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— Brenda a fait une copie de ce dossier avant de mourir. »

Big Jim sourit, révélant une double rangée de dents minuscules. « Une confidence en appelle une autre. Voulez-vous que je vous en fasse une ? »

Barbie ouvrit les mains : je vous en prie.

« Figurez-vous que Brenda est venue me voir et m’a raconté la même histoire. Elle m’a dit qu’elle avait donné la copie dont vous parlez à Julia Shumway. Je sais cependant que c’est un mensonge. Elle en avait peut-être eu l’intention, mais elle ne l’a pas fait. Et même si elle l’avait fait… (il haussa les épaules). Vos acolytes ont brûlé le journal de Shumway hier soir. Mauvaise décision de leur part. À moins que l’idée ne soit venue de vous ? »

Barbara se répéta : « Il existe une autre copie. Je sais où elle se trouve. Si vous me faites passer à la baignoire, j’avouerai où. Je le hurlerai. »

Rennie se mit à rire. « Voilà qui est dit avec beaucoup de sincérité, Mr Barbara, mais j’ai passé ma vie à marchander et je sais exactement quand on essaie de me bluffer. Je devrais peut-être vous faire exécuter sommairement. Toute la ville m’acclamerait.

— C’est pas si sûr, si vous n’avez pas d’abord trouvé mes coconspirateurs. Même Peter Randolph pourrait remettre cette décision en question, et ce type n’est rien qu’un lèche-cul mort de trouille. »

Big Jim se leva. Ses bajoues avaient pris une couleur de vieille brique. « Vous ne savez pas avec qui vous jouez.

— Bien sûr que si. J’ai vu des gens dans votre genre je ne sais combien de fois en Irak. Ils portaient des turbans au lieu de cravates, mais sinon, ils étaient pareils. Baratin religieux compris.

— Eh bien, vous m’avez convaincu de ne pas vous faire passer à la baignoire, dit Big Jim. C’est bien dommage, parce que je rêve depuis toujours d’assister à ça.

— Tiens, pardi.

— Pour l’instant, on va se contenter de vous garder au frais dans cette cellule. Ça vous va ? Je ne crois pas que vous mangerez beaucoup, vu que manger interfère avec la réflexion. Qui sait ? Après une réflexion constructive, vous pourrez peut-être trouver de meilleures raisons pour que je vous permette de continuer à vivre. Les noms de ceux qui sont contre moi en ville, par exemple. Une liste complète. Je vous donne quarante-huit heures. Puis, si vous n’arrivez pas à me convaincre de ne pas le faire, vous serez exécuté devant le monument aux morts sous les yeux de tout Chester’s Mill. Vous servirez de leçon.

— Vous avez vraiment très mauvaise mine, conseiller. »

Rennie l’étudia, l’air grave. « Ce sont les gens dans votre genre qui sont à l’origine de presque tout ce qui ne va pas dans le monde. Si je ne pensais pas que votre exécution puisse servir de principe unificateur pour notre communauté, qu’elle va être une catharsis dont nous avons bien besoin, je vous ferais abattre ici même par Mr Thibodeau.

— Faites ça et tout sortira, répliqua Barbie. D’un bout à l’autre de Chester’s Mill, tout le monde saura à quel genre de magouilles vous vous livrez. Essayez donc d’obtenir un consensus au cours de votre connerie de grande réunion, espèce de tyran d’opérette. »

Des veines gonflèrent au cou de Big Jim ; une autre se mit à battre au milieu de son front. Un instant, il parut sur le point d’exploser. Puis il sourit. « Bravo pour la tentative, Mr Barbara. Mais vous mentez. »

Il partit. Ils partirent tous. Barbie s’assit sur sa couchette, en nage. Il savait pertinemment que tout cela était limite. Rennie avait des raisons de le garder en vie, mais des raisons faibles. Et il y avait le mot que lui avaient fait passer Jackie Wettington et Linda Everett. Ce qu’il avait lu sur le visage de Mrs Everett laissait à penser qu’elle en savait assez pour être terrifiée, et pas seulement pour elle. Il aurait été plus sûr pour lui de tenter de s’évader à l’aide de son couteau. Étant donné le niveau de professionnalisme du poste de police de Chester’s Mill, ça ne lui paraissait pas impossible. Avec un peu de chance, faisable, même.

Il ne disposait évidemment d’aucun moyen de faire savoir aux deux femmes qu’elles devaient le laisser essayer.

Il s’allongea, mains derrière la tête. Une question le titillait plus que toute autre : qu’était devenue la copie du dossier VADOR que Brenda avait eu l’intention de confier à Julia ? Parce que cette copie n’était pas arrivée jusqu’à elle ; sur ce point, Barbie était sûr que Rennie lui avait dit la vérité.

Aucun moyen de le savoir et rien d’autre à faire qu’à attendre.

Allongé sur le dos, contemplant le plafond, Barbie s’y résigna.

SWEET HOME ALABAMA

PLAY THAT DEAD BAND’S SONG[8]

1

À leur retour, Linda et Jackie trouvèrent Rusty et les filles qui les attendaient, assis sur les marches du perron. Les deux J étaient en chemise de nuit — des chemises légères en coton et non en flanelle, comme il aurait été plus normal en cette saison. Alors qu’il n’était pas tout à fait sept heures, le thermomètre, à la fenêtre de la cuisine, affichait déjà dix-huit degrés.

En temps ordinaire, les fillettes se seraient précipitées et auraient été bien en avance sur leur père pour aller embrasser leur mère, mais ce matin-là, Rusty les distança de plusieurs longueurs. Il prit Linda par la taille et elle s’accrocha à son cou avec une vigueur presque douloureuse — l’empoignade de quelqu’un qui se noie plus qu’une étreinte amoureuse.

« Vous vous en êtes bien sorties ? » lui murmura-t-il à l’oreille.

Les cheveux de Linda lui caressèrent la joue pendant qu’elle hochait la tête. Puis elle se dégagea. Ses yeux brillaient. « J’étais certaine que Thibodeau allait regarder dans les céréales, c’est Jackie qui a eu l’idée de cracher dedans, un coup de génie, mais j’étais sûre et certaine

— Pourquoi tu pleures, maman ? demanda Judy, qui paraissait elle-même sur le point de fondre en larmes.

— Je ne pleure pas, dit Linda en s’essuyant les yeux. Oui, bon, un peu. Parce que je suis tellement contente de voir votre papa.

— On est toutes contentes de le voir, s’écria Janelle à l’intention de Jackie. Parce que mon papa, c’est le PATRON !

— Première nouvelle », dit Rusty.

Il embrassa Linda sur la bouche, vigoureusement.

« Sur la bouche ! » s’exclama Janelle, fascinée.

Judy se cacha les yeux et pouffa.

« Venez, les filles, dit Jackie. Un tour de balançoire. Après, vous irez vous habiller pour l’école.

— L’école ? s’étonna Rusty. Sérieusement ?

— Sérieusement, dit Linda. Seulement les petits, à East Grammar School. La demi-journée. Wendy Goldstone et Ellen Vanedestine se sont portées volontaires pour faire la classe. Jusqu’à trois ans dans une salle, de quatre à six dans une autre. Je ne sais pas s’ils apprendront grand-chose, mais au moins les gosses ont-ils un endroit où aller, c’est un semblant de normalité pour eux. Espérons. » Elle leva les yeux vers le ciel, lequel, s’il était sans nuages, avait une couleur jaunâtre. Tel un œil bleu envahi par la cataracte, pensa-t-elle. « Un peu de normalité ne me ferait pas de mal à moi non plus. Regarde-moi ce ciel. »

Rusty y jeta un bref coup d’œil, puis tint sa femme à bout de bras pour l’étudier. « Vous êtes sûres que ça a marché ?

— Oui. Mais de justesse. Le genre de truc qu’on trouve peut-être marrant dans les films d’espionnage, mais dans la réalité, c’est affreux. Je ne participerai pas à son évasion, mon chéri. À cause des filles.

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8

Chanson antiraciste de Neil Young.