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Les lettres des lignes 2 et 3 de la face étroite étaient plus petites que celles des lignes suivantes et il est possible qu'il en ait été de même à la ligne 1. Une autre solution, non moins vraisemblable pour cette face dont l'écriture est globalement peu soignée, est que le mot ὑείων ait été oublié lors de la gravure de la stèle et qu'il ait ensuite été rajouté en caractères de très petite taille c. 0,7 cm, de même hauteur que celle des lettres des lignes 30-31. Sauf si par miracle on retrouvait l'angle supérieur gauche de la face étroite, il est peu probable que l'on connaisse la solution définitive de ce problème, qui cependant ne doit pas faire douter du rapport entre les deux faces de ce bloc.

Il est en effet inutile de supposer que le bloc ait été retaillé au moment où aurait été gravé ce qui serait supposé être la seconde inscription. Il n'y a rien dans la manière dont le bloc se présente à nous qui oblige à admettre que la face étroite ait été gravée avant la face large. Ajoutons encore que si la dédicace de la face large avait été gravée postérieurement à la liste de la face étroite, il serait étonnant qu'on ait laissé subsister le texte (à l'envers) de la face étroite, qui serait venu contredire le soin mis dans la présentation de la dédicace. Dans l'autre hypothèse, au contraire, le caractère manifestement purement utilitaire de la liste de la face étroite ne se trouvait pas gêné par la présence d'un texte à l'envers sur la face adjacente du bloc. La volonté d'inscrire les 1. 30-31 en tout petits caractères suppose aussi en fait qu'on prenait modèle sur le texte de la face large, où en revanche on n'avait eu aucune difficulté à inscrire ces lignes (voir supra app. crit. texte 1).

On est donc conduit à considérer que, comme c'est d'ordinaire le cas, on a d'abord disposé une belle inscription à valeur décorative sur la face large, sur un bloc qui était pourvu d'un tenon à la partie inférieure. Le caractère légèrement pyramidant de la pierre, dont les dimensions sont plus réduites au sommet qu'à la base (voir supra présentation du bloc), montre assez ce qu'on tenait initialement pour base et pour sommet de ce bloc, qu’on préferera donc ici appeler une stèle. Un certain nombre d'années après la gravure sur la face large, le bloc a été renversé et on a gravé une seconde inscription du même type sur la face étroite : il est banal de commencer à utiliser une pierre sur la face large et de réserver la face étroite pour continuer à graver la suite d'un même texte (quand il s'agit d'une liste par exemple) ou y inscrire un autre texte[568]. La question de la mortaise creusée à la partie inférieure de la face étroite (supérieure de la face large) doit également être posée. Le plus probable est que lorsqu'on a retourné ce bloc qui initialement ne servait que de support à l'inscription de la face large, il a fallu creuser une mortaise à la partie inférieure pour pouvoir la fixer au sol sur un tenon ou à l'aide d'un goujon, puisque primitivement la pierre avait été taillée pour être installée en sens inverse.

Le premier éditeur a aussi voulu tirer argument de la différence dans l’état de conservation des deux faces pour justifier sa chronologie relative : la face étroite serait chronologiquement la première des deux, comme le montrerait “l'excellent état de conservation de la première inscription [face étroite] qui, après que la stèle eut été à nouveau dressée, ne devait plus être visible” ; en revanche, “l'usure de la surface de l'inscription B [face large], dont d'important fragments sont écaillés, surtout dans la partie supérieure gauche et dans la partie inférieure, prouve sa longue exposition en plein air” (p. 54). Dans la mesure où, selon l'éditeur lui-même, les deux faces furent gravées à relativement peu d'années d'intervalle, l'argument de la différence d'usure et des multiples cassures paraît faible. Il est plus important de noter que l'inscription fut découverte en remploi comme marche dans une maison du vie s. p.C. : ainsi doit s'expliquer qu’une face (la face étroite) ait été protégée (car elle ne se trouvait pas à l’air libre), tandis que l’autre, du fait du passage, fut fortement usée et endommagée. Bref, l'histoire de ce bloc, dont le détail bien évidemment nous échappe, suffit largement à expliquer les différences d'usure entre les faces, sans qu'on puisse en tirer d'argument chronologique, dans un sens ou dans un autre.

Nous conclurons en tout cas que l'inscription de la face large, celle qui porte la dédicace, est chronologiquement antérieure à celle de la face étroite. Pour éviter toute confusion avec les définitions du premier éditeur, nous évoquerons désormais le texte I (face large, portant la dédicace, “texte B” Steinhauer) et le texte II (face étroite, “texte A” Steinhauer).

Pour ce qui est de l’enjeu et du sens de l’inscription, on se trouve encore face à un problème identique a celui auquel ont été confrontés le premier éditeur et les commentateurs précédents : soit le texte I fait mention de Pamménès I, archonte en 83/82, soit il désigne son petit-fils Pamménès II, archonte dans la deuxième moitié du siècle[569].

— Si l'archonte Pamménès était l'éponyme de 83/82, plutôt que son petit-fils homonyme, la dédicace de l'agoranome Aischylos serait alors à mettre au compte des reconstructions qui ont suivi le sac du Pirée par Sylla en 86, seulement trois années auparavant[570]. C'est en 84/83 que Sylla restaure un gouvernement légal à Athènes[571]. On s’est demandé si c'est dès cette année là qu’eut lieu la reprise d’émission du monnayage d'argent du Nouveau Style[572] ; en fait, il se peut que ce ne soit que quelques années plus tard et qu'à ces années de reconstruction corresponde le bronze lourd aux types des monnaies d'argent du Nouveau Style, qui aurait été émis faute de pouvoir de nouveau émettre l'argent[573]. La liste des prix du Pirée serait à mettre en relation avec cette remise en ordre. Resterait bien entendu la question du rapport entre l'agoranome Aischylos fils d'Aischylos, du dème d'Hermos, et le personnage connu à Délos vers 42/40 a.C. Même si les deux mentions auraient peu de chance de faire référence à la même personne, il faudrait néanmoins admettre un lien de parenté étroit entre les deux personnages, car, sans faire partie des dèmes les plus modestes, le dème d'Hermos n'était manifestement pas un dème important[574]. Dans ce cas, bien que l'identité du nom du père et du fils nous prive d'un recoupement prosopographique, l'hypothèse du lien de parenté s'imposerait avec la force de l'évidence[575]. On aurait donc affaire au père et au fils (plutôt qu'au grand-père et au petit-fils)[576].

— Si l'on avait affaire à Pamménès II (dans le stemma de Geagan 1992), ce document serait une preuve de plus de ce que ce dernier avait exercé la charge d’archonte, ce qui est de toute façon correspond parfaitement à la brillante carrière de ce personnage et à celle des membres de sa famille[577]. Aischylos, fils d’Aischylos, serait ni plus ni moins le personnage connu à Délos c. 42-40 a.C.

Comment trancher ? Pour ce qui est de la paléographie des deux inscriptions, elle confirme une datation au ier s. a.C. Les arguments de R. Descat selon lesquels la graphie du texte II correspondrait à celle du lapicide de IG, II2, 2983 (cf. Tracy 1990, p. 207-208, fig. 35, qui propose une date c. 111/110-98/97), même si certains rapprochements ne sont pas sans valeur (comme celui du nu dont la barre oblique ne s'attache pas à la partie inférieure de la haste droite mais un peu au-dessus) ne sont pas suffisants pour servir d'argument à une chronologie relative des deux textes (au reste, on vient de voir la solution nouvelle que nous proposons) et n’emportent pas la conviction pour la chronologie absolue. Les travaux de S. V. Tracy sur l’épigraphie attique ont confirmé avec la force d'une étude approfondie qu'à une même époque des lapicides différents pouvaient produire des inscriptions fort différentes les unes des autres. La tâche d'ordonnancement chronologique est rendue difficile par le faible nombre de documents datés dans la période qui suit la catastrophe du sac d'Athènes par Sylla et jusqu'au milieu du ier s. a.C. Comme le note G. Steinhauer, l'épigraphie attique du ier s. a.C. ne présente pas de traits d'évolution très sensibles et, sans le bénéfice d'une étude approfondie, il n'est pas aisé de définir des critères[578]. On relèvera cependant que dans le texte I (bien qu'il soit en fait assez mutilé), et de manière plus visible encore dans le texte II, la haste droite des pi touche régulièrement la ligne, ce qui n'était pas le cas dans l'épigraphie attique de la fin du iie s.[579] Le décret relatif au sanctuaire d'Agdistis avait été daté par St. Dow et J. Pouilloux de l'année 83/82, mais on a vu que S. Follet (2000) a montré que le texte devait être rapporté à Pamménès II[580] : dans ce texte, la haste droite du pi adscrit ne touche pas la ligne[581]. Or, à l'époque augustéenne et au-delà, on trouve encore, dans bien des cas, des pi dont la haste droite ne touche pas la ligne[582]. G. Steinhauer proposait également un rapprochement du style de graphie des deux textes avec la liste des archontes d'après Sylla et, en conséquence, préférait retenir la chronologie haute[583]. De fait, de manière globale, les deux fragments de la liste des archontes, en particulier le fragment B, présentent un bon parallèle pour le texte I. Cependant, le fragment B en tout cas correspond à la période 63/62 - 53/52 et St. Dow admettait que la gravure de la stèle avait dû intervenir un peu après 48 a.C. (cette date pouvant éventuellement être un peu plus tardive, car la partie inférieure de la stèle est mutilée)[584]. La graphie de la dédicace des emporoi à l’agoranome Pamménès, datée traditionnellement c. 27 a.C. (entre 35/34 et 18/17 selon S. Follet), bien que d’un style plus orné, paraît aussi être proche de celle du texte I du Pirée[585].

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568

Ainsi à Camiros, la liste des damiurges d'époque impériale, gravée sur une stèle, commence sur la face large pour se poursuivre sur les deux faces latérales (TC, 4 a-b, c, d, cf. p. [18] fig. 7-9). Dans la même ville, dans la liste des prêtres d'Athéna (fin de l'époque classique et haute époque hellénistique), qui est gravée en deux colonnes, la fin des noms de la colonne de droite est fréquemment gravée sur la face droite adjacente (TC, 5, cf. p. [28] fig. 17-18).

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569

Il est peu probable que puisse entrer en ligne de compte pour la charge archontale le relativement obscur [Πα]μμέ[ν]ης Λαμπτρεὑς, théore à Delphes en c. 46-43 a.C (FD, III.2, 57, 1. 9 ; LGPN II s.v. nº 10, cf. aussi nº 11 pour un autre Pamménès du même dème c. 26-17 a.C., IG, II2, 2338, 1. 22, un jeune homme sans doute, dans un catalogue du genos des Amynandridai).

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570

Habicht 1995, 306.

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571

Habicht 1995, 326.

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572

Mattingly 1971, 92-93.

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573

Kroll 1972, 92-93.

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574

Voir le tableau comparatif de Traill 1975, 69. Le dème d'Hermos appartenait à la trittye urbaine de la tribu Akamantis ; il était situé près de Cholargos, au nord-ouest de la ville d’Athènes (Traill 1975, 47 et cartes 2-3).

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575

Cf. Bresson 1985 sur les règles à respecter pour identifier des personnages en fonction des règles de nomination qui prévalaient en Grèce ancienne.

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576

L’écart chronologique entre père et fils resterait raisonnable.

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577

Sur Pamménès II, cf. supra n. 7.

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578

Cf. les documents du ier s. C. dans Kirchner 1948, nº 111-119, pl. 42-44, qui couvrent le ier s. a.C.

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579

Pi dont la haste droite ne touche pas la ligne à la lin du iie s. a.C. : Dow 1937, 162-165, nº 96 (104/103 a.C.), et dans les documents présentés par Tracy 1990 (le dernier en date. p. 220-221, fig. 39 = FD, III.2, nº 26, 98/97 a.C.). Par contraste, pi dont la haste droite touche régulièrement la ligne : liste des archontes athéniens Dow 1949 et fig. 15.

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580

Les critères retenus par J. Pouilloux, graphie et usage flottant de l'iota, doivent donc être réinterprétés dans le cadre de cette nouvelle datation.

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581

Pour ce qui de l'usage de l'iota adscrit, le texte I ne présente qu'une seule occurrence pouvant servir de test, le mot κύκλῳ (1. 7), où il n'est pas fait pas usage de l'iota adscrit.

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582

Pi dont la haste droite touche ou non la ligne dans un document de la fin du ier s. a.C. : Dow 1937, 186-191, nº 116 ; de même dans IG, II-III2, 3173 (Imagines nº 118), inscription qui mentionne Pamménès II comme stratège des hoplites et prêtre d’Auguste et de Rome, entre 27/26 et 18/17.

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583

Steinhauer 1994, 57 et 68.

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584

Dow 1949. 120-121.

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585

Inscription de l'agoranome Pamménès (IG, II2, 3493 ; excellente photo dans Ouarducci 1967 sq.. II. 162) : lettres qui ont tendance à être hautes, étroites et resserrées, apicès très marqués, barre brisée de l'alpha descendant presque jusqu'à la ligne. Le dzèta à haste centrale (en forme de Z dans les textes I et II) ne fournit aucun élément de chronologie car on trouve la forme de Z bien auparavant dans l'épigraphie attique (cf. Tracy 1990, 220, ad FD. III.2, nº 26).