Cependant, et on ne pourra être d'accord avec M. Austin à ce sujet, le droit de commercer à Naucratis n’était en aucune façon réservé aux seuls citoyens des cités qui étaient membres de l'Hellénion ou qui possédaient là un sanctuaire particulier[142]. Hérodote ne dit rien de tel, et la documentation épigraphique n’autorise pas davantage une telle conclusion. Les inscriptions dédicatoires sur céramique sont peu nombreuses par rapport à l’effectif total de cette catégorie d’inscription. A. Bernand en a dressé la liste, mais on doit à notre sens en retrancher les quatre “Égyptiens” et le “Chalcidien” : Aigyptios et Chalkideus sont bien attestés aussi comme anthroponymes. Les inscriptions où apparaît Aigyptios sont trop fragmentaires pour qu’on puisse savoir s'il s’agit du nom ou de l’ethnique. Dans la dédicace Χαλκιδ[εὺς ἀνέ]θηκεν [Ἀφρο]δίτῃ. il s’agit nécessairement d'un anthroponyme[143]. Restent donc un Clazoménien, trois Mytiléniens, un Rhodien, quatre Téiens, deux Phocéens, huit Chiotes et un Syracusain, soit un effectif de vingt ethniques. Tous, sauf celui du Syracusain, correspondent à des cités membres de l'Hellénion. On se gardera certes de toute projection “statistique” systématique (sauf dans le cas des Chiotes peut-être, qui paraissent sensiblement plus nombreux). On noiera aussi que trois cités de l’Hellénion (Halicarnasse, Cnide et Phasélis) ainsi que Milet, Samos et Égine n’apparaissent pas dans cette liste – même si, pour Milet, on possède de nombreuses dédicaces à “l'Apollon de Milet”, et une à “l’Apollon de Didymes[144]. Les ethniques qu’on trouve dans des inscriptions sur pierre n’enrichissent guère ce dossier[145]. Très probablement, donc, les marchands originaires des douze cités mentionnées par Hérodote se taillaient la part du lion dans le commerce de Naucratis. Mais la seule dédicace du Syracusain suffit à prouver que le trafic ne leur était pas réservé, et que, entre autres, des Grecs d’Occident pouvaient eux aussi venir commercer sur les rives du Nil[146]. C’est ce que nous paraît confirmer la plus grande diversité des monnaies d’époques diverses (ve fin ive s.) trouvées à Naucratis, sans parler des monnaies de provenances variées des trésors égyptiens, qui comme on sait, posent des problèmes spécifiques[147]. On a ainsi mis au jour une monnaie de Syracuse (à rapprocher de la dédicace mentionnée précédemment), deux de Cyrène, des monnaies de cités ou peuples du Sud de l’Asie Mineure (Mallos, Sidè, Lycie), ainsi que de Chios, Samos, Égine et Athènes, toutes en argent, auxquelles on peut ajouter des bronzes d’Erythrées, Cnide, Rhodes, Phasélis et Chypre de la lin du ive s. Même si l'on ne pourra évidemment jamais prouver que telle monnaie a été effectivement apportée par des marchands originaires de la cité d’émission, cette diversité des monnayages paraît globalement correspondre à la diversité d'origine des marchands qui fréquentaient Naucratis. A l’évidence, pour les cités de l’Hellénion, la gestion de l'emporion s’entendait comme un privilège par rapport aux commerçants originaires des autres cités (et pas seulement Milet, Samos et Égine), et non comme “l’autogestion” d’un club fermé. Telle était aussi l’originalité de Naucratis.
3.1. Tout ce qui vient d'être exposé suppose le rejet des traditions tardives relatives à l'antique fondation d'une “cité” de Naucratis par les Milésiens. Peut-être ces derniers fondèrent-ils effectivement un teichos sur la bouche bolbitine du Nil, comme le veut Strabon[148] Mais un teichos n'est pas une cité[149]. Les traditions qui remontent à l’époque hellénistique et qui présentent Milet comme la métropole de nombreuses cités du Pont Euxin, d’Egypte et d’ailleurs sont plus douteuses s’agissant de l’Égypte[150]. A une époque où Milet développe une politique systématique d’isopolitie avec différentes cités du monde grec, il pouvait être commode de faire de certaines d’entre elles d’anciennes colonies[151] Pour Naucratis, le récit de Strabon est manifestement contraire à ce que dit Hérodote et à ce que montre l’archéologie[152]. On doit au reste remarquer que la fondation de Poseidonia, en Italie, est décrite par Strabon sous la même forme que celle de Naucratis, mais, sur ce site, les fouilles ont montré que les choses se sont effectivement passées de cette manière : d’abord un simple teichos, un point d'appui (crée par des Sybarites probablement), en un site facilement défendable, un promontoire rocheux s’avançant dans la mer ; la création de la polis s’est opérée ensuite, par un déplacement vers le nord et l’occupation d'une chôra[153]. Revenant à Naucratis, on a le sentiment que Strabon plaque sur l'histoire de cette ville un schéma tout fait – sans doute valable ailleurs, mais en l’occurrence déplacé.
Reste donc le problème de savoir à quel moment Naucratis devint effectivement une cité. Est-ce dès avant l’arrivée d'Alexandre, ou après, à la faveur de la domination gréco-macédonienne sur l’Égypte ? Pour le ive s. on possède un certain nombre de documents, dont au moins un décret de proxénie athénien, daté de 349/348, en faveur d’un certain Théogénès, fils de Xénoklès, Naukratitès, ainsi qu’un fragment de ce qui est probablement un décret honorifique, antérieur à 353/352, en l’honneur d'un “fils de Diodoros” (le nom est manquant), Naukra[titès][154]. D’autre part, un certain nombre de documents du ive s. (stèles funéraires, signature d'artiste, listes d’offrandes, et aussi un fragment de décret honorifique delphien) venant de différentes parties du monde grec font eux aussi connaître des Naukratitai[155]. On constate ainsi que le formulaire ordinaire ne semble pas différent de celui qu'on rencontre dans les documents concernant des Naukratitai et datant eux de l’époque hellénistique[156]. Cela est-il suffisant pour affirmer, comme le fait M. Austin, que Naucratis était nécessairement une véritable cité dès avant la conquête d'Alexandre[157] ? Nous ne le pensons pas. Il est clair, comme on l’a vu, que la nomination d'un proxène n’implique pas en soi l’existence d’une cité. Mais l’appellation Naukratitès elle-même ne suffit pas non plus pour que l’on puisse tirer cette conclusion.
D’une part, en effet, deux graffiti remontant au ve s. sans doute et provenant du Memnonion d'Abydos font connaître l’un un certain Τίμαρχος ὁ Δαφναΐτης, l’autre un Χαρίανδρος ὁ Στράτωνος Μεμφίτης[158]. Il s’agit de Grecs établis en Égypte, et pour eux “l’ethnique” indique seulement la ville où ils résident, Daphné, la ville des mercenaires grecs, ou Memphis. Bien évidemment, on n’en conclura pas que Daphné ou Memphis étaient des cités grecques en pays égyptien. L’existence d’un “ethnique” est donc une condition nécessaire, mais pas en soi suffisante pour qu’on puisse conclure à l’existence d’une cité. D’autre part, un détail mérite d’être relevé. Dans deux inscriptions du ive s., on précise en effet : Ναυκρατίτης ἐξ Αίγυπτου “Naucratite d’Égypte”. C’est le cas dans la dédicace delphique FD, III.5, nº 3, où l’expression apparaît parallèlement à l’ethnique simple Naukratitès[159]. C’est le cas également dans un décret de proxénie d’Ios public par F. Lenormant, célèbre faussaire, et rangé en conséquence, dans IG, XII.5, dans la catégorie des inscriptions “douteuses et incertaines”, nº 19[160] Mais, 1. 1, la restitution de Lenormant, Ναυ[κρατίτ]ην ἐξ Αἰ[γύπτου] ? et l'authenticité de ce texte, nous paraissent corroborées par l’inscription de Delphes, dont on doit noter qu’elle a été découverte en 1896 seulement, soit près de trente ans après la publication de Lenormant (1867) – sauf parallèle antérieur nous ayant échappé. Cela nous incite donc a considérer ce texte comme authentique. S’agit-il seulement, par cette formule, de préciser la localisation de Naucratis ? Tout le monde devait pourtant savoir où se trouvait cette ville, et l’on ne voit pas qu'on ait donné une précision de cet ordre s’agissant de cités grecques, même établies dans des contrées lointaines. L’expression aurait-elle une valeur juridique précise “Naucratis qui fait partie de l’Égypte”[161] Il est difficile de trancher. Du moins doit-on noter que la précision “Naucratite d’Égypte” laisse ouverte la possibilité d’un maintien, sous une forme identique ou légèrement modifiée, de l’ancien système mis en place par Amasis. En tout cas les plus anciennes monnaies de Naucratis que nous possédons portent au droit la légende ΑΛΕ(ΞΑΝΔΡΟΣ), ce qui ne permet donc pas d’affirmer l’existence d’une cité antérieurement à la conquête d’Alexandre[162].
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Austin 1970, 25. Sa liste des commerçants fréquentant Naucratis, p. 25-27, se limite aux seuls ressortissants des cités mentionnées par Hérodote, ce qui est abusif.
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Liste des ethniques dans Bernand 1970, 773. Aigyptios : ibid., 680, nº 392 ; 722, nº 803 ( ?) ; 723, nº 827 ( ?) ; 730, nº 900. Chalkideus, 699, nº 570. Sur le nom Aigyptios, voir en dernier lieu Austin 1970, 12, n. 2, et Froidefond 1971,22 sq. Pour Chalkideus, voir ex. gr. Thc. 8.6 ; 8, etc. (navarque lacédémonien).
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Autres ethniques, dans les inscriptions lapidaires, dédicace à Aphrodite d'un Mytilénien, Bernand 1970, 746, nº 7 (“époque classique” ; signature d'artiste d’un Kyp(rios), ibid., 747, nº 10 (ive s.) ; stèle funéraire d'un Milésien, 762-763, nº 33 (ive s.). Voir aussi, s'il provient bien de Naucratis, l'autel ( ?) d’Artémis de Pergè, ibid., 746, nº 8, avec les références de A. Bernand. L'attribution à Naucratis de cette pierre d'origine inconnue remonte à Milne 1901, 285, nº 8 (elle est admise par Robert 1934, 26-30, part. n. 5, p. 27-28 = OMS, II, 973-974 n. 5, et Hellenica, V, 65). L’inscription date du ive s. (cf. Milne 1901 et sa reproduction de l'inscription). Mais on ne saurait accepter l'affirmation de J. G. Milne selon laquelle on aurait affaire à un culte local transporté en Égypte par des “colons” pamphyliens, pour qui il jouerait le même rôle que Zeus pour les Éginètes, Apollon pour les Milésiens et Héra pour les Samiens. En effet, le culte est connu en plusieurs régions du monde grec (cf. W. Ruge, RE, s.v. “Perge”, col. 700. pour une liste des endroits où était honorée Artémis de Pergè, à laquelle on pourra ajouter au moins Dakaris 1965, 347 et pl. 415, cf. J. et L. Robert, Bull. ép., 1968, nº 315, dédicace d’Ambracie de la haute époque hellénistique). Ainsi, on connaît en territoire rhodien trois mentions d’une prêtresse d'Artémis de Pergè, l'une remplie par une “Égyptienne” (cf. infra, n. 153), l'autre par des Rhodiennes de plein droit (Rhodes. IG, XII. 1, 66, fin iie s. a. C. probablement ; Lindos, Lindos, 384e, fin Ier s. a.C ; voir aussi les dédicaces ASAA, 2, 1916, p. 137, nº 4, ive-iiie s. a.C., plutôt que iiie-iie s. selon A. Maiuri ; IG, XII. 1, 784, provenant de Lindos ; IG, XII. 1, 104c, 1. 6, restitutions première moitié du iie s. a.C. ; Morelli 1959, 30-31 et notice p. 115, est trop bref et incomplet sur ce point). Manifestement, l’existence de ce culte d'Artémis de Pergé suppose des liens commerciaux et culturels entre la Pamphylie et l'Égypte, mais cela ne signifie pas que le sanctuaire où la déesse recevait les hommages de ses fidèles ait eu un quelconque statut d’exterritorialité, ou que le culte de cette divinité ait été nécessairement, du moins de manière exclusive, entre les mains de gens originaires de Pamphylie. On notera de même la dédicace à Zeus Thébain trouvée à Naucratis, qui est probablement l’œuvre non d’un Thébain, mais tout simplement d’un Naucratite ; cf. Bernand 1970, 748, nº 12, qui pense que l’inscription se rapporte au règne de Ptolémée II Évergète (285-247 a.C.). Mais la photographie de la pierre pl. 35, nº 3, ne laisse aucun doute : l’inscription remonte bien au ive s. (nu très ouverts, epsilon à barre centrale à peine plus courte que les deux autres, sigma très ouverts, aux barres centrales presque de la même longueur que les barres extérieures, etc). C’était déjà l’opinion du premier éditeur. F. H. Marshall, cité par A. Bernand. La différence avec la stèle de Ptolémée II trouvée à Naucratis (Bernand 1970, 748, nº 11,. pl. 35, nº 1) est éloquente à ce sujet.
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Dédicace du Syracusain, Bernand 1970, 694, nº 511 = Gardner 1888, 68, nº 874 et pl. 22. Selon Gardner, le support est un vase tardif, “with a ribbed surface, and stamped ornaments inside”, qu'il attribue à l'époque ptolémaïque. En fait, la reproduction de l’inscription, qui montre en particulier des sigma très ouverts, aux barres presque d’égale longueur, et la présence de signes de séparation suggère que cette attribution est hautement suspecte. Selon Gardner, “it indicates that punctuation such as that used here is not necessarily a proof of early date”, mais c’est bien, entre autres, ce qui fait problème. Il faudrait naturellement pouvoir revoir le vase, mais l’inscription nous paraît avoir toute chance d’être du ve s. Cf. infra pour une monnaie syracusaine à Naucratis. Nous reviendrons ailleurs sur le problème des rapports entre l'occident grec et l'Égypte. Notons cependant la présence à Naucratis de bucchero étrusque, cf. Johnston 1978, nº 22, avec en particulier une oinochoé pour laquelle A. Johnston signale “indented groove on outside below edge” (non publié). On notera aussi la présence de bucchero étrusque à Ras El Bassit, cf. Courbin 1973, 27 et 32, fig. 7. Rien ne prouve, évidemment, que ces céramiques avaient été transportées en Orient par des Occidentaux. Cela montre néanmoins qu'il n'y avait pas une coupure totale entre les deux bassins de la Méditerranée, et corrobore les découvertes de monnaies, ainsi que la dédicace du Syracusain.
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Voir Head 1886, n. 48. Ainsi, le “Silversmith's Hoard” comprenait, outre des morceaux d'argent brut, quinze pièces qui datent toutes de la fin de l’archaïsme et du début de l’époque classique (520-430 environ), soit : Mallos (l'exemplaire), dynaste lycien (1), Chios (1), Samos (3), Égine (1), Athènes (6), Cyrène (1), Syracuse (1). On doit remarquer que les pièces publiées par Head sont celles qu'il a réussi à lire et à classer ; elles ne représentent qu’une faible partie des pièces retrouvées (cf. en part. ibid., p. 3, 520-350, “Greek autonomous silver”. environ 97 pièces ; 350-300, “Greek autonomous bronze”, environ 90 pièces). Nous avons fait également allusion à des bronzes de la période 330-300, car il ne nous paraît pas que se manifeste un quelconque changement dans les provenances et les arrivages dans les années qui suivent immédiatement la venue d’Alexandre en Égypte. Encore une fois, il ne s'agit pas d’envisager une correspondance stricte entre nationalité des commerçants et cités d'émission des monnayages. Les nombreuses pièces thraco-macédoniennes trouvées dans le trésors égyptiens (cf. encore récemment Price & Waggoner 1975, n. 60) n’ont évidemment pas été apportées dans le pays par des gens originaires de ces régions. Le problème est partiellement le même pour Athènes sans doute. Mais, s'agissant de cités commerçantes et dont les émissions ne sont pas exceptionnellement abondantes (dans la mesure où elles ne possèdent pas de sources de métal précieux), le problème est tout différent, et il paraît logique d’admettre que les pièces ont pu, en partie au moins, être apportées par des nationaux. Cf. déjà L. Robert (1934, 26-30, part. 27-28 n. 5 = OMS, II, 973-974 n. 5) : “Les trouvailles de monnaies faites à Naucratis (cf. Head) permettent de confirmer et de préciser parfois le tableau des relations économiques de Naukratis dressé par H. Prinz d’après les textes, les inscriptions et les trouvailles céramiques ; il est dommage qu'il n’ait pas utilisé cette sorte de documents”.
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Sur teichos, voir Mello 1967, 407 sq., où sont rassemblées toutes les occurrences de teichos dans Strabon.
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Il n'en est pas de même évidemment pour le Pont Euxin, cf. pour mémoire Jeffery 1976, 210-211.
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Voir en détail von Bissing 1951, 40 sq. sur l’exagération du rôle des Milésiens à Naucratis, ainsi qu’Austin 1970, 22 n. 5 et 27, n. 3 sur la critique de la version de Strabon. Il est donc inutile d’insister sur le problème.
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Décret en faveur de Théogénès, IG, II2, 206 ; fragment de décret en l’honneur de X, fils de Diodoros, Ibid., 163.
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1) Lôryma (à l'extrémité de la Chersonèse de Bybassos, en face de Rhodes) : Pérée, 175 = IK, 38-Rhodische Peraia, 13, signature de l’architecte Διονύσιος Ναυκρατ[ί]τας (1. 3) ; d’après la copie en majuscules, une date dans la première moitié du ive s. parait assurée. On remarquera aussi à Lôryma, dans la Pérée rhodienne, Pérée, 174 = IK, 38, 21), le cippe funéraire d'Εὐρώπα Αἰγυπτία | ἱέρηα Ἀρτάμιτος | Περγαίας, γυνὰ δὲ | Μαρσύα Ἀσπενδίου, | μακαρία, qui provient lui aussi de Lôryma. Malheureusement, le texte est peu lisible, et la datation problématique (ive s. ou haute époque hellénistique). On connaît plusieurs autres mentions du culte d’Artémis de Pergè sur le territoire rhodien, mais le culte de la déesse est attesté ailleurs qu’à Rhodes (cf. supra, n. 143). Cette Égyptienne exerçait probablement une prêtrise viagère (puisqu’elle est mentionnée dans une inscription funéraire) d'une divinité dont on a vu qu'elle était honorée aussi chez les résidents grecs d'Égypte. Elle était elle-même l’épouse d’un Aspendien, et portait un nom grec (l’hypothèse de l’emprunt d’un nom grec par une indigène égyptienne paraît probable). Le fait que son époux d’Aspendos ait pris une femme égyptienne est lui aussi significatif des liens qui s’établissaient entre la côte sud de l’Asie Mineure et l’Égypte, comme il y en avait aussi dans la même direction avec Chypre (cf. ex. gr. Lindos, 78, c. 275 a. C., dédicace d'une femme originaire de Salamine de Chypre pour son époux Aspendios). 2) Athènes : outre les deux décrets mentionnés supra, n. 152, stèles funéraires de Dionysios Parmenontos, Naukratitès (IG, II2, 9984 [début ive s, cf. infra chap. II, 77]) ; d'Olympos Sanniônos, Naukratitès (ibid., 9985, 340-317) ; de Phaidimos, Naukratitès (ibid., 9986, début ive s.) ; celle d'un esclave enfin (pais Naukratitès, ibid., 9987, milieu ive s. ; pas de nom en grec ; inscr. bilingue, texte peut-être phénicien au dessus du texte grec). 3) Delphes, liste de donateurs, FD, III.5, 2,1. 1-6 (370/369) : (Da)môn, (Am)asis et (...)as(s)is sont tous trois qualifiés de Naukratitai ; ibid., nº 3 [CID, II, 4], c. I, 1. 37-39, don de 350 dr. des Naucratites, apporté par Pythagoras ; ibid., loc. cit., c. III, 1. 21-26, dons de deux Naukratitai, Eutélès et Tyris (363) ; fragment de décret delphien conférant la proxénie et divers honneurs à des Naucratites, FD, III. 1, 419, lettres du ive s. (les noms sont perdus). 4) Décret d’Ios (voir infra l’analyse des problèmes posés par ce texte). Les Naucratites portaient donc des noms grecs, pour le plus grand nombre d’entre eux, même s'ils pouvaient aussi porter des noms égyptiens (cf. Amasis, mais, à Naucratis tout particulièrement, il n'est pas étonnant de voir ce nom porté, selon toute vraisemblance, par un Grec ; cf. déjà le potier du même nom à Athènes dont l’activité paraît se situer entre 555 et 525, sur lequel voir la discussion et les références de Salmon 1965, 70, n. 1).
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1) Délos : décret de proxénie pour Dionysios Potamônos IG, XI.4, 561 ; début du iiie s. ; sur le personnage, voir aussi OGIS, 724). 2) Didymes : liste d'offrandes, dont une due à deux Naucratites, Anaxithemis Anaxithem(ios) et ( ?An)drotelous (Didyma, II. 452, 1. 9-13, avec le commentaire de Rehm), et idem, mention de Naucratites (ibid., 457, 1. 10 ; les noms sont perdus). 3) Delphes : mention du flûtiste Klytios Mendaiou, Naukratitès (catalogue des Sôtéria, Syll.3, 424, 1. 65, a. 268) ; décret honorifique pour le Naucratite Philoxenos Men(d ?)iônos (FD, III.1, 114, a. 254). Pour ce qui est de cette prosopographie des Naucratites à l’étranger, il s’agit plutôt d’un sondage un peu approfondi que d’une enquête systématique. Il élargit tout de même sensiblement les listes précédentes. Les documents du début de l’époque hellénistique montrent en tout cas que Naucratis, à cette époque, n’est pas encore totalement éclipsée par Alexandrie dans le monde grec. Néanmoins, il semble que, de plus en plus, la ville joue seulement un rôle de relais pour le commerce fluvial intérieur à l'Égypte (aux témoignages papyrologiques rassemblés par Bernand 1970, 604-609, ajouter aussi maintenant Pestman 1980, nº 76).
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Perdrizet & Lefebvre 1919, nº 614 et 536 respectivement.
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Inscription déjà citée supra, n. 153. Le don de 350 drachmes est le fait des Naukratitai ex Aigyptou (c. I, 1. 37).
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Lenormant 1867, 295, nº 295, 1. 1. La restitution de Lenormant correspond parfaitement au nombre de lettres manquantes, tant en milieu qu’en fin de ligne (même remarque sur ce dernier point pour le reste du décret). Au vu de la copie majuscule, il est plus que probable qu’il s'agit d’une inscription du ive s. (cf. la forme des sigma en particulier).
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On doit noter aussi que Platon, Phèdre, 274c, parle de Naukratis tès Aigyptou, mais il s'agit là peut-être seulement d'une précision destinée à bien situer en Égypte le mythe de Teuth, car ce n’est pas de Naucratis qu'il est question à proprement parler. Il se peut aussi néanmoins que cette formulation vienne tout naturellement sous la plume de Platon, parce que la dénomination ordinaire de Naucratis appelait cette précision. On verra les remarques de Fraser 1972, 107 sq., sur les différents formulaires utilisés pour désigner Alexandrie à l'époque hellénistique, et la difficulté de savoir si cela correspond à un changement de statut de la cité.
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Cf. contra Austin 1970, 29, qui cite pourtant Head, in Petrie 1886, 65-67 (cf. Head 1886, 10-11, et Head 1911, 845 : deux ou trois exemplaires de ce monnayage de bronze ont été trouvées au cours des fouilles ; datation : c. 323-305 pour Head).