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Les monnaies milésiennes de type local du iiie et de la première moitié du iie S. a.C. étaient émises selon un étalon particulier, dit “persique”, de c. 5,2 g pour la période IV. c. 5 g pour les périodes V et VI[944]. On ne pouvait donc les confondre avec les drachmes d'Alexandre (à c. 4,33 ou 4.20 g selon la période[945]) ou avec les drachmes rhodiennes (d’un poids théorique de 3,35 g, avec plus tard au début du iiie s., des drachmes réduites à c. 2,75 g, enfin des drachmes plinthophores à c. 3 g ou un peu plus)[946]. Les occurrences sont les suivantes (les numéros renvoient au corpus d'A. Rehm, Didymci, II) :

• Ἀλεξάνδρειαι (dr.) : 426, 1. 2, 3, 6. 12. 14, 15 ; 427, 1. 11 et 13 ; 428, 1. 8 : 430, 1. 2 ; 431. 1. 8 ; 432, 1. 8, 10, 13, 16 : 433, 1. 5. 8, 9, 13 et 18 ; 436, 1. 5 et 7 ; 438, 1. 1-6 ; 441, 1. 2-5 ; 442, 1. 13 ; 444, 1. 3-5 ; 445, 1. 3 et 9 ; 446, I. 7, 9 et 1 1 ; 447, 1. 9 ; 450, 1. 7 ; 452, 1. 4. 5 et 7 ; 457, 1. 3 et 6 ; 461, 1. 6 ; 463,1. 12, 16, 17, 21,23 ; 464,1. 8, 9, 14 ; 467,1. 2, 3, 5, 8, 10, 11, 14, 15, 17, 19,21 ; 468, 1. 9 ; 471, 1. 8 ; 473, 1. 6 ; 475, 1. 8-14, 16-21, 32. 34, 42 ; 475. 1. 28, 31,40 ; 477. 1. 3 ; 478, 1. 3 et 6.

• Ῥόδιαι (dr.) : 431, 1. 6 ; 463, 1. 34 ; 464, 1, 12.

• Μιλήσιαι (dr.) : 441, 1. 7 : 444. 1. 7 et 12 ; 446, 1. 12 ; 448, 1. 3 et 7 ; 449. 1. 10 : 451, 1. 3 ; 456, 1. 4 ; 457, 1. 14 ; 463, 1. 19 ; 477, 1. 7 ; έπιχώριοα : 471, 1. 7.

A Milet, cette diversité des unités de référence pour l'argent, à la différence de ce que l’on constate à Athènes ou à Rhodes, obligeait en fait à une telle mention complémentaire[947] : la seule indication du poids n’aurait pas été suffisante, ou aurait introduit une dangereuse incertitude, dans la mesure où coexistaient plusieurs systèmes de références[948]. Mais naturellement, il s'agit bien ici de drachmes-poids et non pas de monnaies[949]. On remarquera que chez Aristophane, Thesmophories, 347-350, dans une parodie de décret avec imprécation prononcée par une femme, le mot νόμισμα conservait pleinement sa valeur d’unité de mesure : “Si un débitant ou une débitante trompe sur la mesure légale du conge ou des cotyles (κεἴ τις κάπηλος ἤ καπηλὶς τοῦ χοῶς | ἢ τῶν κοτυλῶν τò νόμισμα διαλυμαίνεται, 347-348) souhaitez qu’ils périssent misérablement, eux et leur famille”[950]. Dans le cas de Milet, il est vrai que le problème est plus complexe car, comme on va le voir, rédacteurs et lecteurs de ces inscriptions avaient nécessairement en tête les systèmes pondéraux qui étaient ceux des monnaies : la distinction n’aurait pas eu d'objet pour eux, puisque, du moins pour les métaux précieux, il ne semble pas qu’il ait existé un étalon de poids distinct de celui des monnaies. Il n’en reste pas moins que l’on peut traduire au plus juste l’expression ὁλκῆς καὶ νομίσματος par “poids et unité de référence”[951]. A Didymes comme ailleurs, on savait évidemment le cas échéant utiliser des poids pour effectuer des pesées[952]. Quant la formule ὁλκῆς καὶ νομίσματος dans les inventaires, elle n'a donc rien à voir avec une pesée effectuée à l'aide de monnaies.

S'agissant des inventaires de Didymes, un point mérite cependant encore d'être expliqué. Les inventaires font apparaître des poids d'offrandes soit avec une précision allant jusqu’à l’obole voire à la fraction d’obole, soit en chiffres ronds, cela bien souvent dans le même inventaire[953]. Ceci oblige à réfléchir à la nature réelle de ces inventaires. La présence de nombreux chiffres ronds au côté de chiffres précis invite à considérer qu’on a affaire à des chiffres qui ne correspondent pas à des pesées effectives au moment de l'inventaire mais à des chiffres qui avaient été lus sur l'objet par le préposé du sanctuaire, et reproduits tels quels. C’est en fait la procédure d’établissement du texte des inventaires de Didymes qu’il convient de rappeler.

— Le document 424 illustre la procédure par laquelle les offrandes entraient dans le trésor du sanctuaire[954]. Il s'agit d'une lettre du roi Séleucos ier et de son fils Antiochos, le futur Antiochos ier, datée de 288/287, qui indique 1. 1 1-16 : “Nous avons envoyé Polianthès apporter au sanctuaire d'Apollon de Didymes, pour en faire la dédicace aux dieux sauveurs, le grand chandelier et des vases d'or et d'argent, portant des inscriptions” (ἀφεστάλκαμεν εἰς | τὸ ἱερὸν τοῦ Ἀπόλλωνος τοῦ ἐν Διδύμοις | τήν τε λυχνίαν τὴν μεγάλην καὶ ποτήρια | χρυσᾶ καὶ ἀργυρᾶ εἰς ἀνάθεσιν τοῖς θεοῖς | τοῖς Σωτῆρσι κομίζοντα Πολιάνθην ἐπι|γραφὰς ἔχοντα)[955]. La lettre précise un peu plus loin. 1. 25-29 : “J'ai dressé pour vous la liste des objets d'or et d'argent qui ont été envoyés au sanctuaire, pour que vous puissiez connaître la nature et le poids de chacun d'entre eux” (τῶν δὲ ἀφεσ|ταλμένων χρυσωμάτων καὶ ἀργυρωμάτ|ων εἰς τò ἱερὸν ὑπογέγραφα ὑμῖν τὴν γραφήν, | ἵνα εἰδῆτε καὶ τὰ γένη καὶ τòν σταθμὸν | ἑκάστου). La liste est donnée en annexe de la lettre, annoncée par un titre, 1. 30 : γραφὴ χρυσωμάτων τῶν ἀφεσσταλμένων κτλ. Elle indique le poids des objets, à l'obole près : ces objets ont donc été soigneusement pesés avant d'être envoyés. L'unité de référence n’est pas indiquée, mais il s'agit évidemment de la drachme attique, qui était l'unité de référence dans le royaume séleucide. La liste envoyée par le roi a donc été reproduite telle quelle, sans doute après une simple pesée de contrôle pour authentifier les objets et vérifier leur poids. Il est bien clair que les autres offrandes, celles des cités étrangères mais aussi celles des particuliers et même celles de la cité de Milet, entraient dans le trésor du santuaire par une procédure analogue. D'ordinaire, cependant, on ne reproduisait pas le document d'accompagnement, puisque la source n'en était pas aussi prestigieuse et que la valeur de l'offrande était moins importante : on se contentait de noter dans l'inventaire des entrées de l’année le poids mentionné sur la lettre d'accompagnement et inscrit sur l'objet. On remarque que les offrandes de Séleucos ont des poids qui ne correspondent pas à des chiffres ronds : ces poids étaient fonction de la forme complexe de l'objet offert. En revanche, les offrandes de cités ou de particulier correspondent souvent à des chiffres ronds : en ce cas, on avait décidé d'offrir par exemple une phiale de “90” ou “100” drachmes, et le poids de l'objet s'en trouvait ipso facto défini, sans avoir nécessairement été vérifié par une pesée à l'obole près avant son expédition vers le sanctuaire puis à son arrivée.

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944

Pour la chronologie des monnaies milésiennes des périodes considérées, cf. Deppert-Lippitz 1984, 83-1 17. révisée par Kinns 1986 (période IV dans le courant du iiie s., sans qu'on puisse préciser la chronologie ; période IV autour de 200 a.C., période V autour de 175-160 a.C., une date guère différente devant être retenue pour la période VI). La chronologie des monnaies doit maintenant être révisée à la lumière de la nouvelle datation de la liste des stéphanéphores proposée par Wörrle 1988, 431.

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945

Cf. supra 234 et n. 119-120.

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946

Cf. Ashton 2000, et aussi, pour les questions de chronologie, Bresson 2000.

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947

Dans l'inventaire du sanctuaire milésien d'Artémis Kithônè (semble-t-il) publié par W. Günther (1988. 221. 1. 1. 3, 4-5), on retrouve de même l'indication de l'unité de poids (en l'occurrence la drachme d'Alexandre, d'autant plus nécessaire que l'inventaire utilise cette fois aussi comme unité le τέταρτον d'origine alexandrine (sur cette unité cf. W. Günther, ibid., 222, n. 34).

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948

Il arrive fréquemment qu'un même inventaire mentionne plusieurs systèmes de référence : d'une part tous ceux où apparaissent des dr. rhodiennes (avec des dr. d'Alexandre) et pour les dr. milésiennes les nº 441, 444. 446, 457, 463, 471 et 477 (même remarque), mais les autres inventaires mentionnant des dr. milésiennes sont tous très mutilés et on ne peut préjuger de ce qu'on trouvait sur le reste de la pierre. Dans l'inventaire nº 464. 1. 11-13, une phiale des lasiens a son poids indiqué en dr. rhodiennes (sans doute 100, cf. en dernier lieu Bresson 1996, 70), puis en dr. d'Alexandre (62).

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949

Cf. brièvement Deppert-Lippitz 1984, 1 10. n. 203 et auparavant Tod 1960. 2-5. A. Rehm (Didyma, II. p. 152b) expose rapidement la question de la diversité des unités de référence de poids à propos des dédicaces milésiennes offertes lors de la fête des βοήγια, dont le montant est exprimé en drachmes milésiennes, donnée qu’il faut suppléer lorsque ce renseignement n’est pas donné pour ce type d’offrande. Dans quelques rares autres cas, l’unité n’est pas indiquée : nº 427, 1. 6-8, phiales de Kios et d’Iasos (276/275), nº 428, I. 5-7, de 275/274, phiale d’Iasos de 100 dr.. il s’agit certainement de drachmes d'Alexandre, mentionnées ainsi dans le même inventaire n 428 pour l'offrande suivante, 1. 8, et surtout explicitement pour d’autres phiales d’Iasos de 100 dr. de la même période, nº 431 (1. 7-9), 432 (1. 9-10) et 433 (1. 8-10 + 10-13), phiale d’un particulier iasien de 140 dr. d’Alexandre (au iie s. deux phiales d’Iasos voient en revanche leur poids exprimé en drachmes rhodiennes, cf. infra). En fait, l’absence de mention complémentaire paraît ici relever d’une simple négligence. En quelques rares occurrences où elle n’était pas mentionnée, le contexte imposait donc le rétablissement de l'unité de référence. D'ordinaire, dans la grande majorité des cas, elle était soigneusement indiquée, sans crainte de répétition, pour toutes les offrandes d’un même inventaire (cf. supra la liste des mentions des divers étalons).

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950

Trad. CUF, des v. 347-349.

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951

Cf. déjà Haussoullier 1902, 238, “poids” et “unité de poids”, plutôt que, vu le contexte, “Gewicht und Münzart” in : Ameling 1995, 359, même si en fait on ne distinguait certainement pas entre étalon monétaire et étalon de poids, comme le notait déjà Rehm, Didyma, II, p. 152b.

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952

Pour des poids de Milet de divers modules, cl. Weiss 1997. 153-156. avec publication des découvertes des poids trouvés dans les fouilles de 1994 (au nombre de 6 : ces poids vont de 7 g à 66,5 g et liste des poids milésiens déjà connus auparavant (6 ex., de 26,7 g à 246 g). P. Weiss souligne aussi que les poids ont été jusqu'ici très négligés dans les fouilles menées en Asie Mineure.

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953

Si l'inventaire est fortement mutilé et très incomplet, le numéro est indiqué entre crochets droits ; symbole * pour chiffre différent d’un chiffre rond, = pour chiffre rond : 426 *= ; 427*= ; 428*= ; 431*= ; 432*= ; 432*= ; |434]*= ; [436]* ; [437] * ; [4381= ; [442]* ; [444]= ; [445]= ; 446= ; [447]= ; [449]*= ; [451]= ! 452*= ; [453]= ;457*= ; 463*= ; 464= ; 466= ; 467*= ; 468*= ; 471= ; 475*= ; [477]=.

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954

Didyma, 424 = Welles, RC, 5, texte et comm. Günther 1971, 43-50, et en dernier lieu les textes amendés de Günther 1977/78 et Petzl 1991.

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955

Pour la syntaxe de cette phrase, voir le commentaire de Rehm, Didyma, II, p. 256. Sur l'envoyé royal Polianthès, peut-être philos du roi, cf. Savalli-Lestrade 1998, nº 7bis, p. 10.