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— Je suis prêt, confirma Malko.

Les seize hommes du commando prirent place les premiers sur les deux banquettes de toile dans l’axe de l’appareil. À l’arrière, il y avait un mortier de « 60 » et ses munitions plus une mitrailleuse MG 34. Les trois colonels des services spéciaux possédaient un stock de grenades aveuglantes.

Malko prit place à l’extrémité avant de la banquette gauche, juste en face de la grande ouverture rectangulaire. Au-dessus de chaque porte était accroché un canon de 20 mm orientable, permettant de balayer le sol. Le jour commençait à tomber. Ils avaient environ une heure de vol, jusqu’à leur objectif.

— On y va, annonça le major van Haag.

Il s’assit en face de Malko sur un siège de toile, PM sur les genoux. Visiblement heureux d’abandonner ses tâches bureaucratiques.

Sifflement, hurlement des turbines, le Puma vibrait de tous ses boulons et on s’entendait à peine. Par précaution, les pilotes avaient distribué du coton à tout le monde. Sinon, les tympans risquaient d’y passer… Le Puma roula un peu, s’éleva au-dessus de Zeerust et prit la direction de l’ouest. Très vite, dès qu’il eut franchi les dernières collines, il descendit et se mit à voler à cinquante pieds au-dessus du bush.

C’était impressionnant ! Les arbres clairsemés blanchis par la sécheresse ressemblaient à des moignons décolorés. Pas âme qui vive. De temps à autre, une piste sablonneuse coupait le bush, zigzaguant vers l’infini. Le bruit de l’hélico faisait fuir les animaux. Des impalas, trois girafes courant maladroitement. À perte de vue, il n’y avait que le soi sablonneux plat et désolé. Pas un village. Les guérilleros avaient bien choisi leur endroit. Les rares pistes étaient accessibles seulement par temps sec et avec des véhicules légers.

Parfois, un trou d’air les rapprochait dangereusement du sol qui renvoyait alors les gaz d’échappement au niveau de la cabine. On se serait cru dans un four.

La nuit tomba brutalement. Malko se pencha en avant. Pas une lumière en vue aussi loin que le regard pouvait porter. En face d’eux, c’était le désert du Kalahari, un des pires du monde. Le Puma continuait à foncer au ras du bush, sautant parfois une bosse de terrain, invisible, sauf à très courte distance… Les hommes semblaient somnoler, se concentrant en vue de l’action. Carl van Haag posa une carte sur ses genoux et alluma une mini-torche électrique, faisant signe à Malko.

— Nous allons arriver au Molopo, expliqua-t-il. Nous le franchissons et nous volons au-dessus du Botswana. Jusqu’à ce que nous rencontrions la piste Khakkea-Werda. Nous reprendrons alors la direction du sud, pour retraverser le Molopo. En continuant au même cap, nous trouverons facilement la ferme en question.

La lampe s’éteignit. Au-dessous du Puma apparut une bande plus sombre : le Molopo aussitôt avalé par l’obscurité. Malko admirait le pilote de voler si bas. Au moindre pépin, c’était l’éclatement… Il valait mieux ne pas y penser. Malko se redressa : ils approchaient de l’action. Le vent avait fraîchi. Quelques minutes plus tard, l’appareil vira à gauche. Il fallait vraiment des yeux de lynx pour distinguer la bande plus claire de la piste qui filait, rectiligne, direction nord-sud, à travers le bush. Il lui sembla que le Puma était encore descendu. Il avait l’impression de pouvoir toucher du doigt la cime des épineux.

Une lumière rouge s’alluma à l’avant, doublée d’un klaxon. Les hommes s’ébrouèrent, vérifièrent leurs armes. Il y eut des claquements de culasse, des cliquetis métalliques. La voix du pilote leur parvint quelques secondes plus tard, déformée par le haut-parleur :

— Objectif en vue.

Impossible de descendre plus bas. Le Puma s’inclina légèrement sur le côté, cherchant un endroit où atterrir.

— Véhicule en vue, annonça la même voix.

— Ils sont là ! exulta le major van Haag.

Le Puma était incliné à trente degrés. Malko se pencha en avant, retenu seulement par sa ceinture de sécurité. Avec l’impression d’être prêt à glisser dans le vide. Il vit une masse noire, tranchant sur la pénombre plus claire et tout à coup, une grande flamme rouge venant du sol. Suivie d’une traînée lumineuse qui approchait à toute vitesse.

— Missiel voor[40] ! hurla le pilote.

La gorge de Malko se noua. Quelques hommes crièrent et une fraction de seconde plus tard, une explosion terrifiante au-dessus d’eux ébranla tout l’appareil. L’hélicoptère se mit à tomber comme un ascenseur décroché. Malko avait débouclé sa ceinture pendant la chute. Instinctivement, il se jeta, dans le vide, avant même qu’il ait touché le sol. Il vit le Puma rebondir comme un ballon, aperçut d’autres corps qui en jaillissaient puis le gros hélicoptère rebondit sur le côté et retomba trente mètres plus loin. Malko était encore sur le sol, KO, quand le Puma explosa dans un fracas d’enfer, projetant des débris enflammés à plusieurs dizaines de mètres. Le souffle brûlant lui rôtit le dos.

Puis l’obscurité et le silence retombèrent, troublés seulement par l’incendie. Pas un cri : tous ceux qui se trouvaient à bord avaient péri sur le coup, carbonisés, asphyxiés, déchiquetés. Il se remit debout, regarda autour de lui, aperçut une silhouette qui rampait et courut vers elle. C’était Carl van Haag, hagard, les sourcils brûlés, l’air fou.

— Die vuilgoed ! Die vuilgoed[41] !

C’est tout ce qu’il pouvait répéter. Malko entraîna le major à l’abri d’un arbre. Au passage, ils retrouvèrent un autre officier qui titubait, l’uniforme en lambeaux, et l’emmenèrent. Ceux qui avaient abattu le Puma n’étaient pas loin et pouvaient vouloir les achever… Ils entendirent soudain un véhicule démarrer et s’éloigner. Leurs agresseurs.

— Il faut aller voir nos gars ! cria van Haag.

Ils coururent jusqu’à l’hélicoptère, qui continuait à se consumer. Butant au passage sur le corps d’un des pilotes, carbonisé. Impossible d’approcher des débris du Puma : la chaleur était trop forte. C’était vraisemblablement un Sam 7 qui l’avait touché. Les trois hommes se laissèrent tomber dans l’herbe, regardant l’appareil brûler, anéantis.

Ils se trouvaient à une centaine de kilomètres du poste de police sud-af le plus proche. Heureusement, le contrôle avait dû entendre le cri désespéré du pilote juste avant l’impact. Le fait de ne plus pouvoir entrer en contact avec lui l’alerterait.

Van Haag tourna vers Malko son visage brûlé et murmura :

— Elle nous a bien eus !

Malko ne répondit pas, ivre de rage et de honte. Il se sentait terriblement responsable de ce massacre inutile. Une belle embuscade. Dire qu’ils se sentaient si forts avec leur machine volante dont il ne restait que quelques ferrailles déchiquetées.

C’était déjà un miracle qu’ils aient survécu tous les trois pour raconter ce qui s’était passé. Malko revit la tête écrasée de Ferdi et le cadavre de Johanna. Cette mission était maudite. Ils avaient eu affaire à des adversaires diaboliques et sans scrupules.

Puis, ils demeurèrent silencieux dans une torpeur morbide, regardant brûler ce qui restait du Puma. Parfois, le vent leur apportait une horrible odeur de chair calcinée.

* * *

Il ne restait plus qu’une lueur rougeoyante à l’endroit où le Puma s’était écrasé, lorsqu’un Sikorski 160 surgit de la nuit. L’appareil tourna d’abord lentement au-dessus des débris, puis alluma ses phares, découvrant les trois hommes qui lui faisaient signe. L’hélico se posa à côté d’eux. Il n’y avait que deux hommes à bord : le pilote et un colonel.

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40

Missile à l’avant.

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41

Les salauds ! Les salauds !