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Pour ingénieuses qu'elles soient, ces interprétations et traductions soulèvent cependant bien des questions. Notons aussi qu'il convient de mener une analyse sans a priori, c'est-à-dire sans supposer que la dédicace donne la clé de la signification de la liste des prix. Les objets ou constructions qui sont l'objet de la dédicace, tables de pierre et support de la balance agoranomique, sont certes à mettre directement en relation avec l'activité du magistrat. Cependant, à moins qu'on puisse en faire la démonstration, la dédicace n'implique pas en soi un lien avec la liste de pièces de triperie. Le texte de la dédicace est en disposition centrée. Le dernier mot, ἀνέθη|κεν, est coupé et -κεν est disposé au milieu de la ligne 6. Vient ensuite l'indication κα[τ’ ἐ]πι|ταγὴν τῶν κύκλω κατὰ τòν νόμον. Vu la disposition de cette formule, dont le début se situe à droite du -κεν de ἀνέθη|κεν, le problème doit être posé de savoir si la formule se rapporte à la dédicace qui précède ou à la liste qui suit. Or, le rattachement de la formule κατ’ ἐπιταγήν κτλ, au membre de phrase qui précède pourrait paraître conforté par son emploi particulièrement fréquent dans les dédicaces[626]. En effet, κατ’ ἐπιταγήν peut y apparaître seul ou bien y être employé avec le génitif de l'agent qui a donné l'ordre de faire la dédicace, qui d'ordinaire est la divinité : d'où la multitude de dédicaces avec la formule κατ’ ἐπιταγήν τοῦ θεοῦ[627]. De là, on pourrait songer à se demander si l’on ne se trouve pas en présence d'un cas où l'auteur de la dédicace aurait demandé et obtenu l'autorisation des autorités du lieu avant de procéder à l'érection de la stèle[628]. Pour κατὰ τον νόμον, on pourrait même trouver un parallèle, bien que ce soit dans une dédicace un peu particulière, dans un acte d'affranchissement de Chéronée de Béotie, au iie S. a.C., le dédicataire précise qu'il opère τὴν ἀνάθεσιν ποιούμενος | διὰ τοῦ συνεδρίου κατὰ τòν νόμον Χαι|ρωνέων[629]. On voit pourtant le défaut de cette solution, qui suppose une αἴτησις non attestée de la part d'Aischylos.

Un autre parallèle peut cependant être invoqué, qui invite cette fois à rattacher la formule à la liste de pièces de triperie qui suit. On le trouve dans le règlement douanier de Coptos, qui date du règne de Domitien. Avant la liste des montants qui doivent être payés par les différentes catégories de personnes en transit est indiqué[630] : Ἐξ ἐπιταγῆς Μ[ετ]τίου [Ῥούφου, ἐπάρ|χου Αίγυπτου], ὅσα δεῖ τοὺς μισθω|τὰς τοῦ ἐν Κόπτωι ὑποπείπτον|4τος τῆι ἀραβαρχίᾳ ἀποστολίου πράσ|σειν κατὰ τòν γνώμονα τῇδε τῇ | στήληι ἐνκεχάρακται διὰ Λουκίου | Ἀντιστίου Ἀσιατικοῦ, ἐπαρχου|8 ὄρους Ḃερενείκης “Par ordre de Mettius Rufus, préfet d'Égypte, ce que les fermiers de l'impôt doivent réclamer pour le droit de passage à Coptos, payables à l'administration des douanes, selon le tarif, a été gravé sur cette stèle par les soins de Lucius Antistius Asiaticus, préfet de la montagne de Bérénice”[631].

’Εξ ἐπιταγῆς équivaut à κατ’ ἐπιταγήν et la clause κατὰ τὸν γνώμονα fournit un parallèle à κατὰ τòν νόμον[632]. Le règlement de Coptos est plus explicite et il nous livre la signification de la liste qui suit, soit un tarif douanier. Dans l'inscription d'Athènes, toutefois, il ne s'agit pas de taxe mais de prix[633]. Reste à élucider définitivement la signification de la formule κατ’ ἐπιταγήν κτλ.

Le sens général d’ἐπιταγή est clair et ne souffre pas discussion : “ordre”, “ordonnance”, “mandement”, “mandat”, d'où également le sens d'“exigence” (par exemple d'exigence des lois) ou bien d’“imposition” de taxe (mais pas en soi de “taxe” ou de “réglementation”)[634]. Pour ce qui est de τῶν κύκλῳ, G. Steinhauer (suivi par R. Descat) considère que l’expression, équivalent de τῶν πέριξ, renverrait en fin de compte au sens de κύκλος comme secteur de l'agora[635]. Certes, les κύκλοι de l’agora peuvent correspondre aux différents secteurs de l'agora, spécialisés dans différents produits, mais on ne voit pas comment τὰ κύκλῳ pourrait signifier “les produits du marché”. On peut supposer que l'on aurait plutôt τὰ τού κύκλου, ou autre formulation semblable. La traduction de τῶν κύκλῳ par “les produits du marché” est donc suspecte. L’usage du datif oriente oriente vers une tout autre signification. Employé comme adverbe ou comme préposition, κύκλῳ se rencontre des milliers de fois dans la littérature grecque ancienne[636]. Le mot désigne ce qui se trouve “autour”, au sens propre ou métaphorique. Cependant, une formule avec κύκλῳ autorise les associations les plus variées[637]. Au demeurant, R. Descat évoque au passage une scholie d'Aristophane, lequel dans une description des aménagements du port d'Athènes signale : ὁ Κανθάρου λιμήν, ἐν ᾧ τὰ νεώρια εξήκοντα εἶτα Ἀφροδίσιον εἶτα κύκλωι τοῦ λιμένος στοαὶ πέντε[638]. Dans cette occurrence, le mot κύκλῳ est à l'évidence employé ici comme une préposition (les cinq portiques se trouvent exactement “autour du port”). Le contexte commercial ou portuaire n'a rien à voir avec l'emploi banal du datif κύκλῳ. Mais il reste à connaître le genre de l'article-démonstratif τῶν. A-t-on affaire ici à τὰ κύκλῳ ου à οἱ κύκλῳ ?

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626

Guarducci 1967 sq., II, 125.

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627

A Athènes : IG, II2, 4038, 4497, 4519, 4741. 4773, 5172 ; à Sparte, IG, V.l, 245 : Σωτηρία | κατ’ ἐπιτα|γὴν τοῦ | θεοῦ ἀνέ|θηκα (époque impériale), etc.

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628

Guarducci 1967 sq., II. 125 et III, 95-96, pour des cas d'ἐπιταγή impériale (mais bien entendu ici c'est le parallèle de l'agent au génitif qu'il faudrait retenir, non le parallèle avec l'ordre impérial). Voir aussi les différents parallèles cités par Steinhauer 1994. 59, n. 21.

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629

IG, VII, 3376, 6-8 (Chéronée, basse époque hellénistique). A Chéronée, il y avait donc une loi qui précisait que l’affranchissement par dédicace à la divinité devait être fait par l'intermédiaire du conseil. L'acte d'affranchissement engageait la cité et c’est la raison pour laquelle cette dernière intervenait dans le processus d'affranchissement (manifestement pour que l'acte soit enregistré).

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630

OGIS, 674 = Bernand 1984, nº 67.

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631

Trad. A. Bernand.

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632

Le fait que dans les dédicaces religieuses on trouve aussi bien ἐξ ἐπιταγῆς que κατ’ ἐπιταγήν suffit à assurer cette équivalence (cf. IGUR. 1 1 1, 1. 6, Rome, fin iie s. p.C., etc.).

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633

Cf. infra, § 2.

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634

Cf. dictionnaire LSJ.

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635

Steinhauer 1994, 61, avec n. 28.

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636

LSJ, s.v. 1.2.

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637

Ainsi, par exemple, l'expression oἱ κύκλῳ τοῦ προσώπου désigne-t-elle les joues, cf. LSJ, II.9

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638

Schol. Aristophane. Paix, 145, d'après la Périégèse d'Athènes de Callicratès-Ménéclès FGrHist 370 Fl.