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Avant même de s'engager dans l'étude de la signification des premières lignes du texte I, il convient de réexaminer la description et l'analyse de la pierre qui ont été proposées par le premier éditeur. G. Steinhauer définit donc la pierre comme une “plinthe en marbre”[564]. Comme la structure des deux listes est la même, et bien qu'il s'agisse dans les deux cas d'une liste de pièces de triperie, les deux textes sont clairement indépendants l’un de l'autre, ce que confirme pleinement le fait que la pierre a été retournée entre la gravure du premier et celle du second. Pour déterminer celle des deux faces qui fut gravée la première, G. Steinhauer s'appuie essentiellement sur les particularités du support : “[La pierre] porte deux inscriptions (A et B), gravées sur deux faces adjacentes de la pierre. L'inscription du petit côté (A) est antérieure à l’autre. Lors de son remploi pour l'inscription B, la pierre a été retournée et on y a taillé un tenon (0,29 x 0,20, haut. 0,10 m), ce qui détruisit la première ligne de l'inscription antérieure (A). En même temps, sur la nouvelle surface supérieure, on a creusé une mortaise carrée décentrée (de 0,05 m de côté et 0,04 m de profondeur)”[565]. La face A se trouve à droite de la face définie comme face B, lorsqu'on est face à cette dernière et que la pierre est disposée de sorte que la lecture en soit possible. Ainsi, toujours selon le premier éditeur, le premier texte gravé aurait donc été celui de la face étroite (face A). Peu de temps après (car les deux inscriptions seraient à peu d'années près de la même époque), on aurait gravé le texte de la face la plus large (face B).

Fig. 1 : L'inscription agoranomique du Pirée, sens de lecture des deux faces (cl. A. Bresson).

Fig. 2 : L’inscription agoranomique du Pirée, texte I (d'après Steinhauer 1994, 53, fig. 2).

Fig. 3 : L’inscription agoranomique du Pirée, texte II (d’après Steinhauer 1994, 52, fig. 1).

Fig. 4 : L'inscription agoranomique du Pirée, texte II, détail (d’après Steinhauer 1994, 56, fig. 3).

Cette vision des choses ne résiste pas à l’analyse. Il serait bien étrange que l'on ait procédé de la sorte, comme on va entreprendre de le démontrer.

On voit sur la face large (fig. 2, p. 53 St., ici fig. 2) un texte qui a manifestement été gravé avec soin. Les deux premières lignes, celles qui portent le nom de l’archonte, ont une hauteur de 3,5 cm, contre 1,7-1,5 cm ensuite[566]. Le texte est soigneusement aligné sur une marge gauche[567]. Pour faciliter la lecture, il y a aussi sur la pierre un souci de présentation centrée pour mettre en valeur certains éléments du texte : 1. 2 pour le mot ἄρχοντος ; 1. 6 pour la fin de la dédicace (même si la mise en valeur du -'κεν' de ἀνέθηκεν, cf. supra, n'est guère heureuse) ; 1. 8 pour ὑείων, qui marque la première catégorie de viandes de la liste, mais 1. 16 αἰγεί[ων ἤ προβ]ατείων et 1. 22 βοείου π[οδός ---] sont alignées sur la marge gauche. De même, la mise en page du texte joue sur les espaces : avant la première ligne, un espace vide de 5 cm contribue à la mise en valeur du nom de l’archonte Pamménès, membre d’une famille particulièrement en vue dans l’Athènes du ier s. a.C. Après l’en-tête formé par les deux premières lignes, le corps du texte est gravé de manière à ménager un interlignage de c. 0,6 cm pour des lettres d’une hauteur de 1,7-1,5 cm, ce qui donne une présentation aérée et contribue aussi à faciliter la lecture. Les lettres sont dans l’ensemble gravées avec soin. Tel est le cas en particulier pour les premières lignes, celles de l’en-tête et de la dédicace ; ensuite, la liste a manifestement été gravée plus rapidement (les lignes ont tendance à pencher sur la droite). Cependant, la forme des lettres ne présente pas de variation et on ne doit pas douter que ce soit le même lapicide qui ait fait l’inscription de la dédicace et la liste chiffrée. Il y a sur la partie droite, au niveau des lignes 3-6, une légère irrégularité sur la surface du marbre et il se peut qu’elle ait incité le lapicide à ne pas écrire à cet emplacement : d’où peut-être entre autres, 1. 6, le bizarre rejet du 'κεν' de ἀνέθηκεν à la ligne suivante. Perdant ainsi une ligne et sachant qu’il avait un long texte à graver, le lapicide a décidé de commencer la suite du texte à la fin de la même ligne (κα[τ’ ἐ]πι|ταγὴν κτλ.). Au total, on a donc une inscription assez soignée, avec un souci de présentation et de lisibilité, malgré des imperfections certaines.

Sur la face la plus étroite en revanche (fig. 2 p. 52 St., ici fig. 3), comme manifestement on manquait de place, il n’était pas question de présentation centrée. Il est vrai que cela ne signifie pas qu’on n’ait eu aucun souci de mise en page. Pour marquer les différentes catégories de viandes, on a décalé ces mentions d’une lettre sur la gauche, cf. 1. 12 et 24 (et il faut effectivement envisager, comme l’a proposé le premier éditeur, une présentation de ce type 1. 1). Cependant, arrivé à la partie inférieure de la pierre, comme le lapicide manquait de place, il a gravé les lignes 30-31 en caractères de très petite taille (0,7 cm), qui ne s'accordent pas avec ceux des lignes précédentes (1,8-2,5 cm). Une autre caractéristique du texte gravé sur la face étroite est que l'interlignage de 0,5 cm ou moins y est proportionnellement réduit par rapport à celui du texte de la face large, ce qui donne un effet optique radicalement différent. La marge de variation des hauteurs de lettres est plus élevée que celle qui est indiquée par le premier éditeur (2,3-2,5 cm, en fait plutôt 1,8-2,5 cm). L'irrégularité est ici très sensible. Ce n'est pas le souci décoratif qui a primé ici, mais celui d'avoir des lettres bien visibles, en gros caractères. Il faut y voir le style et la main d'un lapicide différent de celui du texte de la face large, mais on dirait aussi qu'il y a là un souci utilitaire, le but recherché étant d’obtenir “de gros caractères faciles à lire” (cf. infra 178 n. 123), quand le souci d’élégance cl de présentation l'emportait sur le texte de la face large.

G. Steinhauer a considéré que le tenon, bien visible à la partie inférieure de la face large, avait été taillé dans un second temps et que c'est ce qui avait endommagé la face étroite. Sur la photo de la fig. 2 p. 53, on voit bien le tenon centré. G. Steinhauer lui attribue une hauteur de 10 cm (en fait 5 cm seulement). En réalité, la taille du tenon n'est nullement venue endommager la face étroite : il y a un gros éclat à la partie supérieure gauche de la face étroite et même la partie droite a été endommagée. Il restait donc un espace, même s'il était restreint, pour graver une première ligne. Lorsqu'on regarde la face étroite, on voit que tout l'angle supérieur gauche de la pierre a disparu et qu'une épaufrure endommage l'angle supérieur droit. C’est sans doute cela qui nous prive de la connaissance de la ligne 1 (ὑείων).

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564

Steinhauer 1994, 54.

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565

Steinhauer 1994, 51.

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566

Par un lapsus sans conséquence (car on rétablit facilement la réalité), p. 54, l'éditeur a inversé les indications sur les hauteurs de lettres, comme le montrent le nombre de lignes indiquées et les différentes indications sur les hauteurs de lignes : là où l'éd. Indique 'A' il faut lire 'B' et inversement ; par un autre lapsus, p. 56, légende de la fig. 3, lire “Partie inférieure de la face A” et non de la face B. La hauteur du bloc, donnée comme de 80 cm, est en fait de 90 cm.

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567

Dans l'édition du BCH, la présentation du texte en minuscules p. 55 n’est guère heureuse : les lignes 1-7 ne sont pas plus à gauche que les suivantes ; comme nous l'indiquons dans la reproduction du texte en minuscules donnée supra, 1. 6 -'κεν' est en position centrée et à la même ligne 'κα|τ’ ἐ|πι'- est aligné sur la marge droite après un large vacat, détail dont on verra l'importance plus loin ; la ligne 14 n'est pas davantage en décrochement à gauche par rapport aux précédentes et aux suivantes.