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Conformément aux demandes iraniennes, il est convenu, d’une part, que les Moudjahidin du peuple, le principal mouvement de résistance au régime des mollahs, et leur chef, Massoud Radjavi, seront expulsés de France ; d’autre part, que les négociations en vue de régler le contentieux financier s’ouvriront dès les semaines suivantes, confiées au directeur du Trésor, Jean-Claude Trichet. De son côté, le gouvernement iranien s’engage à user de son influence au Liban pour obtenir la libération soit des huit otages français détenus à cette date, en échange d’Anis Naccache, comme je l’ai proposé à mon interlocuteur, soit de deux d’entre eux sans contrepartie de cette sorte. Le 20 juin, les journalistes d’Antenne 2, Philippe Rochot et Georges Hansen, seront de retour en France. Anis Naccache restera donc en prison.

Le 24 juillet, mon conseiller diplomatique, François Bujon de L’Estang, rencontre en secret, à Genève, à la demande des autorités iraniennes, M. Farhad-Nia, le chargé des questions internationales au cabinet du Premier ministre, Hossein Moussavi. Cet entretien vise à dresser un premier bilan du processus de normalisation en cours. Le rapport établi à ma demande par François Bujon de L’Estang, dès son retour à Paris, m’incite à un optimisme mesuré. Deux obstacles surgissent, en dépit de notre volonté commune d’aboutir, dans les meilleurs délais, à un accord politique.

Le premier tient au contentieux financier et au refus par l’Iran d’accepter l’idée d’un système de garantie bancaire proposé par les négociateurs français, idée qui se heurte, selon l’émissaire de Téhéran, à « une vive opposition de la part des membres influents du Parlement et que l’opinion publique iranienne ne pourrait en aucun cas accepter ».

La deuxième pierre d’achoppement concerne une demande nouvelle de l’Iran : la reprise de la coopération avec la France dans tous les domaines, y compris dans le domaine militaire. Demande formulée, me signale Bujon de L’Estang, « avec une particulière insistance et sous toutes les formes » tout au long de l’entretien et qui « constitue, à l’évidence, l’essentiel de ce qui justifiait la rencontre aux yeux des Iraniens ». Pressé de conclure, leur représentant a proposé que soit organisée, « dans les quinze jours qui viennent, une rencontre discrète entre deux délégations d’experts militaires pour commencer à circonscrire ce que pourrait être une coopération en matière d’armements »…

Quant aux six otages encore en captivité au Liban, le chargé d’affaires iranien se montre plutôt évasif à leur sujet, évoquant la possibilité tout au plus de convaincre l’Organisation de la justice révolutionnaire, qui les détient, d’en libérer deux autres.

Si le contentieux financier, qui doit faire l’objet d’une nouvelle réunion d’experts, la semaine suivante, ne paraît pas insoluble, il est clair que les autres sujets constituent, en revanche, des entraves plus sérieuses et inquiétantes. Cet extrait du rapport de François Bujon de L’Estang témoigne de la position très ferme du gouvernement français sur l’un et l’autre point :

Sur la coopération militaire, j’ai tenu le langage suivant :

La normalisation des relations franco-iraniennes exige un effort continu et global. Elle semble en bonne voie, mais divers progrès restent à faire. Diverses étapes restent à franchir avant que nous puissions considérer les relations comme normalisées. Lorsque les différentes difficultés encore en discussion seront résolues, nous pourrons procéder à un échange d’ambassadeurs puis souligner la réconciliation par un échange de visites ministérielles. Alors, les relations pourraient se développer sur divers plans : politique, économique et culturel. Mais tant que le processus de normalisation n’était pas achevé, nous ne pouvions pas accepter d’organiser une rencontre consacrée spécifiquement à une coopération dans le domaine des armements.

Cette réponse n’a évidemment pas satisfait M. Farhad-Nia, qui est revenu à la charge avec une grande insistance et m’a demandé de manière appuyée si nous souhaitions, dans l’avenir, n’avoir avec l’Iran que des relations sélectives, qui se développeraient dans certains domaines, mais laisseraient à l’écart la coopération militaire. Je m’en suis tenu à ce que je lui avais indiqué précédemment et j’ai insisté sur le caractère prématuré de sa demande, qui n’était pas recevable tant que le processus de normalisation n’était pas arrivé à son terme.

Otages français au Liban

J’ai indiqué avec la plus grande clarté que la prolongation de la détention des otages français au Liban constituait un obstacle majeur à la normalisation. L’opinion publique française était très sensible au douloureux problème des otages. À tort ou à raison, elle pensait que l’Iran avait des liens avec les organisations terroristes et notamment avec les ravisseurs, et qu’à tout le moins ceux-ci seraient sensibles à l’influence de la République islamique. L’opinion ne comprendrait pas qu’une normalisation intervienne avec celle-ci sans le retour préalable des otages, de tous les otages.

Aussi, nous demandions au gouvernement de la République islamique de reprendre ses efforts pour que tous les otages français soient libérés et de tout mettre en œuvre pour parvenir à une libération rapide. J’ai ajouté que nous étions disposés à libérer Anis Naccache en échange du retour de tous nos otages encore détenus au Liban.

M. Farhad-Nia a indiqué, sur ce point, que le gouvernement iranien n’avait sans doute pas sur les ravisseurs le pouvoir que nous lui prêtions. Il a rappelé que c’était strictement sur le plan de la bonne volonté que l’Iran acceptait de s’entremettre. Mais il a indiqué que, puisque le gouvernement français le lui demandait, le gouvernement iranien était prêt à continuer ses efforts pour obtenir la libération de nos compatriotes.

L’insistance sur d’éventuelles relations militaires avec la France constitue évidemment l’élément principal et le plus nouveau de cette conversation. Il est difficile de déterminer si Téhéran nourrit vraiment des illusions sur ce point. Mais il ne fait pas de doute que les Iraniens reviendront à la charge.

Le plus grand élément d’inquiétude que je retire de ce contact provient de la conjonction entre cette demande nouvelle et le mutisme absolu sur nos quatre premiers otages. Je redoute de voir se développer dans les semaines qui viennent un processus tendant à nous soumettre à un véritable chantage, dans lequel la libération des deux derniers otages d’Antenne 2[2] serait conditionnée par le règlement du contentieux financier, et celle des quatre premiers par l’obtention d’un geste de notre part sur la coopération militaire.

Un tel développement serait à l’évidence tout à fait inacceptable, et il importe, dès les prochains contacts, de l’étouffer dans l’œuf, sans doute en conditionnant la conclusion d’un accord politique sur le règlement définitif du contentieux financier à la libération des six otages, et en confirmant notre refus de toute perspective de coopération militaire tant que la guerre Iran/Irak ne sera pas terminée.

Dans les mois qui suivent, il deviendra pratiquement impossible de savoir qui prend effectivement les décisions à Téhéran et à quelle bonne porte il s’agit de frapper. La guerre de succession est déjà engagée parmi les hiérarques iraniens, ce qui rend très compliqué l’exercice du pouvoir. Le poids de l’ayatollah Khomeiny est certes déterminant, mais si ce dernier se prononce sur les décisions importantes, il ne le fait pas tous les jours et pas sur tous les sujets.

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Roger Auque et Jean-Louis Normandin.