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— Ce sera très bien.

— Mr. Smith aura donc tout le temps de se confesser en paix. Permettez, j’ai un coup de téléphone à donner. » Il sortit.

« Jubal, dit Jill. Ça ne me plaît pas du tout. On nous a délibérément manœuvrés pour que Digby puisse voir Mike seul.

— C’est évident.

— Ils n’ont pas le droit ! Je vais y aller et dire à Mike qu’il est temps de rentrer.

— À votre guise. Mais vous couvez trop Mike. Si Digby essaie de le convertir, c’est peut-être le contraire qui se produira. Les idées de Mike sont difficiles à ébranler.

— Quand même. Je n’aime pas ça.

— Détendez-vous. Mangez un morceau.

— Je n’ai pas faim.

— Le jour où je refuserai un repas gratuit, ils me ficheront à la porte de la Guilde des Auteurs. » Il empila du jambon de Bayonne sur des toasts beurrés, assaisonna le tout de divers ingrédients et se mit à mâcher.

Dix minutes passèrent. Boone n’était toujours pas de retour. Jill se leva. « Jubal, je vais sortir Mike de là.

— Allez-y. »

Elle avança d’un pas décidé vers la porte. « Elle est fermée !

— Cela ne m’étonne pas.

— Il faudrait l’enfoncer. »

Jubal approcha. « Hum… il faudrait un bélier et vingt hommes. Cette porte ferait honneur à une chambre forte.

— Que faire, alors ?

— Essayez de frapper ? Je vais voir où est passé Boone. »

Jubal eut à peine le temps de sortir : Boone revenait. « Désolé de vous avoir fait attendre. J’ai dû faire chercher votre chauffeur par un chérubin. Il était en train de déjeuner dans une Chambre Heureuse.

— Sénateur, dit Jubal fermement, il faut que nous partions, Si vous voulez bien prévenir l’évêque Digby ? »

Boone parut ennuyé. « Je peux téléphoner, si vous insistez, mais je ne peux pas déranger l’évêque suprême au cours d’une audience privée.

— Téléphonez-lui, alors. »

Boone fut tiré d’embarras : la porte s’ouvrit et Mike sortit. Jill le regarda soucieusement. « Cela va, Mike ?

— Oui, Jill.

— Je vais dire à l’évêque suprême que vous partez », dit Boone en entrant dans la petite chambre. Il en ressortit immédiatement. « Il est parti, leur annonça-t-il. Comme les chats qui sortent de la cuisine, il dit rarement au revoir. C’était une plaisanterie, mais il dit que les adieux n’ajoutent rien à notre bonheur. Ne soyez pas offensés, cela lui arrive souvent.

— Du tout, du tout. Merci pour cette passionnante expérience. Non, ne vous donnez pas la peine. Nous trouverons notre chemin. »

24

« Alors, Mike, dit Jubal lorsqu’ils eurent décollé. Qu’en pensez-vous ? » Mike secoua la tête. « Je ne gnoque pas.

— Vous n’êtes pas le seul, mon garçon. Que voulait vous dire l’évêque ? »

Mike hésita longtemps avant de répondre. « Jubal mon frère, j’ai besoin de méditer avant de pouvoir le gnoquer.

— Allez-y, Mike, méditez.

— Jubal ? dit Jill. Comment s’en tirent-ils ?

— De quoi ?

— De tout ça. Ce n’est pas une église… c’est un asile d’aliénés.

— Non, Jill. C’est une église… l’église éclectique qui convient à notre époque.

— Quoi !

— La Nouvelle Révélation n’a rien de nouveau. Ni Foster ni Digby n’ont eu une seule idée originale. Ils se sont contentés de ramasser de vieux débris ayant déjà beaucoup servi – une couche de peinture fraîche, et ils se sont lancés dans les affaires. Et les affaires marchent ! La seule chose qui m’embête, c’est qu’un beau jour ils finiront par la rendre obligatoire pour tous.

— Ce n’est pas possible !

— C’est possible. Hitler est parti de moins que cela et sa marchandise était la haine. La joie se vend encore mieux. J’en sais quelque chose : je suis dans la même branche, comme Digby n’a pas manqué de me le faire remarquer. » Jubal grimaça. « J’aurais dû lui fiche mon poing sur la g… Mais non, cela me fit même plaisir. Voilà pourquoi j’ai peur de lui : il est malin. Il sait ce que les gens veulent. Le bonheur. Après un long siècle de peur et de culpabilité, Digby dit aux gens qu’ils n’ont rien à craindre, ni dans cette vie ni dans l’autre, et que Dieu leur demande d’être heureux. Jour et nuit, sans cesse, il leur enfonce cela dans la tête : n’ayez pas peur, soyez heureux.

— Cela, c’est plutôt bien, admit Jill, et il travaille dur. Mais…

— Peuh ! Il joue la comédie, voilà tout.

— Je ne crois pas. Il m’a donné l’impression d’être réellement dévoué à sa tâche, et de tout sacrifier à…

— Peuh ! ai-je dit. De toutes les stupidités qui ont cours dans le monde, le concept d’« altruisme » est le pire. Les gens font, toujours, ce qui leur plaît. Si un choix est douloureux, s’il ressemble à un « sacrifice », soyez certaine que cela n’a rien de plus noble que les désagréments que cause l’avidité… la nécessité d’avoir à choisir entre deux choses parce qu’on ne peut pas avoir les deux. L’homme de la rue souffre chaque fois qu’il doit choisir entre dépenser un dollar pour boire de la bière ou le mettre de côté pour les enfants, entre se lever pour aller au travail ou perdre son emploi. Mais il choisit toujours ce qui fait le moins mal ou procure le plus grand plaisir. À une échelle différente, le saint et la canaille font les mêmes choix. Digby aussi. Saint ou canaille, il n’est pas à plaindre.

— Et que pensez-vous qu’il soit, Jubal ?

— Y a-t-il une différence ?

— Jubal ! Votre cynisme n’est qu’une affectation ! Vous savez parfaitement qu’il y a une différence.

— Bon, bon, il y en a une. Mais j’espère qu’il est une canaille… parce qu’un saint peut faire dix fois plus de mal. Non, biffez cela : vous le taxeriez de « cynisme » comme si cela suffisait pour prouver que c’est faux. Dites-moi plutôt ce qui vous a choqué dans ces cérémonies ?

— Eh bien… tout. Vous ne me convaincrez jamais qu’il s’agissait d’un culte, d’une cérémonie religieuse.

— Ce qui signifie qu’ils ne font pas pareil que dans la petite église où vous alliez quand vous étiez enfant ? Allons, allons, Jill ! À Saint-Pierre non plus ils ne font pas pareil, ni à La Mecque.

— Soit, mais… ils ne font pas non plus comme ça ! Des danses, des machines à sous… un bar même ! Cela n’a même plus de dignité !

— La prostitution sacrée en avait-elle ?

— Hein ?

— Je pense que le spectacle de la bête à deux dos est aussi comique dans un contexte religieux qu’autrement. Quant aux danses… avez-vous assisté au culte des Shakers ? Moi non plus, d’ailleurs. Mais une église opposée aux relations sexuelles ne dure pas longtemps. L’histoire de la danse à la gloire de Dieu est longue. Inutile que ce soit artistique – les Shaker n’auraient jamais pu entrer au Bolchoï – à condition qu’il y ait de l’enthousiasme. Trouvez-vous les Danses de Pluie des Indiens irrévérencieuses ?

— Ce n’est pas pareil.

— Rien n’est jamais pareil – et plus ça change, plus c’est la même chose. Quand aux machines à sous… avez-vous déjà vu jouer au bingo[2] dans une église ? »

Jill rougit. « Oui… Notre église s’en servait pour payer les hypothèques. Mais seulement le vendredi soir – jamais pendant les services, oh non !

— Vraiment ? Vous me rappelez une femme qui était très fière de sa vertu : elle ne couchait avec d’autres hommes que lorsque son mari était absent.

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2

Sorte de jeu de loto très joué aux États-Unis. (N.d.T.)