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— Allons manger quelque chose à la Pizzeria du Hilton, proposa Green.

Eleonore Ricord entra au moment où il allait répondre. Avec des bottes argent et une minirobe assortie. Particulièrement appétissante. Malko se dit qu’elle ferait un très bon repos du guerrier.

Avant le combat.

— Va pour la Pizzeria, dit-il. Si Miss Ricord nous fait l’honneur de sa présence…

* * *

— Ça y est ! annonça triomphalement Richard Green.

Malko regardait fasciné, les lettres imprimées sur la bande du télex : ARMAGEDDON, ARMAGEDDON, ARMAGEDDON. Cela pouvait aussi s’épeler pour Malko : danger de mort immédiate.

Richard Green et lui sortirent de la petite salle des télex au premier étage de l’ambassade.

Malko, soucieux, demanda :

— Qui a envoyé la confirmation ? C’est le chef du desk « Middle East » ?

— Non, admit Richard Green. Il est en vacances. C’est son adjoint, un vieux copain à moi. Nous étions ensemble à Pleiku. C’est un type comme ça ! Pas une couille molle de bureaucrate.

Malko ne releva pas. La manœuvre était claire. Richard Green faisait partie du groupe qui, au sens de la « Company », regrettait les méthodes expéditives des débuts de la CIA. Quitte à mettre leurs supérieurs devant le fait accompli. À leurs yeux, la sécurité de Henry Kissinger justifiait tous les risques.

Malko se résigna. Son fatalisme slave le reprenait. Mais il abhorrait ces méthodes peu sophistiquées.

— Quel est votre plan ? demanda-t-il à Green lorsqu’ils furent revenus dans le bureau.

— Très simple, affirma l’Américain. Je me suis renseigné. Le camion-citerne que nous avons vu va tous les jours ravitailler Wafra à la même heure. Nous allons l’attendre, lui emboîter le pas. De cette façon, les Palestiniens ne nous verront pas arriver. On les arrosera au Kalachnikov et à la grenade. En trois minutes, ce sera fini.

— Au Kalachnikov ? s’étonna Malko. Je croyais que vous aviez des M. 16 ?

Richard Green sourit d’un air finaud.

— L’attaché militaire m’a dépanné. On aura des Kalachnikov. Comme ça, s’il y a une enquête, on croira à un règlement de compte entre Palestiniens.

— Et si l’un de nous trois est tué ?

— Nous ramènerons le corps dans la voiture.

Il avait réponse à tout.

Malko plongea ses yeux dorés dans les siens.

— Et si nous sommes TOUS tués. Qui nous ramènera ?

— Soyez pas idiot, fit Green. Ce sont des Arabes. J’ai fait trois ans de commando. Si vous avez les jetons, dites-le.

Malko n’insista pas. Puisqu’on allait au massacre, autant y aller gaiement.

— Espérons que le camion ne tombera pas en panne. Sinon, cela va ressembler à la charge des cavaliers polonais contre les chars allemands en 1939. Un cousin à moi a cessé définitivement d’y croire au miracle.

— O.K., fit Richard Green. Rendez-vous demain matin à huit heures. Le camion passe entre dix et onze.

Cela nous laisse de la marge.

* * *

— Nom de Dieu, qu’est-ce qu’il fait ? grommela Richard Green.

Il était huit heures et demie.

Pour la dixième fois en dix minutes, il décrocha son téléphone et composa le numéro de son ami iranien. Sans plus de succès que les neuf autres fois précédentes. Malko buvait du petit-lait.

— Vous ne connaissez pas les Iraniens, remarqua-t-il. Ils ne disent jamais « non », mais ils ne font jamais « oui ».

Le front bas de Richard Green était plissé de contrariété. Il raccrocha violemment en jurant entre ses dents. Dans un coin, Eleonore Ricord, en blue-jeans et tricot moulant bleu ne disait rien. Tendue et angoissée. Les Kalachnikov étaient déjà à l’arrière de la « Station-Wagon », dans une cantine métallique. Avec assez de chargeurs pour gagner la guerre de Sécession.

Richard Green se renseigna encore auprès du poste de garde, demandant si l’Iranien ne l’attendait pas en haut. Malko avait envie de lui dire qu’il était probablement en train de courir à toutes jambes vers Téhéran ou de rédiger un rapport pour la SAVAC[8] sur la crédulité du chef de station de la CIA.

— On ne peut plus attendre, à cause du camion ! explosa l’Américain. On y va.

Ses petits yeux gris semblaient s’être encore enfoncés. Il portait une sorte de battle-dress avec des poches partout. Bourrées de grenades diverses. Un vrai commando. Plus modestement, Malko n’avait que son pistolet extra-plat. Et un de ses éternels costumes d’alpaga noir. Il avait horreur de se déguiser en guerrier.

— Nous n’attendons plus votre ami ? demanda-t-il perfidement.

Richard Green fit comme s’il n’avait pas entendu. Ils sortirent du bureau en silence… La « Station-Wagon » était garée hors de l’ambassade, un peu plus loin. Ils prirent place dans la voiture. Richard Green conduisait. Il tourna à droite pour rejoindre le bord de mer.

Malko laissa son regard errer sur la mer qui était grise et noire à cause de la pollution. Son esprit était ailleurs. Tout son flegme slave l’avait repris au moment du danger. Il se demanda si Eleonore se formaliserait s’il lui demandait une marque d’affection légèrement teintée d’érotisme pendant leur voyage.

Hélas, elle était assise à l’arrière. Il se retourna, rencontra son regard et découvrit qu’elle pensait à la même chose. Ses lèvres étaient entrouvertes, elle fixait Malko de ses grands yeux marron avec une expression ambiguë, apeurée et en même temps, terriblement complice.

La peur agissait sur elle comme un stimulant érotique. Malko pensa aux sages couples anglais qui faisaient furieusement l’amour sous les bombardements.

Il passa son bras par-dessus le dossier de la banquette et ses doigts rencontrèrent tout naturellement le genou de la Noire.

Concentré sur sa conduite et sur sa croisade, Richard Green ne s’apercevait de rien.

* * *

Richard Green emboîta un chargeur dans le Kalachnikov avec un claquement sec et posa l’arme à côté d’un autre semblable sur la plage arrière de la « Station-Wagon ». Puis il tendit à Malko une ceinture de toile contenant huit chargeurs et s’en boucla une semblable autour de la taille.

La plage arrière du véhicule disparaissait sous les fusils d’assaut et les chargeurs. Eleonore contemplait le spectacle sans rien dire. Le silence du désert était absolu. Seul, le vent soufflait violemment de l’est. Au loin, on apercevait les flammes de plusieurs torchères. Mais, là où ils se trouvaient, il n’y avait rien. Que la « ferme » palestinienne, très loin en contrebas. Malko l’avait longuement observée à la jumelle, sans rien découvrir d’anormal. Quelques Palestiniens faisaient de la culture physique dans la cour. Peut-être que le plan de Richard Green avait une chance de réussite.

Il ne manquait plus que le camion d’eau.

Ils s’assirent à l’ombre de la « Station-Wagon », sur une bâche, dissimulés à la vue de la « ferme ».

10 heures 45. Malko se dit que le camion-citerne avait peut-être crevé… Ou que l’usine de dessalement s’était mise en grève. Le ciel était immaculé et on cuisait au soleil.

Soudain, Eleonore Ricord poussa un hurlement, désignant quelque chose à quelques mètres d’eux. Malko sursauta, aperçut quelque chose de jaunâtre, de la taille d’une soucoupe, qui se déplaçait rapidement. Richard Green ramassa une pierre et la jeta.

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8

Police secrète politique iranienne.