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— Bien sûr. Et ensuite ?

— Je te retrouve au bar du Willard et nous irons dîner au Watergate.

Il paya et ils traversèrent le petit hall du Ritz-Carlton. L’Oldsmobile noire aux vitres teintées était devant le portail. William Nolan s’approcha de son chauffeur et de son garde du corps.

— Vous êtes libre. Miss McKenzie m’emmène.

Les deux hommes approuvèrent et dirent en choeur.

— Happy birthday. Enjoy your evening[31].

Ils avaient vu arriver Fawn McKenzie dans sa nouvelle tenue et étaient ravis de voir leur patron se détendre enfin un peu. Celui-ci attendit que les feux rouges de l’Oldsmobile aient disparu pour monter dans la Lancer grise de sa maîtresse. Encore sous le choc du plaisir.

— Tu me déposes au coin de K Street et de la 32e Rue, demanda-t-il.

* * *

Malko et Franck Woodmill se trouvaient dans une voiture banalisée, garée dans la 32e Rue devant la borne d’incendie. Prêts à filer vers l’est, le centre de la ville. K Street se transformait tout de suite en autoroute urbaine. Milton Brabeck était en face, embusqué derrière un camion, apte à démarrer dans l’autre direction, le long du Potomac. Harry Feinstein n’avait pas bougé. Comme ils guettaient un véhicule ils faillirent manquer l’homme de haute taille qui traversait en biais au risque de se faire écraser, s’approchant de la voiture blanche du clandestin soviétique. Franck Woodmill eut un sursaut de tout son corps et une exclamation plaintive.

— My God ! C’est Bill Nolan !

Le Directeur adjoint de la CIA venait de prendre place dans la voiture blanche, à côté du chauffeur ! Harry Feinstein, aussitôt, alluma ses phares. Il fit demi-tour, partant vers l’ouest. La circulation était assez intense pour qu’il ne se fasse pas remarquer. Vingt secondes plus tard, Franck Woodmill coupa une file de voitures dans un concert de klaxons et se joignit à la poursuite. Il secoua la tête.

— Si on m’avait dit un jour qu’un truc comme ça arriverait, j’aurais tué le type. Bill Nolan…

— Il tourne !

Milton Brabeck venait de mettre son clignotant à droite. Les trois véhicules s’engagèrent sur la rampe menant à Key Bridge, franchissant le Potomac. Puis redescendirent, empruntant le George Washington Parkway, vers lè nord-ouest.

Franck Woodmill sursauta de nouveau.

— Mais, bon sang, il va à Langley !

Vingt kilomètres plus loin, on arrivait à l’entrée principale de la CIA en sortant à Chain Bridge Road pour prendre la 123e … La circulation était plus fluide. Le silence retomba. Ils passèrent la rampe de Chain Bridge Road. Le parkway filait à travers une zone boisée et le Potomac était invisible.

— Il va probablement passer par la porte du personnel, dit Franck.

Une seconde entrée donnait directement sur le freeway, utilisée comme « entrée de service »… Il y avait de moins en moins de circulation. Ils passèrent la rampe passant sous le parkway et rejoignant l’entrée de la CIA.

— Mais nom de Dieu, où vont-ils ? explosa Franck Woodmill.

Malko n’en savait pas plus que lui. Ils suivaient aveuglément les feux rouges de Milton qui, lui-même… Et soudain, ce dernier mit son clignotant à droite. Franck jura.

— Ils s’arrêtent ou quoi ?

Ils ne s’arrêtaient pas… La première voiture et celle de Milton s’engagèrent dans une route s’enfonçant à travers bois et, au passage, Malko aperçut un écriteau : Turkey run. Recreation area[32]. Les trois véhicules quittèrent le freeway.

— Ils vont revenir sur leurs pas, fit Franck Woodmill. Peut-être qu’ils ont loupé l’embranchement.

Malko ne voyait pas ce que le Directeur adjoint de la CIA pouvait faire avec un clandestin du KGB à Langley… Encore cent mètres. Turkey Run tournait vers la gauche, passant sous le parkway, puis remontait. Franck jura à nouveau. La voiture blanche était arrêtée presque au milieu de la route et celle de Milton Brabeck avait disparu.

* * *

Harry Feinstein ralentit si brusquement que Milton Brabeck dut donner un violent coup de volant pour ne pas l’emboutir. Il la frôla, continuant à remonter vers le parkway. Dans son rétroviseur, il aperçut l’autre véhicule s’arrêter. Puis, elle fut cachée par un virage… Il arriva en haut, et profita d’un parc de stationnement pour faire demi-tour.

Que signifiait ce rendez-vous dans cet endroit isolé ?

Après quelques secondes d’hésitation, il repartit d’où il était venu. Arrivé au sommet de la côte, il stoppa. La voiture blanche était toujours arrêtée au milieu de la route. Quelqu’un en était sorti et se tenait debout à côté. Derrière, il aperçut celle de Franck Woodmill, arrêtée, elle aussi.

* * *

Harry Feinstein jeta un coup d’oeil dans son rétroviseur puis reporta son regard sur William Nolan.

— Pourquoi voulez-vous vous arrêter ici ? Nous sommes suivis.

William Nolan le fixait d’un air absent.

— C’est vous qui avez tué la jeune femme et sa fille ?

Sa voix était calme, mais le Soviétique ne s’y trompa pas. Il était plein de fureur. Il se maudit de s’être laissé entraîner dans ce rendez-vous fou avec un homme qu’il n’aurait jamais dû connaître. Mais quand Nolan avait appelé chez lui pour le retrouver, il n’avait pas osé refuser. Il pouvait s’agir d’une demande d’exfiltration. Il se sentait surveillé et ses communications avec sa Centrale étaient grandement perturbées.

— Il faut revenir à Washington, dit-il, passant la première.

— Répondez.

En même temps, son voisin ramena au point mort le levier de vitesse et il dut écraser le frein pour ne pas redescendre. La panique faisait battre son coeur. Ce n’était pas normal qu’en cet endroit désert, il y ait un autre véhicule arrêté.

— J’avais dit que je travaillais pour la paix, dit William Nolan. Pour qu’il y ait moins de sang sur la terre. Moins de larmes.

Tout en parlant, sa main avait glissé sur sa ceinture. Harry Feinstein aperçut brièvement la crosse d’une arme avant que les doigts de William Nolan ne se referment dessus. Sa propre arme était coincée sous son manteau. Il réagit sans réfléchir, ouvrant la porte de son côté et se jetant dehors. William Nolan avait déjà tiré à moitié son pistolet lorsque le clandestin du KGB arracha sa propre arme de son holster.

Un 38 équipé d’un long silencieux.

Le bras tendu, il visa la tête du Directeur adjoint de la CIA et tira.

Il y eut une faible détonation et William Nolan fut rejeté contre la glace droite. Il eut le temps d’appuyer sur la détente de son Herstall avant de recevoir une seconde balle dans la mâchoire, mais le projectile du Herstall ne fit que crever le plancher.

Harry Feinstein fit demi-tour, éclairé par la lueur des phares. Il eut le temps de voir deux hommes jaillir de la voiture derrière lui et partir en courant vers le sommet de la côte. S’il arrivait à se perdre dans ces bois touffus, il avait une petite chance de s’échapper. Soudain, un troisième véhicule surgit et stoppa en travers de la route. Feinstein s’immobilisa, indécis. Il était tombé dans un piège. Son vieux coeur battait la chamade, mais il devait faire face.

* * *

Milton vit dans la lueur des phares le petit bonhomme en chapeau mou, une arme au long canon à la main.

D’un bond, il sauta à terre, le Sig au poing, bien calé dans ses phalanges.

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31

Bon anniversaire. Bonne soirée.

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32

La promenade de l'oie. Aire de repos.