était envahie par les herbes et ne devait pas servir souvent. Tout au bout il y avait des butoirs rouillés.

Michael sortit de l’entrepôt et Kovask lui fit signe.

— Allez casser une croûte. Moi je vous attendrai ici.

— Comme vous voudrez, dit le garçon en s’éloignant, les mains dans les poches, et en lançant des coups de pieds dans une vieille boîte de conserve. Kovask haussa les épaules, trouvant tout de même curieux qu’Anapolis[4] n’ait pas réussi à dépouiller l’enseigne de son non-conformisme. Puis il l’oublia et, les coudes sur les genoux, la tête dans les mains concentra son esprit durant un bon quart d’heure.

Quand il se leva il se dirigea vers un vieil ouvrier qui récurait soigneusement le fond de sa gamelle, en plein soleil printanier.

— Vous aviez vu ce garçon ? lui demanda-t-il.

— Le balayeur ? Sûr. Toujours dans nos jambes avec son balai et son seau.

Kovask sourit. C’était là la solution qu’il attendait.

— Je vous remercie. Pouvez-vous m’indiquer l’endroit où il rangeait ses affaires ?

— À côté de la conciergerie, fit l’homme étonné malgré tout qu’on le remercie pour si peu.

Le gardien du jour vint avec lui vérifier les ustensiles que contenait le placard.

— Vous comprenez, c’est moi le responsable de ces trucs-là. On m’attribue tant de balais, de serpillières, de poudre à récurer et de seaux par an. Faut que je fasse gaffe !

Ayant ouvert le placard il jura.

— Le salaud ! Il a piqué un seau, un balai en nylon tout neuf et une serpillière.

Le marin faillit lui éclater de rire au nez. Il imaginait mal l’instituteur s’embarquant avec ses instruments de travail. Laissant le garde à son mécontentement, il revint au centre de l’entrepôt et commença ses recherches.

Il y avait en tout cinq quais de chargement, trois grues et trois monte-charge automobiles. La voie de raccordement se divisait en une dizaine de bras, presque tous encombrés de wagons. Deux petits locomoteurs diesel entraînaient ensuite les rames jusqu’à la gare centrale.

La reprise du travail surprit Kovask sur le quai G. Il remarqua que, plus il progressait vers un certain endroit, moins les voies étaient mal entretenues. On utilisait presque toujours les mêmes quais et le I et le J commençaient même à se délabrer sérieusement. Personne ne venait de ce côté, et il devait exister de nombreuses cachettes. Les hommes d’Helliot avaient fouillé avec leur rigueur habituelle, mais Gann avait appris la ruse et l’habileté.

Une odeur d’huile et de gas-oil le frappa au visage quand il arriva au quai J. Une fosse découverte était pleine d’un liquide noirâtre. C’était là que les diesels venaient faire leur vidange très certainement. Il constata qu’un gros tuyau déversait aussi dans la fosse des résidus venant des autres quais. Il contourna la fosse, se pencha pour examiner l’intérieur du gros tube. Il était de section suffisamment large pour laisser passer un homme même très corpulent. Peut-être drainait-il également l’eau de fonte des neiges et celle des pluies. Il hésita, sur le point d’aller chercher une lampe. Un bruit furtif l’alerta et il faillit se mettre en colère. Souriant et repu Michael venait à lui.

— Hello, trouvé un petit coin vraiment bien pour casser la graine ! Pas très loin si vous voulez y aller.

— Je n’ai pas faim, grogna Kovask avec l’impression d’avoir été dérangé au moment où son esprit allait lui donner la solution du problème.

Michael alluma une cigarette, mais Kovask la lui arracha presque des lèvres.

— Laissez ça maintenant. Il y a suffisamment de vapeurs là-dedans pour foutre le feu. Je m’étonne même que l’affiche ne soit pas en place. Voilà ce qu’il avait cherché. Parmi les différentes odeurs s’échappant de la fosse, il y avait celle plus entêtante de l’essence pure. Le gas-oil et l’huile ne pouvaient s’enflammer facilement, mais l’essence ? Sur la surface moirée de la fosse on pouvait découvrir des flaques de celle-ci.

Hargneux il chercha tout autour de lui et finit par découvrir la pancarte et son piquet. On l’avait simplement renversée. Parce que quelqu’un l’avait utilisée pour escalader un vieux transformateur inutilisé. « Défense absolue de fumer ».

— Que faites-vous ?

Il remit le piquet en place et monta sur le toit du transformateur. Regardant autour de lui il fut assez déçu de constater qu’on ne pouvait aller plus loin. Le mur de l’entrepôt se trouvait à une dizaine de mètres.

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4

L’académie navale se trouve dans cette ville.